Olivier de la Marche, Mémoires, III, 135 et
2. Arnoul Greban, Mistere de la Passion, p.p. G. Paris et G. Raynaud, v. 4637 ; Mystere de la Passion d'Arras, p. p. J.-M. Richard, v. 1624 ; Passion en rime franchoise, Valenciennes, ms. 560, fol. 46 verso, 76 recto et 81 verso.
3. Le Pastoralet, p. p. Kervyn de Lettenhove, Chroniques relatives à l'histoire de Belgique, I, 573 ; cf. J. Huizinga, op. cit., 187 et G. Doutrepont, La Littérature... 82.
ne re
que Belligère est la reine Isabeau de Bavière, que Tristiter est le duc d'Orléans et Leonet, Jean sans Peur.
Molinet prend aussi le ton pastoral dans ses poésies de circonstance. Dans plusieurs d’entre elles, on trouve des descriptions du printemps qui rappellent le Roman de la Rose ! : il s’in:pire de l’enclos si poétiquement décrit par G. de Lorris, quand il dépeint le Verger d'honneur
du Chappelet des Dames, v. 101-110 :
La gargonnoient mille rossignolés, Merles, tarins, gais, papegais, pinchons, Arondelles, vermontans, cardonnés, Aloettes, mauviars, sansonnés
Pies, frions, linettes et mouchons :
La deschantent par diverses fachons
Les excellents faitz tres recommandés Des chevaliers et des bons champions Tant des Troiens comme des Scipions, Qui dignes sont d'y estre collaudés.
Par ailleurs, Molinet imite directement le Pastoralet. L'action du Bergier sans soulas se développe dans un cadre rustique, mais il s’agit, en fait, des démêlés qu'eut Maximilien d'Autriche avec les Flamands, avant d’être couronné roi des Romains, en 1486. La pièce, assez obscure, ne s’éclaire que par le commentaire latin qui figure dans un manuscrit ; cette glose explique les noms d’astres ou de divinités païennes, que portent la plupart des personnages : le duc d'Autriche est désigné par Sol, Apollo ou Titan ; le roi de France, par Pan ; le roi d'Angleterre, par Neptunus ; Jupiter, c'est Philippe, le fils de Maximilien ; Luna, c’est la duchesse Marie de Bourgogne ; Vénus, c'est Marguerite d'Autriche. Vers la fin de sa vie, Molinet n'avait pas renoncé à ces logogriphes rebutants. Dans le Voyaige d'Espaigne, en 1501, il employa les mêmes procédés pour relater que Philippe le Beau et sa femme s’en allèrent en Espagne, en passant par la France : le Soleil représente l’archiduc luimême, Jupiter, son père et Luna, sa femme ; Mars, c’est le roi de Castille
1. Voir le début du Chappelet des Dames, de la Complainte sur la mort de Madame d'Ostrisse du Trosne d'honneur. En 1473, le Chapitre de la Toison d'or se tint à Valenciennes : l’un des nombreux divertissements qui rehaussèrent la cérémonie montre l'influence que le Roman de la Rose exerçait encore sur les esprits : En pluseurs lieus, on avoit fait des vregiers, ens esquels il y avoit plusieurs biaux jonnes enfants, en dessous de dix a douze ans, tous blans vestus ; les uns se tenoite par la mains, les autres bailloite des fleurs l'un a l'autre et representoite amens el amies
(J. de Haynin, Mémoires, p. p. R. Chalon (Mens, 1852), p. 219).
et Mercure, c'est Henry de Berghes, évêque de Cambrai. Rien n'est plus déplaisant que ces énigmatiques bergeries qui, au XVII® siècle, devaient avoir un regain de succès.
On discerne pourtant quelques mérites dans les poésies de circonstance de Molinet. Il se sert de personnifications, mais il a l'imagination trop concrète, il est trop épris de détails pittoresques et précis, pour ne point donner quelque vie à ses créations. Dans notre étude sur le style, nous reviendrons sur ce point !. De plus, si Molinet adresse souvent des éloges exagérés aux princes et aux seigneurs, 1l ne manque pas d'exprimer souvent toute sa sympathie pour les pauvres gens et, par là, il se distingue des autres poètes courtisans. [l consacre un long poème à la Ressource du petit peuple. I] espère qu'après avoir longtemps souffert de guerres continuelles, le peuple si abattu pourra enfin entrer en convalescence et recouvrer la santé. Que de fois 1l a décrit les tristesses et les horreurs des luttes incessantes ! En des termes fort émouvants il prie les princes de renoncer aux combats; c’est une des strophes les plus touchantes de la Ressource du petit Peuple, v. 113-120 :
Oez vous point la voix des povres gens,
Des indigens peris sans alligance,
Des la*oureurs qui ont perdu leurs chens, Des innocens, orphenins, impotens,
Qui mal contens, crient a Dieu vengance !
Viellesse, enfance, aer, feu, fer, florissance, Brute naissance et maint noble edifice Sont vrays tesmoingz de vostre maleñce.
Concurremment Molinet ne cesse de célébrer les bienfaits de la paix. Il exalte Marguerite d'Autriche qui, par deux fois, a contribué à réconcilier les. Français et les Bourguignons, en 1482, quand elle fut fiancée au dauphin de France, en 1493, quand elle revint en Flandre. Il loue particulièrement les grands personnages dont il retrace la vie d’avoir pris soin d’apaiser les conflits ?. Ce qui donne un peu d'intérêt à ces poésies dithyrambiques et compliquées, ce sont d’abord des descriptions pittoresques où s'accumulent les détails concrets : c’est aussi une sympathie profonde pour les petites gens, en même temps que l'horreur des batailles et l'amour fervent de la paix.