Voir, plus bas, ch. IX
2. Voir le Dictier presenté a Monseigneur de Nassau, v. 65, le crespas du duc de Saxen v.
Poésies religieuses
Les poésies religieuses tiennent une place assez importante dans l’œuvre poétique de Molinet. Parmi les pièces d'inspiration chrétienne, on peut citer les suivantes : Blason des armes de nostre Redempteur ; Dictier a ung prebstre disant sa premiere messe ; Petit traictiet de la harpe : Balade appelee champ roial ; Ballade nommee serventois ; Dictier pour penser a la mort ; Complainte des Trespassés pour mettre en ung cimitiere. Dans tous ces vers, Molinet, exploitant les lieux communs de la poésie religieuse, ne montre pas une grande originalité. Cependant il propose “parfois, comme dans le Roman de la Rose moralisé, des interprétations symboliques bien imprévues. Les divers incidents de la passion de Jésus permettent d'établir ses armoiries (Blason des armes de nostre Redempteur). L’arche de Noé est aussi un symbole : Noé, c’est Dieu et l'arche est le prêtre, car, par le prêtre, Dieu peut sauver les fidèles ({Dictier a ung prebstre ). La harpe est une image de la sainte Trinité ; trois éléments, en effet, règlent le jeu de cet instrument : l’art l'accorde, la main fait vibrer la corde et la corde seule résonne harmonieusement. De méme, Jésus n’a pu prendre forme humaine que par la volonté de Dieu le père et l'opération du Saint-Esprit (Traictiet de la harpe). Ces subtilités mystiques nous semblent fastidieuses. Mais Molinet aime trop la réalité pour se borner à interpréter les dogmes chrétiens. Dans la Complainte des Trespassés, les défunts s'adressent aux vivants pour leur rappeler le lamentable sort qui les attend, v. 26-40 :
Dames de court, mirés vous cy, mirés
Et amirés nostre terrible face :
Sont vos cheveux bien pignés, bien parés, Enfin arés membres desfigurés
Et mal eurés, quelque honneur qu'on vous face ; La mort émbrasse et gorrier et gorrace
Et quiert et trace en hault et bas estage.
Changiés vos mœurs, que ne tumbés en bas, Laissiés esbas, triumphes et bebans ;
UE
Le temps s’en va, la mort qui ne dort pas Vient pas a pas, pour rompre gens a tas, Pompes, estas, tables, bancqués et bancs ;
Rubis, rubans, robbes a larges pans,
Luisans que pans, ne sont que vieulx juppeaux : Contre la mort, il ny a nulz appeaux...
Dans quelques autres pièces, Molinet s'inspire de légendes hagiographiques : ce sont l’Oraison a Madame sainte Anne, l'Oraison a saint Adrien, l'Oraison à saint Gabriel, l'Oraison de saint [polite, les Regres des péres et meres. Les récits de la passion des Martyrs étaient devenus peu à peu des contes légendaires !. Au moyen âge, on constate une confusion perpétuelle entre l’histoire et la fiction. L’hagiographe ne se soucie pas de faire des recherches nouvelles, d'étudier des documents, de comparer et de peser des témoignages. Il ne raconte pas seulement pour intéresser ; 1] veut surtout édifier ses lecteurs. Il doit suppléer à la tradition en inventant de beaux exploits, d’effrayants supplices, des miracles émouvants ?. Par là s'explique le caractère particulier des recueils de vies de saints et l’on comprend le succès que ces anecdotes merveilleuses obtinrent jusqu’au XVI® siècle. Molinet les avait lues avec intérêt. Il composa un vaste mystère en l'honneur de saint Quentin ; il re manqua pas de célébrer aussi d’autres saints. Les Regres des peres et meres développent un passage de la vie de saint Alexis *. Pour voir comment Molinet reproduit son modèle, il sufñt de confronter le texte de la Légende Dorée avec quelques vers de l’Oraison de saint Ipolite, v. 81.
Or par vous fut respondu sur ce fait : Cui Hippolytus .
Ce n'ai je fait comme magicien, Hoc feci non quasi Qui, Dieu le scet, fait le fait et deffait ; magus, sed quasi Chris- Mais sans mesfaict l’ay fait, querant bienfait tianus.
Du tres parfait, comme bon christien : Tum Decius, furore Lors Decien, pire qu'ung ancien repletus, praecepit ut ha- Pharisien, vous fit tot et subit bitu, quo, ut Christianus, Des Christiens oster le simple habit. utebatur, exspoliaretur et
1. P. Monceaux, La vraie légende dorée (Paris, 1928), Introduction. 2. H. Delahaye, Les légendes hagiographiques (Bruxelles, 1927), 64. 3. Th. Graesse, Legenda aurea (Vratislaviae, 1890), 405.