‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 74 sur 157 · Migne, Patr. Lat. XC, 287 et · texte numérisé non relu

Migne, Patr. Lat. XC, 287 et

6. P. Meyer, Notice du ms. de l’Arsenal, 5201 (Romania, XVI], 62).

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Pour le Dictier de l’hirondelle, Molinet met plusieurs auteurs à con-

tribution. C’est d’abord Isidore de Séville pour les vers 33-37:

Tu es la seule aronde de renom Hirundo dicta

Qui tout surmonte en ta legiereté ; quod cibos

Tu vis en l’aer, dont tu portes le nom ; non sumat, sed

Nul n'y repaist en volant, se toy non, in aere capiat escas Qui proye y prens par singularité. et edat ?.

C'est ensuite saint Ambroise pour les vers 66-70 :

Sire Apollo, le dieu Mercurius, ‘Quod si qua pulli ejus Tu exedes en l’art de medecine ; fuerint caecitate suf- Tu scés choisir le redolent racine fossi oculos, sive com- Dont, quand les tiens arondeaux perdent yeux puncti, habet quod- Veoir les fais, comme devant où mieux. dam medendi genus,

quo possit eorum lumina intercepto usui . reformare ?.

© Dans les Douze abusions des Cloistres, Molinet s'inspire d'un ouvrage intitulé De Claustro animae, qu’on avait d’abord imputé à Hugues de Saint-Victor, mais qu'il faut plutôt attribuer à Hugues de Fouilloi ?. L'imitation est assez fidèle, comme on peut en juger par les vers 51-56 :

L'abus huitisme est exauise viande Deo si quidem ventri De ceux qui font leur Dieu de grasses soupes, templum est coquina, Cloches de pos, encens d’odeurs friandes, altare mensa, ministri Autel de table et calice de couppes ; coqui, immolatae Îlz debouttent eaue, cervoise et houppes, pecudes coctae canes, Pour engorgier clarés et ypocras : fumus incensorum Ung fort gloutton a souvent les paux cras. odor saporum *.

Toute une série d’autres poèmes de Molinet rentrent dans des cadres traditionnels. Le genre du Débat, en particulier, eut, au moyen âge, une rare fortune. Les origines en remontent à l'antiquité : les églogues

1. Isidori Etymologiarum libri XII, Migne, Patr. Lat. LXXXII, 468.

2. Sancti Ambrosii Hexaemeron libri V, Migne, Patr. Lat. XIV, 230. 3. B. Hauréau, Les œuvres de Hugues de Saint-Victor (Paris, 1886), 163. 4. Migne Patr. Lat. CLXXVI, 1072.

grecques et latines présentent d’aimables controverses, où bergers et bergères expriment tour à tour leurs sentiments ; d’autre part, les rhéteurs romains habituaient leurs élèves à soutenir des thèses opposées. Or la poésie bucolique fut en honneur dès l’époque carolingienne et les écoles de cloîtres reprirent la tradition des officines de rhéteurs !. Beaucoup de poèmes latins du moyen âge portent les titres significatifs de Conflictus, Altercatio, Dialogus où Disputatio. Tantôt l’auteur prête la parole à des choses ou à des êtres muets et fait discourir l'hiver et l'été, le vin et l’eau, la rose et la violette, la brebis et le lin, le cœur et l'œil, le corps et ’âme ; tantôt il affronte des abstractions personnifiées, comme la Fortune et la Philosophie, la Divinité et l'Humanité, les Vices et les Vertus ; tantôt enfin, des personnages de condition sociale différente vantent chacun l'excellence de leur état : on oppose ainsi l'homme à la femme, le clerc au chevalier, le clerc au soldat ?. A partir du XIIIe siècle, s'inspirant de modèles latins le plus souvent, apparaissent de nombreuses pièces en langue vulgaire, qui se présentent sous la forme de débat, de bataille, de desputoison ou d’estrif ; jusque dans le premier quart du XVI® siècle, elles eurent grand succès.

Molinet, dans ce genre, écrivit six poèmes assez longs : le debat du poisson et de la chair : le debat d’aporil et de may ; le debat du leup et du mouton ; le debat du viel gendarme et du viel amoureux ; le debat de l'aigle, du harenc et du lyon ; le debat des trois nobles oiseaux, assavoir le roitelet, le duc et le papegay.

Dans le Debat du poisson et de la chair, Molinet reprend le thème qui est développé dans la Bataille de Karesme et de Charnage *, pièce bouffonne où les poissons entrent en lutte contre leurs adversaires, la raie contre le fromage, les anguilles contre les saucisses “.. Molinet oppose simplement la chair et le poisson qui, tour à tour, exposent les arguments les plus persuasifs. En voici deux strophes, v. 134-147 :

La Chair De juge fol voit on briefve sentence ; Toy ne les tiens n° vallés quatre c'esques.

Tu as semé si griefve pestilence Entre les miens, par mortelle insolence,

1. H. Walther, Das Sfreitgedicht in der lateinischen Literatur des Mittelalters (München, 1920), 16.

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