‹ Jean Moréas et les stances. Avec un index de tous les noms citésChapitre 18 sur 19 · Parue en 1910 aux éditions du Mercure de France · texte numérisé non relu

Parue en 1910 aux éditions du Mercure de France

Je t aime d’ honorer cette haute mémoire

Car je sais quel surcroît de murmure et de gloire

V int d tme abeille grecque au vieux rûcher français,

Et, du creux d’une main lumineuse, je sais Qu un peu de l'Eurotas est tombé dans la Loire.

Les vers de M. Pierre de Nolhac sont extraits de la Stèle à Moréas, publiée par les soins de la Minerve française (n° du 1er avril 1920) avec la collaboration de vingt-quatre poètes, où se relèvent les noms de Mme de Noailles, de M. Henri de Régnier et de M. Pierre Plessis. Ce dernier avait tenu à prendre part à cet hommage, pour expier les torts de sa génération, coupable d’avoir méconnu Moréas. Et, s’adressant à 1 ombre du Poète, il lui disait :

Assez, couvrant ta voix, les oisillons criards Ont au bruit de tes vers infligé des retards l Voici que le concours de toute une jeunesse Veut que ton nom revive et ton œuvre renaisse Et qu’un amas de fleurs , par ta cendre attendu,

Dise notre remords de t’avoir mal connu.

Et Frédéric Plessis, vénérable aïeul de lettres, éloquent chantre virgilien, proclamait la vertu de Moréas, puisée

A la source que rien ne contamine : Homère .

J’avais cru devoir, pour mettre le point final à cette revue de la critique, solliciter l’avis de deux maîtres ès-rythmes, au génie officiellement consacré, et dont l’autorité ne saurait faire aucun doute : MM. Henri

de Régnier et Paul Valéry. Tous deux se sont prêtés de bonne grâce à mon enquête et m’ont obligeamment répondu.

J’ai cité plus haut la réponse du premier. Je reproduis ici la lettre du second :

« J’ai connu Moréas fort tard et l’ai trouvé fort différent en personne du Moréas que peignait la rcmeur. Il ne m’a pas montré le vaniteux dont on citait les mots énormes ; mais, au contraire, un homme vrai et charmant. Il donnait l’impression d avoir lu de fort près tous les poètes du monde et de savoir par cœur tous les français. Cet immense trésor de sa mémoire s’étant comme dépouillé à la longue, la substance de son esprit fixa définitivement ce qu il contenait de plus conforme à sa volonté de pureté et de durée, et s’y réduisit. Mais les années, d’autre part, accomplissaient dans son âme le même éclaircissement que ses volontés d’artiste avaient si heureusement subi. Le même automne venu, simplifiant, attristant et dorant l’art et le cœur de ce poète, amères, nettes et nobles, naquirent les Stances, poésies dont l’essence est d’être suprêmes. »

En somme, le mérite des Stances est, aujourd’hui, universellement reconnu. Moréas compte des admirateurs dans les milieux littéraires les plus opposés. Je ne lui sais guère d’adversaires irréductibles que parmi les incompétents ou ceux qui, ayant pris position de contempteurs de la tradition, ne pourraient admettre sa leçon sans nuire à la leur ni s’infliger un démenti, mais quand M. Gustave Kahn, par exemple, promoteur du vers libre intégral, dit de la poésie des Stances que « pour être partielle et trop exclusivement plastique,

elle reste une sonore manifestation d’art », il montre par ce blâme mitigé ou, pour mieux dire, déguisé sous 1 apprêt savant des mots, que s’il en réprouve les tendances, il est d’esprit trop clairvoyant, et trop expert en la matière, pour en méconnaître l’importance.

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