AVANT-PROPOS
été reprises et rabâchees par d autres. Nous ne comprenons plus les méfiances des contemporains de Baudelaire à l'égard des Fleurs du Mal pas plus que nous ne comprenons les méfiances des contemporains de Moréas à l'égard des Stances. Si ces deux livres ont, dès leur apparition, enthousiasmé une petite élite, il ne faut pas oublier qu'ils furent négligés ou condamnés — et c est leur seul point de ressemblance — par la critique officielle. La Revue des Deux-Mondes, qui, pourtant, avait accueilli Baudelaire, s’est toujours refusée à insérer des poèmes des Stances. L’Académie les a tenus pour indignes d’elle. Elle n’a jamais consenti à les couronner ni meme a accorder à leur auteur le prix Archon-Despérouses, que ses amis sollicitaient pour lui. Ce ne sont pourtant pas les idées exprimées dans les Stances qui pouvaient l’indisposer. Ni la morale ni la pudeur n y sont offensées. Bien au contraire. Mais la raison en est que ce livre des Stances rompait en visière avec les formules alors admises et les conventions de la mode. Il marquait une évolution du lyrisme français. En quoi consistait cette évolution et comment Moréas y fut-il amené ? C est ce que sa biographie va nous permettre de préciser.