NICOLET ET LES IROQUOIS
Réveil terrible des Iroquois. — François Marguerie et Godefroy de Normanville faits prisonniers. — Nicolet et le P. Raguenean députés auprès des Iroquois, — Délivrance de Marguerie et de Godefroy. — I«e8 Iroquois refusent de faire la paix.— Mort de Marguerie et de Godefroy.
ous avons vu au chapitre précédent que les Iroquois, qui s'étaient tenus tranquilles depuis une vinortaine d'années, venaient de se réveiller et de donner libre cours à leur humeur guerrière. Non contents de ravager le pays des Hurons, ils descendaient aussi au Canada, et répandaient la terreur dans la colonie.
On rra peut-cire pas assez remarqué que ce réveil guerrier de la nation iroquoise coïncide précisément av6c la mort de Champlain.
Tant que vécut le fondateur de Québec, les Iroquois se rappelèrent les coups d'arquebuse qu'il leur avait administrés, et ce souvenir suffit pour les tenir en respect. Maintenant qu'il n'est plus là pour protéger les tribus
sauvages avec lesquelles il a fait alliance, ces terribles barbares vont se ruer sur elles, et par contre-coup la Nouvelle-France éprouvera, en plus d'une occasion, les effets épouvantables de leur vengeance contre leurs ennemis séculaires les Algonquins et contre les Hurons.
Le poste des Trois-Rivières, surtout, est spécialement exposé à leurs ravages, car il
n'est pas loin de la rivière Richelieu, leur chemin ordinaire pour descendre dans la vallée du Saint-Laurent.
Dans l'hiver de 1641, deux jeunes Français partirent des Trois-Rivières, où ilsdemeu* raient et dont ils étaient la gloire et Tomenieut» pour "aller faire un tour à la chasse." L'un était François Marguerie, interprète en langue algonquine, et l'autre Thomas Godefroy, " frère d'un honnête habitant du pays."
Le lecteur connaît déjà Marguerie, qui était originaire de Saint-Vincent de- Rouen.
Nous a\'ons cité l'éloge que le P. de Brébœuf faisait un jour de sa valeur et de son intrépidité.
Thomas Godefroy portait le surnom de Normanville ; son frère Jean-Baptiste, celui de Linctôt C'était assez la coutume des Canadiens de Pépoque d'ajouter à leur nom
celui de quelque endroit de leur pays natal :
ce qui leur donnait un faux air de noblesse.
Nobles, les deux Godefroy Tétaient eu tous cas, de toutes mauièreSi et par leurs sentiments, et par leur éducation, et par leurs actions de bravoure. Nous connaissons déjà Godefroy de Ifinctôt ; c*est lui qui, avec Nicolet, demeura chez les sauvages du Canada tout le temps de roccupation anglaise, pour les tenir attachés à la France. Son frère, Godefroy de Normanville, ne lui cédait en rien ni comme chrétien, ni comme bon Français. Au physique, il était extrêmement bien doué :
"Le i8 août 1636, écrit le P. Le Jeune, le sieur Godefroy, jeune homme fort leste et dispos de son corps, devança à la course un Huron, aux yeux de quatre ou cinq nations, sur une gageure qu'avait fait pour lui un Montagnais : de quoi les Harons demeurèrent bien étonnés, car ils nous tiennent pour des tortues, au respect de tous les sauvages (0."
Comme chrétien, il était admirable. Au fort de Richelieu, en 1642, il servait d'assistant au P. Le Jeune :
" Le sieur de Normanville, écrit le P*
(i) ReL desjés,^ 1636, p. 71»
Vimont, faisait faire les prières tout haut, aux sauvages, au commencement de la messe. . . .
Sur le soir, le Père prenait une partie des cabanes, et le sieur de Normanville, l'autre, et ainsi ou faisait prier tout le monde (0."
Voilà le jeune Normand que nous venons de voir partir pour la chasse avec son ami de
cœur François ■Maro-uerie.
lis s'enfoncent tous deux dans les bois et, la nuit venue, se couchent dans la neige.
Quelques Iroquois — nous avons vu que le pays en était infesté — les suivent à la piste de leurs raquettes, les surprennent durant leur sommeil, et se jettent sur eux en poussant des cris et d*affreux hurlements ;
L'un des deux Français, dit la Relation, eut le loisir de présenter son arquebuse au premier qui le voulut saisir ; mais par bonheur elle ût fausse amorce : si elle eût pris feu, et qu'il eût tué ce Barbare, ils auraient tous deux perdu la vie. Il en fut quitte pour un coup d'épée que lui darda dans la cuisse son ennemi.
"Uautre Français se lève promptement au bruit, et met la main à Pépée : un Iroquois lui tire un coup de âèche qui lui passe sous le bras ; un autre veut Paborder, fait un faux pas et tombe dans la neige.
(i) Ibid., t643» p. 47.
" Aussitôt le Français liai présente l'épée nue à la gorge : les Iroquois le regardent faire . sans branler, pas un ne fait mine de Pempêcher ou de le tuer, de peur qu'il ne transperce son ennemi , qu'il a à ses pieds.
" Enfin, le jeune homme, voyant qu'il va être massacré à l'instant, s'il passe outre, jette bas son cpce, et se rend, pour avoir, ajoute la Relation, le loisir de penser à sa conscience, quoiqu'il se fût confessé et qu'il eût communié le dimanche précédent, aimant mieux être brûlé, rôti et mangé, que de mourir dans cette précipitation sans penser à Dieu."
Qui n'admirerait l'esprit de foi et les sentiments chrétiens de ce jeune homme ?
Qui n'admirerait le pays et l'époque oii se formaient de si nobles caractères ?
Marguerie et Godefroy sont alors saisis par les Iroquois, garrotés et emmenés captifs.
Les voilà en route, avec une escorte de bourreaux, vers l'inconnu. Ils n'arriveront qu'après dix-huit jours de marche dans la première bourgade de la coufederation iroquoise, celle des Agniers, la plus proche de la colonie hollandaise d'Albany.
Cependant leurs familles ne les voyant pas revenir au jour convenu, entrent dans une
vive inquiétude, et supplient quelques Français d'aller h leur recîierche. Ceux-ci partent aussitôt et trouvent, sur la lisière du bois, une perche plantée dans la neige, à laquelle est fixé un chiffon de papier: sur ce papier, quelques mots griffonnés avec du charbon:
Les Iroquois nous ont pris dans le bois."
On entre dans la forêt, et sur un gros arbre, dont Pécorce a été enlevée, sont écrits ces mots : Iroquois nous ont pris la nuit ;
ils ne nous ont fait encore aucun mal ; ils nous emmènent en leur pays."
I^a colonie canadienne toute entière fut plongée dans la douleur. Pour le moment, cependant, il ne parut pas possible d'aller à leur secours. Ou se contenta de recommander l'afiaite à Dieu.
La Providence permit en effet que des conseils de modération et de sage prudence prévalurent dans l'assemblée des Agniers. Le nom français imposait encore à ces barbares.
Il fut résolu d'épargner Marguerie et Godefroy, et de les garder comme gage et prix de la paix intéressée dont on voulait traiter avec les Français au printemps.
Ou les confia à deux chefs de famille, qui en prirent soin et les traitèrent comme leurs enfants.
Ir'un d'eux, voyant que son prisonnier se
mettait à genoux soir et matin, et faisait le signe de la croix avant les repas, lui demanda ce que cela signifiait :
" Nous honorons Dieu qui a fait le ciel et la terre, répond Normanville. Dieu conserve ceux qui Phonorent et ont recours à lui. — Eh bien, je veux faire de même, réplique PIroquois, afin qu'il me conserve et me donne de quoi manger."
Dans une autre circonstance, les Iroquois
invitèrent leurs prisonniers à leur chanter quelque air français. Marguerie prenant alors la parole à son tour :
"Tenez-vous en respect, leur dit-il, car le Dieu du ciel et de la terre que nous honorons par nos voix et nos cantiques, vous pourrait bien châtier très rudement, si vous témoigniez le moindre mépris. . .
Puis il entonne VAve maris Stella^ et avec son compagnon chante avec âme cette hymne sacrée. Les Iroquois écoutent, la tête baissée, avec beaucoup de modestie et de recueillement, laissant voir que ce chant leur est très agréable.
Nos jeunes gens avaient été obligés de se
dépouiller d'une partie de leurs vêtements (i6)
pour les donner à leurs ennemis : ils eurent beaucoup à soufirir du froid. Un sauvage se rendant un jour à Alban} pour y porter quelques pelleteries, Mar^ierie, qui n'était jamais à bout d^expédients, lui demande une peau de castor, puis, avec un petit bâton trempé dans de la suie, écrit sur ce pareil cniin improvisé quelques mots aux Hollandais pour leur faire connaître son dénuement. On lui envoya quelques chemises, des couvertures, des vivres, ainsi que de Peucre et du papier pour écrire. Il écrivit alors, en effet, pour les Hollandais, toute son aventure et celle de son compagnon ; et pour être plus sûrement compris, il prit la peine d'écrire en français, en latin et en anglais. Le message, confié probablement à quelque sauvage, arriva-t-il à sa destination ? Ce qui est certain, c'est qu'il n'eut jamais de réponse.
Dans les premiers jours de juin, une vingtaine de canots iroquois parurent en face des Ttois-Rivières. L'un d'eux, monté par un jeune homme seul, se détacha de la petite flotte, et se dirigea vers la ville, " portant un petit guidon en signe de paix."
Le jeune homme descend à terre : il est habillé en sauvage ; mais la voix est française :
c'est François 2vlarguerie. Il demande à être conduit au fort pour parler au commandant, M. de Chamflour :
" Tout le monde accourt, dit la Relation, chacun l'embiasse : on le regarde comme un homme ressuscité. on lui fait quitter ses haillons, on le revêt à la française ; chacun est dans la joie, on le traite avec amour, et après les premières caresses, chacun se met en silence pour Pécouter."
Marguerie était chargé de faire des propositions de paix, mais avec les Français seulement, non avec les sauvages. Il apprit à M. de Chamflour que les Iroquois étaient arrivés en grand nombre, armés jusqu'aux dents :
J'ai commission, dit-il, de retourner sans délai. Ils ont retenu avec eux mon
compagnon pour otatre, et je leur ai donné parole que je les reverrais au plus tôt.''
Le commandant lui donne un Français pour raccompagner aux Iroquois, et fait dire à ces sauvages qu'il va avertir immédiatement le gouverneur du Canada, et que c'est avec lui qu'ils devront traiter de la paix, lin attendant, il leur envoie force présents.
Dans leur impatience d'arriver immédia*
teiiieiit à quelque résultat, les Iroquois dépêchent de nouveau Marguerie, cette fois avec son compagnon Godefroy de Normanville,
pour prier de Chamflour de venir les entendre.
C'est alors que Nicolet est député avec le
P. Ra^neneau auprès des Iroquois, à la place du commandant des Trois-Ri vières. Ils partent tous deux, accompagnés de Max]^uene et de Godefroy, et vont rencontrer les Iroquoîs de Pautre côté du fleuve.
Ceux-ci se sont logés dans une redoute
bien foilinée, afin de se défeiidrc, en cas d'attaque. Plus loin, dans la forêt, ils ont un autre fort en palissades, si bien fait et si bien muni, disent les Relations, qu'il était à l'épreuve de toutes nos batteries."
Nicolet et le P. Ragueneau tiennent
conférence avec les Iroquois, et s'efforcent de leur faire comprendre que rien ne peut se décider avant l'arrivée du gouverneur. Comme marque de bonne volonté, ils leur offrent plusieurs présents, puis reviennent seuls aux Ttois-Riviêres, Marguerie et Godefroy étant retenus encore comme otages.
Au bout de quelques jours, une barque et quelques chaloupes arrivent de Québec.
M. de Montmagny s'est empressé de monter pour rencontrer les Iroqnois ; et il va mouiller Pancre devant leur fort, à la portée du
mousquet." Les Iroquois saluent son arrivée
par une salve de quarante coups de fusil, et lui expédient deux canots: Nicolet et le P.
Ragueneau retournent alors bravement chez eux pour entendre de nouveau leurs propositions de paix et surtout pour obtenir la délivrance des prisonniers :
" Ils entrent dans le fort des Iroquois, qu'ils trouvent assis en rond, en assez bon ordre, sans tumulte et sans bruit. Ceux-ci font asseoir les deux médiateurs de la paix sur un bouclier, et les deux prisonniers à terre, leur liant les mains, pour la forme, afin de montrer qu'ils sont encore captifs.''
Il y eut alors de nombreux discours, des échanges de présents ; puis, " après quelques antres cérémonies, l'un des chefs iroquois s'approche des captifs, brise leurs liens, les jette par dessus la palissade du fort, en s'écriant : Que la rivière emporte si loin ces liens, que jamais il n*en soit de mémoire ! Ces jeunes gens ne sont plus captifs, leurs liens sont1}risés, ils sont maintenant tous vôtres.'^
Marguerie et Godefroy avaient enfin
recouvré leur liberté. Nicolet et le P. RagueneaUf tout joyeux, les amenèrent en triomphe à M. de Montmagny.
Nicolet expliqua alors au gouverneur à quelles conditions les Iroquois voulaient la
paix. Ils ne la voulaient qu'avec les Français : aux Âlgonquins, aux Montagnais et surtout aux Hurons, ils avaient voué une haine à mort.
M. de Montmagny, suivant en cela les traditions de son prédécesseur, Champlain, îi'cst nullement disposé à abandonner ses anciens alliés, ses voisins, sous prétexte de se mettre en paix avec d'autres nations sauvages ; et il fait savoir aux Iroquois sa résolution bien arrêtée sur ce point. Ceux-ci devenant de plus en plus menaçants, il dresse contre leur fort la petite batterie montée sur sa barque, et lance quelques obus. Les Iroquois prennent alors la fuite, se sauvent en désordre : et le gouverneur rentre aux Trois-Rivières.
La fuite des ennemis, cependant, n'était que simulée. Ils avaient été se réfugier dans leur redoute, à Pintérieur de la forêt ; et ils continuèrent tout Pété à faire la chasse aux Algonquins et aux Hurons.
Pour le moment, du moins, le but prin-
cipal des Français, à savoir la délivrance de leurs compatriotes, était atteint; et Nicolet
avait été pour une bonne part dans le succès de cette afFaire.
Hélas ! Normanville ne venait d'échapper aux Iroquois que pour retomber quelques années plus tard entre leurs mains. Il fut pris et massacré par ces barbares, non loin des Trois-Rivicres, dans le cours du mois d'août 1653. Il avait eu quelque presseutiment du sort qui Pattendait, car il avait dit peu de temps auparavant à une dame vertueuse des Trois-Rivières :
Etant tous les jouis dans les occasionsi je suis sans cesse exposé à être pris par les Iroquois. Mais j espère que Dieu me fera la grâce de souffrir leurs feux avec constance, et que j^aurai le bonheur de baptiser quelques eufants moribonds, et même quelques malades adultes, que j'instruirai dans leur pays, avant de mourir."
Quant à Marguerie, qui venait, lui aussi, d'échapper aux Iroquois, il se noya quelques années plus tard, en face des IVois-Rivières, avec un de ses amis, Jean Amiot : ah î que de malheurs de ce genre l'histoire n'a-t-elle pas à enregistrer à cette époque 1 Le P. Jérôme Lalemant écrivait à cette occasion :
Ces deux jeuues Français ont été bien r^ettés en ce pays, tant pour leur vertu que pour la connaissance qu41s avaient des langues. En traversant le fleuve devant les Trois- Rîvièies dans un canot sauvage, ils se noyèrent à la vue des Français, sans quHl fût possible d'aller les secourir. Ils étaient tous deux vaillants et adroits, mais ce qui est plus à priser que tout cela, ils menaient une vie fort innocente, au jugement de tout le pays.
Une tempête s'étant élevée, leur canot d*écorce, qui ne valait plus rieui s'entr'ouvrit, et
ils perdirent la vie."
François Marguerie était le beau-frère du brave Jacques Hertel, un autre interprète des Trois-Rivières. Cette petite ville naissante était vraiment une pépinière de héros.
CHAPITjRE XII
FAMXI^LB DE NICOI^BT» AU CANADA.— FIN HÉROÏQUE DB NICOLBT
I#'abbé Gilles Nicolet, à Québec. — Mariage de Jean Nicolet. — ^Nicolet à Québec. — Use noie en face de SUlety.
h y avait dix-sept ans que Nicolet était au Canada^ seul de sa famille, lorsqu'il vit
arriver à Québec, en 1635, son frère cadet Pabbé Gilles Nicolet. Ce fut sans doute pour les deux frères un moment d'indicible bonheur
que celui de la réunion, après une séparation si prolongée.
£n venant rejoindre son frère au Canada, Pabbé Nicolet avait fait le sacrifice de quitter sa mère, qui était veuve (i). Mais il ne la laissait pas sans soutien, car elle avait d'autres
enfants à la maison pour avoir soin de ses vieux jours.
Dans quel but venait ici ce jeune prêtre ?
Qui l'avait appelé ou qui l'envoyait dans cette
(i) Traité de mariage entre Jean Nicolet et Marguerite Couillard.
mission lointaine, exclusivement confiée aux Jésuites ? Nous ne répéterons pas ici les conjectures que nous avons faites ailleurs (i) à propos de M. de Saint-Sauveur, venu au Canada l'année précédente. Il nous parait certain que Pabbé Nicolet vint ici de lui-même, mais avec la certitude d'être bien accueilli de tout le monde \ et il le fut en efiet Les Jésuites lui donnèrent de grand cœur la juridiction pour exercer ici le saint ministère ; et les colons furent bien aises d'avoir parmi eux deux prêtres séculiers auxquels ils pouvaient recourir au besoin.
Quant à la Compagnie des Cent- Associés, qui, par son intendant, M. de I^auzon, (2) S'était opposée avec tant de persistance au retour des jK.écoiiets au Canada, elle ne pouvait voir d'un mauvais œil ces prêtres séculiers, dont la présence dans la colonie ôtait aux habitants tout prétexte de se plaindre qu'ils n'avaient que des Religieux pour les desservir. Le fait, d'ailleurs, qu'elle leur donnait quelques honoraires pour faire de temps en temps la visite de la côte Beaupré, où l'on s'établissait
(1) Jean Bourdon et son ami l'abbé de Saint-Sauveur^ p. 23.
(2) Chrétien I/cclerc, Premier Etablissement de la Foi^ t. I, p. 453.
çà et là, prouve surabondamment qu'elle était
bien aise de les avoir ici comme auxiliaires des Jésuites.
Pour Pabbé Nicolet, c'est surtout Beauport qu'il desservait ; et il paraît avoir été attaché à la personne même du gouverneur, qui représentait la Compagnie des Cent-*Âsso< ciés au Canada ; c'csL M. de Moutmaguy qui lui donnait son traitement. Voici en efiet ce qu'on lit dans le Journal des Jésuites ;
" M. Nicolet, à qui M, le gouverneur donnait cent écus pour dire des messes, allait à Beauport la dire les dimanches et fêtes d'ordinaire. . . . (i)."
C'est-à-dire, suivant nous, que Pabbé Nicolet était l'aumônier de M. de Montmagny.
Ce gouverneur, chevalier de Malte, célibataire par conséquent, était un homme de beaucoup de piété et de religion. On le vit, lors de son arrivée à Québec, en 1636, montant à Tégîise de Notre-Dame-de-Recouvrance, à la Haute- Ville, se prosterner avec sa suite devant une . croix qui se trouvait sur son passage, " pour adorer, disait-il, le divin cruciûé (2)." Il avait sans doute sa chapelle au Château Saint-Louis;
(1) Journal des Jês,^ p. 73.
(3) ReL desjés,^ 1636, p. 3.
l'abbé Nicolet lui disait la messe sur semaine, et recevait pour cela annuellement cent écus d'honoraires. Le dimanche, le gouverneur assistait à l'office paroissial, à Notre-Dame-de- Recouviance ; et M. Nicolet allait dire la messe, pour la petite colonie naissante de Robert Gi£Eard, à Beauport, dont il fut par conséquent le premier missionnaire.
Tout semble confirmer l'opinion qu'il est
raumônicr de M. de Montmao^nv ; il est si bien attaché à sa personne, que lorsque le gouverneur fait l'acquisition de la seigneurie de Pile aux Oies, dans l'automne de 1645, et qu41 part pour cette île, " où il faisait travailler à la terre et y avait sept ouvriers," il l'emmène avec lui. Cétait le 25 octobre :
On me fit prier, dit le P. Lalemant, de lui prêter une chapelle garnie : on lui en
donna une où il y avait calice d'argent, chasuble neuve, fort belle nappe et grande, belle aube, et tout le reste à l'avenant; il désira
surtout qu'on lui donnât bougie et hosties; bref, rien n'y manquait."
Gilles Nicolet revint à Québec, au bout
de quelques jours, avec IM. de Montmaguy,
(i) Archives du Canada^ 1884, p. 10, Précis des Actes de foi et hommage.
mais il reprit le 6 novembre le chemin de l'île aux Oies, où étaient restés les ouvriers qui y travaillaieut pour le gouverneur :
" Il emportait de rechef, ajoute le P.
Lalemant, une chapelle garnie de tout II y avait calice d'argent doré, chasuble de damas blanc, etc. On lui donna deux pains de bougie, trois images grandes en papier ; on lui prêta deux livres, la vie de Jésus-Christ et Pabrégé de Dupont."
Ces détails, peu importants en apparence, font voir le soin paternel que les Jésuites, alors chargés de toute la mission du Canada, prenaient non seulement des petits groupes de Français épars dans la colonie, mais aussi des prêtres séculiers venus à leur aide.
Gilles Nicolet repassa en France en 1647, Pannée qui précéda le départ du gouverneur, dont le terme d'office devait finir en 1648.
Un autre frère de Jean Nicolet, " matelot au service de la Compagnie de la Nouvelle- France," vint, lui aussi, au Canada : on le trouve à Québec en 1640. Pierre et Jean Nicolet assistent tous deux au contrat de mariage de leur compatriote, Nicolas Bonhomme, de Sainte-Croix de Fecanip, au pays de Caux, lequel épouse à Québec Catherine Goujet, du bourg de Thury,
Nous ne savons à quel endroit Pierre
Nicolet avait établi son domicile au Canada ; mais ce qui est certain, c'est qu'à la mort de son frère, en 1642, il fut nommé tuteur de sa nièce, Marguerite Nicolet.
EnûUf on trouve aussi à Québec, vers le même temps, le nom d'Buphrasie-Madeleine
Nicolet, native de Cherbourg, qu'on croit être une sœur de Jean Nicolet ; de sorte qu'à un moment donné notre brave Normand, se vovant au Caiiadii avec deux de ses frères et une sœur, put se cioire à Cherbourg au milieu de sa famille.
Il demeurait toujours aux Trois-Rivières, et ce n'est qu'à des intervalles plus ou moins éloignés qu'il pouvait jouir de la compagnie de son pieux frère, l'abbé Gilles Nicolet. Aux Trois-Rivières, il avait son chez soi, son intérieur, sa famille à lui. Il avait épousé en e£Fet le 7 octobre 1637 Marguerite Couillard, fille de Guillaume Couillard, Puu des premiers habitants du pays, et de Guillemette Hébert.
Marguerite Couillard n'avait que onze ans et quelques mois lors de son mariage.
Elle était la filleule de Champlain et la petitefille de I^uis Hébert, le premier colon du pay5, le premier chef de famille résidant au
pays, qui vivait de ce qu'il cultivait," écrit Champlain lui-même. Elle avait cinq mois à peine lorsque mourut ce vénérable patriarche
le 25 janvier 1627, ^^^^ reçut sa bénédiction ainsi que les autres membres de la famille.
Rien de plus touchant que le récit des derniers
moments de Louis Hébert, tel que nous l'a laissé Sagard :
"Sa mort, cUt-il, fut aiussi heureuse que sa vie avait pieusement correspondu à celle d'un vrai chrétien sans fard ni artifice. ... Avant de rendre son âme entre les mains de son Créateur, il se mit en l'état qu'il désirait mourir, reçut tous les sacrements de la main du R. P. Le Caron, et disposa de ses affaires au grand contentement de tous les siens.
Puis il fit approcher de son lit sa femme et ses enfants, et leur fit une briève exhortation sur la vanité de la vie, et sur les trésors du ciel, et le mérite que Ton acquiert devant Dieu en travaillant pour le salut du prochain :
"Je meurs content, leur disait^il, puis- " qu'il a plu à Notre-Seigneur me faire la
" grâce de voir mourir avant moi des Sauvages " convertis. J'ai passé les mers pour les venir " secourir, plutôt que pour aucun intérêt " particulier. Je vous supplie de les aimer
comme je les ai aimés, et de les assister " selon votre pouvoir : Dieu vous en saura " gré, et vous en récompensera en paradis. . . . " Je vous exhorte à la paix et à l'amour
maternel et filial que vous vous devez respec- ** tivement les uns aux autres ; car en cela " vous accomplirez la loi de Dieu fondée en " charité. Cette vie est de peu de durée, celle " à venir est pour Pétemité. Me voilà près " d'aller devant mon Dieu, qui est mou juge,
auquel il faut que je rende compte de toute ^* ma vie passée. ^ Priez-le pour moi, afin que " je puisse trouver grâce devant sa face, et que
je sois un jour du nombre de ses élus."
" Puis levant la main, dit Sagard, il leur donna à tous sa bénédiction et rendit son âme entre les mains de son Créateur, le 25 janvier 1627, jour de la conversion de saint Paul, et fut enterré au cimetière de notre couvent au pied de la grande croix, comme il Pavait demandé.... (1)."
Par son mariag-e avec ^Marguerite Couillard, Nicolet était donc entré dans la famille de ce vénérable patriarche : canadien de cœur, attaché à sa patrie d'adoption, résolu d^• vivre et d'y mourir, il tenait par son alliance à tout
(i) V Abeille, vol. VIIX, No. 15,
ce qu'il y avait de plus canadien dans la colonie.
Uaîeule de son épouse, Marie Rolet,
veuve de Louis Hébert, vivait encore, et apposa sa signature au contrat de mariage* Elle avait épousé en secondes noces Guillaume Huboii, un des plus anciens habitants de la colonie. Héritière des nobles sentiments de son premier mari à Pégard des sauvages du Canada, cette respectable dame tenait sur le coteau Sainte-Geneviève un pensionnat de petites filles sauvages, dont nous avons parlé ailleurs (i), et qui fut le précurseur de celui de la vénérable Marie de l'Incarnation.
Le contrat de mariage de Jean Nicolet et Marguerite Couillard nous a été conservé : il porte la date du 22 octobre 1637. Ce contrat sous seing privé fut trouvé dans Pétude " du notaire Guitet : il ne portait pas la signa* ture de ce notaire, mais celles de Du Laurent, notaire et greffier à Québec de 1734 à 1759, et du procureur général Verrier qui l'avaient authentiqué. Il a pour titre "Traité de mariage entre Jean Nicolet et Marguerite Couillard."
(i) Jean Bourdon ei son ami Vaobc de Saini-Sauveur^
Dans ce " traité," Jean Nicolet donne à son épouse, pour deniers dotaux la somme de deux mille livres à avoir et prendre sur ses biens tant meubles quMmmeubles présents et advenir et en quelque part qu'ils puissent être tant à la vieille que nouvelle France.'* Guillaume Cooillard et Guillemette Hébert, père et mère de Pépouse, " s'obligent solidairement bailler à Pépoux toutes fois et quantes qu'il lui plaira la somme de neuf cents livres par manière d'avancement de su cession, laquelle somme lui sera présentée sur le droit successif quelle pourra avoir de ses dits père et mère après leur décès."
Jean Nicolet, commis et interprète pour
messieurs de la Compagnie de la Nouvelle- France," était * 'assisté de noble homme François Derré, sieur de Gand, commis général pour messieurs de la Compagnie, et associé avec icelle, honorable homme Olivier Le Tardif, Nicolas Marsolet, Noël Juchereau et Pierre de la Porte, tous demeurant à Québec." Marguerite Couillard était assistée " des honorables hommes Guillaume Hubou et Guillaume Hébert, et de Marie RoUet, sa grand* mère." Tous signèrent au contrat, ainsi que les témoins Claude Sstienne et Racine.
Nicolet n'avait pas encore ajouté à sou nom la particule, ni le surnom de Belleborne) qu41 prit plus tard : du moins cela ne parait
pas dans son contrat de mariage. A quelle date prit-ii ce surnom et céda-t-il à un mouvement de vanité bien commun à cette époque, assez inofïeiisif d'ailleurs, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, sans rien perdre ni de son ridicule, ni de son intensité ? Nous n'avons pu nous en assurer ; mais ce qui est certain, c'est qu'au contrat de mariage de son compatriote Nicolas Bonhomme, en date du 2 septembre 1640, il s'appelle Jean Nicolet de Belleborne. Il venait de faire un voyage en France (0 ; et c'est peut-être à cette occasion qu'il lui prit fantaisie d'accoler à son nom celui de quelque endroit préféré du pays natal.
Olivier Le Tardif, qui assistait au contrat de mariage de Nicolet, n'était pas encore son beau-frère, mais il allait bientôt le devenir: il épousa le 3 novembre 1637 Louise Couillard, sœuf aînée de Marguerite.
Le commis général de la Compagnie de la Nouvelle-France, M. de Ré, ou M. Gand, comme on l'appelait généralement, étant mort,
Ci'' Registre des Trois-Rivières, acte fie "Baptême d'un flls de Christophe Crevier et de Jeanue ïimart, 14 mai
au printemps clc 164:, Le Tardif fut nommé ' à sa place. On ne pouvait mieux choisir pour remplacer un homme de bien : ^ -
" M. Gand, disent les Relations, était un homme tout-à-fait charitable. « Il est mort dans un sublime exercice de patience ; il est mort comme il avait vécu, c*est-à-dîre en homme qui cherche Dieu avec vérité.'*
Nommé commis général pour les Cent-
Associés, à la luoit de M. Gand, Olivier Le Tardif perdit sa femme dans l'automne de la même année (1641) ; puis, comme il avait besoin de passer en France dans le cours de l'année suivante, il supplia son beau-frère Nicolet de venir le remplacer durant son absence. Celui-ci descendit donc des Trois- Rivières, avec l'agrément de M. de Montmagny, au commencement d'octobre 1642, pour remplir à Québec, à la place de Le Tardif, les fonctions importautes de commis général des Cent-Associés :
^' Ce lui fut une joie et une consolatiou bien sensible, dit le P. Vimont, de se voir dans la paix et la dévotion de Québec.^'
Non pas, sans doute, que la paix et la dévotion fussent choses étrangères aux Trois- Rivières ; mais il régnait à Québec, berceau
de PEgfîîse du Canada, berceau des coininuxiautés religieuses, asile de la vénérable Marie de l'Incamatioii, un certain parfum de piété et de religion que Von ne respirait pas ailleurs, et que prisaient d'une manière spéciale les âmes délicates et sensibles comme celle de Nicolet. Qui pourrait dire que Québec u'a pas conservé quelque chose de sa bonne répu- . tation d'autrefois ?
Il y avait un mois à peine que Nicolet était à son poste, heureux de la compagnie de son frère et de ses amis de Québec, dont plusieurs étaient normands comme lui, heureux d'y rencontrer souvent le gouverneur, les révérends Pères Jésuites, d'assister aux séances du collège, aux offices si solennels qui se célébraient alors dans . la maison des Cent- Associés (i), convertie en chapelle^ lorsqu'une nouvelle très grave lui arrive des Trois- Rivières : un parti d'Algonquins revenant de guerroyer, a fait prisonnier un sauvage appartenant à une nation alliée auxiroquois, etPon a décidé de le brûler à petit feu, après lui avoir fait subir mille tortures préliminaires, suivant l'usage.
Les Français des Trois- Rivières sont ef-
(l) Veîr Henri de Berniires, p. 143,
frayés non senlement à la pensée de Pacte barbate qui va se commettre au milieu d'eux, mais surtout à cause des conséquences terribles qu'il peut entraîner pour la colonie.
Ils supplient les Algonquins de se tenir tranquilles, et de ne pas provoquer inutilement leurs ennemis. Le P. Le Jeime, surtout, emploie toutes les ressources de son art et de sa charité pour les détourner de leur sinistre projet : peines perdues ; le sort du malheureux est décidé : hommes, femmes et enfants s*achament à le torturer, hes uns lui percent les pieds avec des bâtons, les autres lui arrachent les ongles avec leurs doigts, d'autres lui lient les bras avec des cordes à nœuds coulants et lui enlèvent la cbair jusqu'aux os. Le bûcher se prépare.
Dans sa douleur, le commandant des
Trois-Rivcrcs songe à Nicolet, le seul homme qu'il juge capable d'exercer une heureuse influence sur ces barbares. Il lui expédie en toute hâte un courrier pour solliciter son intervention, et écrit en même temps au gou- • vemeur général pour l'informer de ce qui se passe aux Trois-Rîvîères.
Le courrier arrive le 27 octobre, et va en toute hâte porter le message à Nicolet.
Une tempête horrible sévit à Québec. Le
vent du nord-est, qui y souffle presque toujours avec rage à cette saison de Tannée, a boule« versé tes eaux du grand fleuve : les vagues sont comme des montagnes ; on se croirait sur les bords de la Manche. Le froid est intense, et déjà les rivages sont tout glacés.
Nicolet n'écoute que son cœur. Il est sept heures du soir; la nuit est sombre, et
presque sinistre ; mais l'affaire à régler est pressante. Une chaloupe est au rivage, celle de M. de Chavigny, et s'apprête à faire voile pour Sillery : il s'y jette, avec de Chavigny lui-même et deux ou trois autres Français, probablement avec l'intention de passer la nuit à Sillery, où demeure M. de Chavigny, puis de repartir de grand matin pour les Trois» Rivières.
Ils appareillent ; les voilà partis ; ils âlent à toute vitesse ; déjà ils vont doubler la Pointe-à-Puiseaux, lorsqu'un coup de vent furieux fait chavirer leur chaloupe : elle tourne deux ou trois fois sur elle-même, puis âotte renversée contre une roche, assez près du rivage ; mais robscurité est telle que les pauvres naufragés ne distinguent absolument aucun objet. Ils se cramponnent à l'embar-
cation ; et Nicolet de erier à M. de Chavîgny :
Chavigny, sauvez-vous ; vous savez nager, moi je ne le sais pas. Je m'en vais à Dieu. Je vous recommande ma femme et ma fille."
Chavigny se jette à Peau, et nage au milieu des vagues qui mugissent et menacent de l'engloutir. Il sent son cœur et ses forces lui manquer ; il fait un vœu à Dieu, puis, se redressant avec vigueur, il touche du pied la terre, et gagne péniblement le rivage, dont il était bien près, puis la résidence des Jésuites : il était à demi>mort
Pendant ce temps, les antres naufragés, transis de froid, épuisés, sont arrachés à la chaloupe les uns après les autres, et emportés par les vagues ....
Lents cadavres ne furent jamais retrouvés.
de Chavigny, chez les Jésuites, fut longtemps sans pouvoir parler. Revenu enfin à ses sens, il raconte aux Pères ce qui vient d'arriver. La nouvelle de cet affreux naufrage se répand aussitôt partout, et jette le deuil dans toutes les familles. Français et sauvages sont inconsolables de la mort de Nicolet. Les sauvages, surtout, qui perdent en lui un ami, un protecteur, un père, expriment des regrets
indicibles, se lamentent, à faire verser des laimes, courent comme des fous sur la plage près de laquelle il a disparu, et jettent des cris perçants :
" Achirra, Achirra, où es^tu ? Tu nous a
donc quittés.... Nous ne te tevenons plus
jamais. . .
Acjiirra (i) était le surnom que les sauvages avaient donné à Nicolet ; ce fut Guillaume Couture, son compatriote et son ami de cœur, qui eu hérita :
Far ses travaux et son courage, il méritait bien, dit M. Roy, de rappeler le souvenir de Tuu des voyageurs les plus entreprenants des premiers temps de la colonie. Depuis la
mort de Nicolet, pas un Interprète n'avait su s'attirer l'estime et la conûance des sauvages comme Couture (2)."
A Québec, on fit d'imposantes funérailles à Nicolet et à ses compagnons, qui venaient de sacrifier généreusement leur vie pour le
bien de la. colonie (3).
(1) Ni M. l'abbé Cnoq, ni le P. Burtin, ni aucun des savants en linguistique sauvage que j*ai consultés n'ont pu me donner la véritable signification du mot Achirra.
(2) J.-B. Roy, Le premier eolûn de LhnSy p. 46.
(3) Tanguay, A travers les Registres^ p. 26.
Atix Trois- Rivières, ce fut un deuil général lorsqu'on apprit la mort tragique de ce bon citoyen : et on l'apprit aussitât, car le gouverneur général dépêcha uniiiédiatement un courrier à M. des Rochers, pour lui ordonner de racheter à tout prix le prisonnier des Algonquins et de lui rendre la liberté. Il était temps : le bûcher était prêt, et la nuit où devait se jouer l'horrible tragédie allait commencer. Le commandant des Trois-Rivières réussit, mais avec beaucoup de peine, à délivrer le malheureux : il fallut payer une très forte rançon (i).
Telle fut la fin tragique et vraiment héroïque de Nicolet : couronnement glorieux, on peut le dire, d'une vie toute de dévouement et de sacriiicei> pour le bien de sa patrie et de la religion.
(i) ReL des /és,, 16431 p. 46.