‹ Jean-Paul Marat (volume 2)Chapitre 12 sur 41 · RECHERCHES PHYSIQUES SUR L'ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

RECHERCHES PHYSIQUES SUR L'ÉLECTRICITÉ

Par M. Marat.

Cette fois , comme il ne s'agit plus de battre en brèche les autels élevés aux dieux académiques , la docte assemblée approuve et donne le privilège de publier ; ce qui ne l'empêcha pas de mutiler , trois fois consécutives, l'annonce de ces Recherches sur l'électricité (1).

Cet ouvrage, est-il dit dans Y approbation , rempli de nouvelles découvertes , doit faire désirer au public les autres parties de la physique que l'auteur se propose de lui donner.

(1) Fait démontré dans la Lettre de Marat à Roume de Saint- Laurent , datée de Paris, 20 novembre 1783, qu'on trouvera incluse dans la première partie de cet ouvrage.

Une approbation aussi flatteuse ne pouvait manquer de produire son effet. Toutes les feuilles publiques qui s'étaient fermées à l'envi l'une de l'autre sous l'influence du mot d'ordre académique , s'ouvrirent à qui mieux mieux pour publier le mérite de l'œuvre et célébrer la gloire de l'auteur ; sans compter le Journal de physique, qui en parla d'après copie du manuscrit, le Journal encyclopédique et le Journal de littérature, des sciences et des arts en publièrent de nombreux extraits.

« Tel est l'ouvrage de M. Marat, disait le Journal de littérature, etc., dans son cinquième article de l'année 1782, ouvrage qui ne peut qu'ajouter beaucoup à la célébrité de ce profond physicien.

« Si le public reçoit toujours avec distinction les ouvrages où l'auteur montre la noble ambition de lui être utile sans négliger de lui plaire , les Recherches physiques sur l'électricité méritent sans doute l'accueil le plus favorable

« M. Marat nous fait espérer qu'il traitera un jour de l'application de l'électricité à la médecine. Assurément, personne n'est mieux en état que lui de s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile. Habile médecin , grand physicien, il réunit toutes les connaissances requises au succès. A ce sujet, nous ne pouvons que l'inviter à ne pas nous faire attendre longtemps les fruits de son travail.

L 'Almanach physico-économique publia , en deux articles , quarante-deux pages in-32 petits caractères. Enfin , aux journaux nationaux , il faut ajouter le Courrier de l'Europe, le Courrier littéraire et le Chouthig Revierd , journal anglais.

Brissot , dans son traité De la vérité , publié à Neuchâtel , en 1 782 , dira aussi : « les acadé-

miciens se sont acharnés contre les expériences de Marat, sur la Lumière, sur le Feu, sur l'Électricité , et je n'ai vu aucun d'eux distinguer et avouer ce qu'il y avait de neuf dans ces expériences ; on ne voulait pas même que son nom fût prononcé , tant on craignait de contribuer, par la critique, à sa famosité. J'avoue que cette injustice des physiciens à son égard m'a longtemps révolté, et c'est ce qui m'a dicté un chapitre de mon traité De la vérité , sur les préjugés académiques. »

Cette assertion si vraie, dont nous allons bientôt fournir de nombreux témoignages , n'est , dans les Mémoires posthumes de Brissot , qu'un laisser-passer dans la confiance publique qu'il se ménageait ainsi , que pour y glisser ensuite , sur des motifs politiques , l'insinuation et la malveillance contre Marat.

Ajoutons pour terminer, que ces trois ouvrages furent traduits en allemand par C.-E. Weigel, à Leipzig, de 1 782 à 1 784 ; traduction qui plaide assurément en faveur de l'auteur pour le mérite desdits ouvrages.

Avant de nous engager davantage dans la carrière scientifique où Marat s'avançait glorieusement en dépit de ses adversaires , nous allons produire , sur sa vie privée , un document resté inédit jusqu'à ce jour et dont nous devons la communication à la sympathique confiance de MM. Gabriel Charavay , expert en autographes , et Louis Combes , homme de lettres.

Quelques mots vont permettre d'en saisir immédiatement le motif et la portée.

Philippe-Rose Roume de Saint-Laurent qui, chez les Espagnols, en 1784, fonda une brillante colonie, d'où il fit bannir jusqu'au nom de l'Inquisition, et pour

laquelle il obtint des privilèges inouïs jusqu'alors dans cette monarchie, y avait préalablement obtenu pour Marat la place de directeur d'une Académie des Sciences à Madrid, Académie dont Roume avait donné le projet, et place au nom de laquelle Marat n'aurait pas manqué de mûrir les Espagnols et de les préparer pour la grande entreprise de la régénération du genre humain. Cette place lui fut ravie par les manœuvres perfides de ses ennemis des corps savants (i).

C'est l'exposé fidède de ces manœuvres que nous allons mettre , pour la première fois , sous les yeux du public.

Les faits y sont appuyés de quarante-quatre lettres authentiques , signées de noms qui , pour la plupart , ont brillé ou fait autorité dans la littérature et les sciences, tels que MM. de La Rochette, lord Lyttleton, Colignon, Prevot, marquis de Gouy, Declusel , Condorcet , Sage , Cousin , comte de Tressan , Pâté , d'Ambournay , baron de Feldenfeld , de La Blancherie , Pilatre de Rozier et Franklin.

Par la publication de ce document, si intéressant sous le rapport des principes philosophiques de Marat; des offres brillantes qui lui furent faites par les Académies de Pétersbourg , Madrid , Berlin , Paris -, des embûches et des persécutions des Académies et des Facultés contre l'homme de science , médecin des incurables, que de points de vue nouveaux pour l'histoire et la biographie de Marat ! Sans plus de préambule , entrons en matière.

(1) Pour l'original de ces faits , voir aux Documents justificatifs , n° 3, la lettre de P.-R Roume aux citoyens Danton et Robespierre, en date du i5 juillet 1793.

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