LE MONITEUR PATRIOTE
( N' i et unique , in-8° de 8 p. )
où Marat combat pied à pied les dispositions illusoires , dangereuses , honteuses et alarmantes du projet de Mounier ; les limites que nous nous sommes tracées nous obligent, bien à regret , d'en priver nos lecteurs et à ne leur donner , pour compléter la citation précédente, qu'un des motifs servant de conclusion. « Le comité de rédaction attribue au roi , article 2 1 , le droit de céder à une puissance étrangère une partie quelconque du territoire soumis à son obéissance ou d'acquérir une domination nouvelle, sous le consentement du corps législatif. — O Français ! s'écrie Marat , nation trop confiante , auriez-vous imaginé qu'au moment même où la victoire vient de couronner votre généreuse audace et où le sang des traîtres à la patrie fume encore , ces indignes députés donneraient à votre chef le droit de disposer de vous comme d'un vil troupeau , et qu'eux-mêmes vous chargeraient de fers, en paraissant ne travailler qu'à vous rendre libres ? Qu'ils vantent avec emphase le bienfait de la liberté dont vous allez jouir. Est-il digne d'être acheté au prix de votre sang, si , après l'avoir acquis , un maître étranger peut vous traiter en esclaves ? Et ce sont vos mandataires , vos défenseurs!... Que feraient-ils de plus s'ils étaient vos mortels ennemis. Sans doute, leurs intentions sont
pures -, mais que penser de leurs lumières et quelle confiance avoir dans leurs vues ? »
Il en coûtait assurément au cœur de Marat d'avoir à rendre publiques ces observations ; car, dans la crainte de diminuer la confiance des peuples à l'égard de ses mandataires , il avait adressé directement aux États généraux plus de vingt lettres particulières (1) -, mais , voyant l'Assemblée poursuivre avec opiniâtreté un plan d'opérations si funeste , il ne balança pas un instant, ce Quand les moyens que prescrivent la circonspection ont été épuisés sans succès , restent ceux qu'offre le courage -, or, le seul qui ne soit jamais vain est d'éclairer la nation , de fixer ses idées et de mettre l'opinion publique à même de se manifester : elle seule précipite la balance et triomphe de tous les obstacles [Publiciste, n° 2). »
Sans doute Marat , en publiant ce numéro du Moniteur patriote, pensait que le travail du comité de Constitution l'obligerait à donner une suite d'opuscules de ce genre , ce qui explique et le titre et le numérotage de cet écrit; mais le plus pressant, selon lui, était de mettre sous les yeux des membres du comité de Constitution un travail d'ensemble sur la matière; travail qui fut longtemps l'objet de ses études favorites, et qui avait été écrit sous l'impression des principes de Y Esprit des lois et du Contrat social.
(1) De toutes ces lettres, il ne reste que celle publiée au Publiciste parisien, n° 2, p. 18, sur le droit de créer un tribunal d'État ; et celle sur les vices de la Constitution anglaise; pages 324-328 des Chaînes de l'Esclavage , édition de 1793.