‹ Jean-Paul Marat (volume 2)Chapitre 32 sur 41 · LETTRE DE M. MARAT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. MARAT

l'ami du peuple ,

à M. le Président de V Assemblée nationale.

( In-8° de 8 pages. )

« L'ami du peuple , dont on connaît le zèle ardent

pour la cause de la liberté, est revenu de Londres, où la persécution de ses ennemis l'avait contraint de chercher un asile. Pouvait-il voir plus longtemps son nom flétri par d'infâmes imposteurs, indignes de défendre la patrie et qui compromettaient malheureusement sa cause par les calomnies atroces qu'ils se sont permises contre des citoyens honnêtes , contre des villes entières, dont les justes réclamations ont été présentées à l'Assemblée nationale. Les personnes clairvoyantes regardent ce honteux manège comme un piège que lui ont tendu ses ennemis , pour le forcer de revenir en France *, ils ont parfaitement réussi. M. Marat redoute moins la prison que le déshonneur ; il a vu froidement tous les dangers auxquels il s'exposait en défendant les droits du peuple, et il se croirait indigne de soutenir une aussi belle cause , si on pouvait le croire capable de la moindre des impostures qu'on s'efforce de lui attribuer , dans la vue de soulever contre lui l'opinion publique. »

Telle est la notice qui précède la lettre que Marat adresse au président de l'Assemblée nationale , dans laquelle il expose les motifs qui ont toujours guidé sa plume , et qu'il termine en le priant de vouloir bien demander à son comité des rapports de lui mettre incessamment sous les yeux le mémoire qu'il lui a adressé, relativement aux réclamations indiquées dans la notice précitée. C'est un acte de justice que je réclame, écrit Marat ; et les représentants de la nation ne souffriront pas que le véritable ami du peuple, qui a constamment soutenu ses droits, qui a tout bravé, tout sacrifié pour lui faire connaître ses oppresseurs , soit continuellement menacé de perdre sa liberté après avoir perdu son repos.

Les réclamations que Marat avait adressées à l'Assemblée nationale contre les indignes folliculaires qui , durant son nouvel exil , s'étaient emparés du titre de Y Ami du peuple , exploitaient la vogue de cette feuille et la réputation de son auteur, nous donne la mesure de la faveur dont elle jouissait dans le public. Mais il s'agissait moins pour Marat de rentrer en possession d'un titre que nul autre n'avait droit de porter, que d'éclairer le public odieusement trompé par d'infâmes calomnies répandues sous son nom. « Indignée de se voir calomniée d'une manière atroce dans le numéro 1 54 d'une feuille périodique, publiée sous le titre de Y Ami du peuple et signée Marat , la municipalité de Sens a député à Paris quelques-uns de ses membres , pour porter plainte contre moi à l'Assemblée nationale, écrit Marat, et me poursuivre en justice. Je me suis inscrit en faux contre ces imputations, et j'ai requis ces députés de se joindre à moi pour faire punir les infâmes auteurs du libelle , ce qu'ils n'ont point fait. Et comme s'ils craignaient de me ménager un triomphe éclatant, ils se sont contentés de répandre avec profusion dans le public un mémoire intitulé : Extrait des registres de la délibération de la municipalité de Sens, où je suis déchiré sans pitié. Se peut-il qu'il ne se soit pas trouvé dans le corps municipal un seul lecteur qui eût assez de tact pour distinguer le vrai Ami du peuple , de ses indignes imitateurs ? Je ferai la même observation à l'égard du bataillon des Filles-Saint-Thomas, dont un volontaire , le sieur Hugon de Basseville , vient de faire circuler contre moi une violente diatribe.

« La municipalité de Montargis, partant de la plainte de celle de Sens, a présenté à l'Assemblée nationale une adresse où je suis dénoncé comme auteur des écrits

scandaleux publiés sous le titre de l'Ami du peuple. J'ai adressé à mon tour, à l'Assemblée nationale, au département et au tribunal de police, mes justes plaintes. Le dirai-je ? Depuis quinze jours je demande justice à grands cris, et j'implore vainement les tribunaux et les lois... Désespéré de n'avoir pu encore obtenir justice, je porte mes réclamations à tous les citoyens honnêtes, que je conjure , au nom de la patrie , de vouloir bien détromper le public indignement abusé. »

A l'ouïe des réclamations de Marat , il se peut bien que quelque acharné folliculaire affamé d'un gain illicite ait continué quelque temps encore sa scandaleuse industrie, mais quel homme sensé pourrait révoquer en doute un manège clandestin des ennemis de la Révolution , quand on voit ces publications déplorables se produire jusqu'en 1 792 ; quand on voit un Desclaibes, ci-devant comte de Glermont-Tonnerre, un Condorcet, un Pastoret, et compagnie, publier ou faire publier de faux Ami du peuple , pour détruire l'influence de Marat sur l'opinion publique ?

Chose inouïe, et dont nul autre journal que celui de Marat n'offre l'exemple, on compte au moins 140 faux numéros de l'Ami du peuple , 29 de contrefaçons, et 35 fausses publications diverses*, la plupart signes du nom de Marat , mais tous publiés sous le titre : l'Ami du peuple, de novembre 1789, au 10 mai 1792. Sujet bibliographique que nous avons minutieusement élucidé dans notre ouvrage : Marat, Index du bibliophile, etc., et qui a trop d'importance pour que nous nous dispensions , ici , d'en dire quelques mots.

On se souvient, qu'après le coup d'autorité du 8 octobre 1 789 , qui obligea Marat à suspendre la publication de l'Ami du peuple, jusqu'au 5 novembre

suivant, un sieur Jourdain de Saint-Ferjeux, profitant du bruit de la détention de Marat , fit paraître sous même titre et format , une feuille périodique intitulée : l'Ami du peuple. C'était bien l'œuvre d'un spéculateur, et rien de plus, car l'écrit contrefait était signé de son auteur.

Quelques jours après la publication de la Dénonciation de Marat contre M. Necker, l'auteur informait le public que le brigandage typographique était porté à un si haut degré, que cette Dénonciation était déjà contrefaite ; en outre , que les ennemis de la Révolution faisaient courir sous son nom de fausses Lettres, dans différents districts de la capitale.

Un autre avis , publié à la dernière page de la Lettre de Marat , contenant quelques réflexions sur l'ordre judiciaire, fait connaître que plusieurs folliculaires, séduits par l'appât du gain , ont essayé de continuer

Y Ami du peuple , et pour mieux en imposer au public, un d'eux , plus hardi , a eu l'effronterie de le signer du nom de Marat , y ajoutant : de V imprimerie de Marat.

Enfin , à son retour de Londres , en mai 1 790 , nous avons vu Marat se plaindre amèrement, au président de l'Assemblée nationale , de la licence effrénée de ses contrefacteurs.

Par tout ce qui précède, on voit qu'il n'est pas seulement question de contrefaçons, ou de faux numéros de

Y Ami du peuple , mais encore d'écrits spéciaux contrefaits et défausses lettres, attribués à Marat. Le nombre de tous ces écrits est considérable -, mais ce qu'il y a de plus pénible, après l'indignité des folliculaires, c'est l'ignorance des bibliographes à en grossir chaque jour le nombre. On comprendrait à peine comment , après les observations que Marat a laissées, ces érudits aient

pu lui attribuer tant d'écrits insignifiants , absurdes ou extravagants , si on pouvait ignorer l'influence des préventions politiques de ces Messieurs.

Voyons ce que dit Marat,- lorsqu'il reprit la publication de son journal, le 18 mai 1790.

« A mon retour de Londres, où j'ai séjourné quelques mois, je trouve mon journal envahi par quatre folliculaires , qui se disputent à l'envi mon titre , mon épigraphe , mon nom , mes qualités , en s'accablant d'injures dégoûtantes chaque matin. Nouveaux Sozies, chacun prétend être le vrai ; et telle est l'assurance de leur ton , qu'à la lecture de leur barbouillage , je me tâte souvent le pouls, pour m'assurer si je ne rêve

pas Combien de fois n'ai-je pas déploré la perfidie

des ennemis de la liberté, qui m'avaient ôté les moyens de servir la patrie ! Combien de fois n'ai-je pas désiré que quelque homme estimable , aussi zélé , mais plus habile que moi , continuât YAmi du peuple. L'entreprise n'était pas sans attraits. A peine les scellés furent-ils sur mon imprimerie , que plusieurs intrigants, non moins ineptes qu'effrontés, biens sûrs que je n'irai pas leur intenter procès , profitèrent de la vogue de ma feuille, pour en faire une spéculation de lucre... Il m'est tombé sous la main une quinzaine de leurs feuilles; je ne puis que plaindre la patrie d'avoir de pareils champions , et le public d'avoir de pareils écrivains. Parcourez leurs misérables productions; vous n'y trouverez ni vues, ni observations, ni jugement, ni style; passe encore pour leur ineptie, s'ils connaissaient les bienséances; mais le ton qui règne d'un bout à l'autre , est fait pour révolter tout lecteur honnête.

« Ignares de la première classe, ils appellent l'Assemblée nationale , tantôt diète auguste , tantôt États

généraux ; et ils donnent au roi le titre de souverain , dénomination qui ne convient qu'au peuple pris en corps. Barbouilleurs impitoyables, ils rassemblent gauchement quelques phrases de Y Ami du peuple , qu'ils cousent à leur manière, et qu'ils rabâchent à chaque page. Ne pouvant être piquants, ils s'efforcent d'être scandaleux ; ils vomissent de grosses injures contre les malversateurs publics, et se croient de l'énergie quand ils violent sans pudeur les premières règles de la décence. Pantalons travestis en politiques, ils disputent aux harangères le jargon des halles. Du moins, lorsque Y Ami du peuple se livrait à son zèle , s'il lui échappait quelques duretés, elles lui étaient arrachées par l'amour de la patrie; elles étaient l'expression de ses vives alarmes. »

C'est au sujet de ces mouvements d'indignation à l'égard des plus dangereux, ou des plus perfides ennemis du peuple, que Marat prie ses lecteurs, qui trouveraient ces épithètes impropres , de vouloir bien lui en donner de meilleures pour désigner ces hommes que le peuple a honorés de la défense de ses droits et de ses intérêts; qui abusent honteusement de sa confiance pour les vendre au prince , ne fût-ce que contre de simples promesses ; qui tordent ou suppriment les faits , trahissent ou déguisent la vérité, inventent des arguments captieux pour éblouir , séduire, égarer et tromper les juges; et qui affichent un saint respect pour la justice et les lois, dans l'espoir de mieux cacher leur turpitude.

Les nombreux extraits de tous les écrits de Marat, publiés jusqu'à cette époque, suffisent pour faire juger à coup sûr de la touche de l'écrivain , et le justifier pleinement d'avoir été un écrivain trivial , grossier ou injurieux ; imputation que ses détracteurs anciens ou

modernes se sont attachés avec une infernale persévérance à propager dans le but évident de porter atteinte à sa réputation d'écrivain, et plus encore à ses principes politiques ; imputations qui ont leur source dans les nombreux écrits politiques répandus sous son nom , et à l'égard desquels Marat disait : « Mon cœur gémit encore des blessures cruelles faites par ces lâches folliculaires à une multitude de citoyens , dont je n'ai aucune raison d'attaquer le civisme ; n'ayant pu me procurer encore tous ces malheureux écrits , et ne pouvant réparer en détail les maux qu'ils ont causés à mon insu, je m'inscris en faux contre tout ce qu'ils contiennent de calomnieux et d'outrageant. »

Ces réclamations , malheureusement trop fondées , sont nombreuses dans VAmi du peuple ; mais comme nous les avons relevées dans notre Index du bibliophile, nous ne multiplierons pas , ici , ces citations, et nous fermerons ce sujet par une lettre , inédite , de Marat, à Messieurs du tribunal de police, en date du

28 mai 1790: « S'il est affreux, Messieurs,

pour un écrivain honnête, dont le zèle s'exalta, quelquefois à la vue des malheurs dont la patrie était menacée , mais dont le cœur fut toujours pur, de voir sa plume déshonorée et son nom diffamé par une vile tourbe de barbouilleurs faméliques , marchands de scandale et d'atrocités *, il n'est pas moins affligeant pour lui de se morfondre en vaines sollicitations pour arrêter cet infâme trafic, ce honteux brigandage. Ami de l'ordre et de la paix...,. J'attends de votre équité un ordre pour faire arrêter les auteurs, imprimeurs et colporteurs des faux écrits qui paraissent sous mon

nom (Extrait d'un fragment de catalogue resté

inconnu). »

C'en est assez sur ce honteux manège des implacables ennemis de Marat , pour prémunir les historiens contre les funestes erreurs dans lesquelles ils pourraient tomber à l'égard de ces faux écrits. Reprenons notre analyse historique , et l'étude des écrits du véritable Ami du peuple.

Depuis décembre 1788, époque où Marat s'était jeté dans le mouvement des idées de réforme , .il n'avait cessé , par ses écrits , d'appeler la nation à recouvrer ses droits; il avait indiqué et justifié la nécessité de poser les bases fondamentales de l'édifice constitutionnel qui devait enfermer dans de justes limites les pouvoirs arbitraires d'un monarque absolu, tracer aux députés leurs devoirs, et aux commettants leurs droits de souveraineté ; il n'avait cessé de revendiquer, comme indispensables , la liberté de la presse , le droit de réunion, la surveillance incessante des agents du Gouvernement, la responsabilité effective de tous les fonctionnaires publics, et le droit de les révoquer , récompenser ou punir -, droits politiques inhérents à tous les citoyens pour le bien-être de la nation, et sans lesquels tout soulèvement du peuple est une sanglante folie, qui sert à resserrer, chaque fois davantage , les nœuds de sa servitude et de sa misère. Toujours l'ami du peuple avait tenu à ses concitoyens un langage sévère, véhément, mais digne d'un censeur public ; si de nouvelles persécutions, si de plus grands malheurs fondent un jour sur la patrie et sur l'ami du peuple, ne sera-t-il pas en droit de se montrer plus sévère, plus terrible même à l'égard de ceux qui compromettront à nouveau la liberté individuelle et le salut de l'État ?

ÉCOLE DU CITOYEN. 2 5o,

Si par ses dénonciations nominales contre les mandataires infidèles Marat était le plus redouté des écrivains politiques , ses confrères , moins audacieux assurément , avaient néanmoins contribué à développer les vrais principes du droit public, à battre en brèche les abus, à surveiller les agents du pouvoir; aussi, quoique moins rapide , la marche de la Révolution n'en montrait pas moins un progrès accompli. Il y parut bien , en mai 1 790 , puisque , malgré le décret de prise-de-corps , et l'animosité personnelle des Necker , des Bailly, des Lafayette, des Boucher-d'Argis, de tous les membres inculpés du Châtelet, de la Municipalité et de l'Assemblée nationale , Marat put revenir en France. C'est qu'aussi des bruits de guerre, adroitement semés par le pouvoir, préoccupaient et divisaient les citoyens ; ce qui ne laissait pas de détourner leur attention des affaires publiques du dedans, pour les fixer sur les éventualités du dehors.

Quoi qu'il en soit, au milieu de nombreux décrets peu édifiants, l'Assemblée nationale avait adopté en principe : qu'aucun de ses membres ne pourrait accepter aucun emploi, ni grâce de la Cour, même en donnant sa démission; juste ce que Marat n'avait, un seul instant, cessé de réclamer dans tous ses écrits politiques depuis 1 774. L'Assemblée avait , en outre , décrété la suppression de toutes les espèces de dîmes, les vœux monastiques et quantité de couvents ; la gabelle; aboli les Lettres de cachet ; réformé la jurisprudence criminelle; adopté l'institution du Jury; arraché à la royauté le secret de ses dilapidations par la remise du Livre rouge; réformes sans cesse réclamées par Marat depuis la Révolution, ou préconisées depuis longtemps dans ses écrits politiques. Or , qui plus et

mieux que Marat avait réveillé l'opinion , contribué à former l'esprit public, prêché les vrais principes, appris au peuple à revendiquer lui-même ses droits méconnus, violés ou usurpés ? Les documents peuvent l'attester. Chacun y eut sa part, assurément ; mais la plus grande en revient , sans contredit , à l'ami du peuple , dont les connaissances profondes, le zèle et le dévouement n'eurent point d'égal.

Nous avons fait entendre que , grâce au progrès accompli , Marat put revenir en France; déjà, sa Lettre sur V Ordre judiciaire et sa Nouvelle dénonciation contre Necker, imprimées à Paris , témoignent volontiers de son retour , vers les premiers jours de mai 1790. Deux autres motifs graves l'y invitaient: son nom diffamé par une multitude de faussaires qui avait usurpé le titre de sa Feuille, causaient du scandale et compromettaient sa réputation \ enfin , la question de guerre, qu'il considérait comme un coup de parti des ennemis de la Révolution.

A peine de retour en France, où il gardait l'incognito, Marat, le i5 mai 1790, adressa à plusieurs patriotes de l'Assemblée nationale la lettre que voici :

« Vous êtes , Monsieur , du nombre de ces patriotes éclairés et courageux, que l'ami du peuple invite à parer le coup terrible qui menace la liberté naissante. A peine de retour dans sa patrie , il s'empresse de vous faire passer ses observations -, elles vous paraîtront peu soignées , il le sait \ mais elles n'en seront pas moins utiles, si elles peuvent contribuer à faire triompher la cause de la nation.

a Désolés de toujours voir échouer leurs attentats contre la patrie, ses lâches ennemis sont détermines à la livrer aux horreurs de la guerre. Oui , j'ose le dire ,

ÉCOLE DU CITOYEN. 2Ôl

les hostilités de l'Espagne contre l'Angleterre sont un coup de parti des ennemis de la Révolution française, conjurés pour l'anéantir. Le moyen d'en douter , quand on considère combien peu les forces maritimes des Espagnols sont en état de résister aux forces maritimes des Anglais ! Quelle apparence que le Cabinet de Madrid soit assez dépourvu de sens pour s'attirer sur les bras d'aussi redoutables ennemis , s'il n'y était dé- . terminé par les motifs les plus pressants. Permettez , Monsieur, que je vous engage à jeter ici un coup-d'œil sur la chaîne des intérêts divers qui se sont réunis pour amener cette rupture inattendue.

« Qui doute que les princes de l'Europe entière ne forment des vœux ardents contre le succès de la Révolution ? Le Gouvernement espagnol , en particulier , la redoute comme un exemple contagieux. Or, quelle influence n'ont pas dû avoir sur lui les promesses de nos ministres , les sollicitations de nos aristocrates , toujours à l'affût de ce qu'ils croient pouvoir opérer une contre-révolution ! Disons même que le Cabinet de St-James a dû y donner volontiers les mains. A l'accueil que Georges III fait au sieur de Calonne et aux autres fugitifs de cette trempe , n'est-il pas évident qu'il approuve leur conduite ? Aux efforts qu'a faits M. Pitt pour empêcher la Chambre des communes d'imiter l'Assemblée nationale, n'est-il pas clair qu'il voit avec peine ses glorieux travaux ? Et l'aristocratie anglaise , ayant à redouter un jour la perte de ses prérogatives, peut-elle voir avec plaisir nos succès ?

« Voilà des faits qu'aucun penseur ne s'avisera de contester-, mais je puis avancer, avec non moins de certitude , que presque tous les Anglais sont enchantés de nos combats contre le pouvoir absolu ; que chez

eux le mépris a fait place à l'estime ; qu'ils font des vœux pour nos succès ; qu'ils sont disposés à nous aider à écraser nos ennemis, comme ils ont aidé les Américains à rompre leurs fers-, qu'en Angleterre, plus que partout ailleurs , l'opinion publique enchaîne le ministère, et qu'il serait forcé de la respecter, s'il avait la sottise de se décider contre nous. Ce ne sont pas là des conjectures, mais des assurances positives données à l'ami du peuple au milieu des mêmes sociétés patriotiques où il fut témoin, en 1776, des secours d'hommes et d'argent envoyés à Boston et à Philadelphie. Mais , dira-t-on, la France est obligée, par le pacte de famille, de fournir des subsides à l'Espagne. La France ? dites plutôt le Gouvernement, ou si vous voulez, le prince. Quant à la nation , devenue libre et souveraine , ce traité ne peut point la lier -, il ne la regarde plus. Irat-elle donc , pour le maintenir , appuyer follement des malversations ministérielles , et s'engager dans une guerre désastreuse qui achèverait de ruiner ses finances et de consommer sa perte. Où en serions-nous, grands dieux ! si nous avions l'imprudence de permettre à nos ministres de faire des rassemblements de troupes , et à tous les mécontents de se joindre à nos ennemis •, si nous avions la folie de nous surcharger de nouveaux impôts, pour payer les chaînes dont ils veulent nous accabler; si nous avions la sottise de souffrir qu'ils portent notre attention des affaires de la patrie sur les événements d'une guerre insensée ; s'ils réussissaient à nous donner le change -, s'ils parvenaient à nous amuser avec des gazettes étrangères , comme des enfants ?

« Laissons, laissons les Espagnols se débattre contre les Anglais ; ils ont provoqué la guerre , qu'ils s'en tirent comme ils le pourront -, que nous fait le pacte de

famille , la perte de l'alliance de l'Espagne ? Notre grande , notre unique affaire est de nous donner une Constitution libre et sage , d'établir notre liberté , d'assurer notre bonheur. Le droit de faire la guerre et la paix ne peut appartenir qu'à la nation \ elle doit renoncer à toute guerre offensive , et , s'il lui convient d'armer en temps de crise , que ce soit pour conserver la neutralité

« Si la guerre dont on nous menace n'est pas simulée, ce qui pourrait arriver aux Espagnols de plus avantageux, serait que leur flotte fût écrasée par celle des Anglais, que leur Cabinet fût déconcerté par une guerre désastreuse, et que leur prince fût réduit à demander grâce à genoux. Alors, alors seulement, fort de sa faiblesse, ils pourraient rompre leurs fers, secouer le joug , refondre leur Gouvernement , et se donner une Constitution propre à les rendre libres et heureux » [Ami du peuple, 107).

Quand des insensés , sous un prétexte fallacieux , s'aviseront un jour d'inviter Marat à quitter le titre d'ami du peuple, ne sera-t-il pas en droit, après tant de sacrifices à la patrie, de répondre : « En le prenant, ce beau titre, je n'ai consulté que mon cœur-, mais j'ai travaillé à le mériter par mon zèle , par mon dévouement à la patrie , et je crois avoir fait mes preuves. » Et quoi de plus vrai ? Dans le calme du cabinet , ou sous le coup des persécutions ; ici , ou dans l'exil , ce démon du patriotisme ne pouvait étouffer les accents du plus généreux comme du plus sublime dévouement. Pour tout autre , l'exil eût été , après la tempête , un motif de repos ; lui, au contraire, ne cesse de travailler pour servir la patrie. Ses trois dernières publications , et cette lettre , ne le prouvent-ils péremptoirement.

La lettre manuscrite de Marat, adressée à quelques patriotes, leur avait bien confié le secret de son retour ; mais le public l'ignorait entièrement -, aussi , fut-ce un véritable événement dans Paris quand, le 18 mai 1790, on vit paraître un Prospectus ( 1 ) annonçant la reprise du journal l'Ami du peuple, par Marat , et qu'on entendit les colporteurs crier par les rues : Voilà l'Ami du peuple ! le véritable Ami du peuple ! Sa réclamation contre ses nombreux contrefacteurs {Ami du peuple , n° 106, du 18 mai 1790).

C'était en effet Y Ami du peuple qui reparaissait après une interruption forcée de quatre mois \ interruption causée par les violences des agents du pouvoir, et conséquemment par l'exil de l'auteur.

A peine en possession de son journal, le premier soin de Marat , après ses réclamations publiques contre les contrefacteurs et les faussaires, fut de réveiller l'opinion publique, un moment assoupie, sur les funestes projets des ministres, à l'occasion de la guerre angloespagnole; sur le tribunal du Châtelet, qui avait été autorisé à poursuivre les patriotes des 5 et 6 octobre précédent. Puis , selon les événements, ou les travaux de l'Assemblée nationale , Marat traite tour à tour du droit de paix ou de guerre; des vrais crimes d'Etat; des malheurs qui résulteraient d'une guerre actuelle;

(1) Ce Prospectus, de l'imprimerie de Marat, rue de l'Ancienne- Comédie, est celui qui est désigné dans notre ouvrage : Marat, Index du bibliophile, page 55 , comme étant le quatrième et dernier. Notons, ici, que c'est par erreur , dans le classement , qu'on l'a placé après le n" V, dans l'exemplaire du journal YAmi du peuple de la Bibliothèque nationale.

de r organisation judiciaire ; d'un projet de confédération entre tons les bons citoyens du royaume ; des établissements de bienfaisance , et des moyens de détruire la mendicité; de l'injustice du décret qui exige des Français une contribution directe de la valeur de trois journées de travail, pour être citoyen actif ; etc., etc.

Ne pouvant reproduire nombre d'articles qu'il importerait de mettre sous les yeux du lecteur, choisissons du moins, parmi tant de pages intéressantes, ceux qui constituent les principales règles de la politique. Et puisque les événements des 5 et 6 octobre ne cessent d'être l'objet des clameurs des ennemis de la Révolution qui en font un crime de lèse-nation aux patriotes, eh bien ! avec l'ami du peuple, examinons quels sont les vrais crimes de lèse-nation.

« En France , comme partout ailleurs, on confondait naguère sous le nom de crimes d'État , nouvellement nommés crimes de lèse-nation, les crimes de lèsemajesté : telles sont la désobéissance aux volontés personnelles du prince; la résistance à ses ordres injustes; la censure de son inconduite , de ses défauts , de ses vices ; la critique des opérations désastreuses du Gouvernement, l'ombre même d'irrévérence pour ses agents principaux ; délits frivoles et fictifs , qui , n'ayant que des individus pour objets, ne sont crimes de lèse-nation qu'autant que le prince s'est mis à la place de la nation elle-même.

« Ces délits prétendus ont fait naître chez tous les peuples , avilis par l'esclavage politique , une jurisprudence criminelle particulière , qui traîne à sa suite l'espionnage, les délations, les inquisitions, les tortures, les supplices.

« Grâces au Ciel , les arrêts du despotisme sont abolis parmi nous; la nation est rentrée dans ses droits. Comme elle existe par elle-même , elle ne doit pas mettre au nombre des crimes qui la lèsent, les délits qui ne regardent que son chef ou ses ministres ; délits dévolus , par leur nature , au cours ordinaire de la justice.

« On doit regarder comme vrais crimes de lèsenation, tout acte qui tend à ruiner la Constitution de l'État; tout acte qui porte atteinte à la souveraineté du peuple ; tout acte qui détruit la liberté, la prospérité et la félicité publiques.

« Ainsi , les manœuvres des membres corrompus du Corps législatif, tendant à sacrifier les droits du peuple à l'ambition de quelques individus, sont de vrais crimes de lèse-nation.

« Les entreprises du prince pour devenir absolu , les attentats des ministres contre la liberté, les conjurations des ennemis publics contre le législateur, les prévarications des magistrats pour s'opposer à l'exécution des lois, sont de vrais crimes de lèse-nation.

« Les machinations des ministres , des généraux d'armée, des négociateurs, pour sacrifier les intérêts de la nation au prince ou à quelque puissance étrangère, sont de vrais crimes de lèse-nation.

« Les déprédations, les monopoles, les accaparements et les manœuvres clandestines des administrateurs, pour amener dans l'État la chèreté, la disette, la famine, sont de vrais crimes de lèse-nation.

« Les malversations, les déprédations, les concussions des administrateurs et receveurs des deniers publics , sont de vrais crimes de lèse-nation.

« Quoique tous ces crimes soient du ressort du

Châtelet , en vertu de ses nouvelles attributions , il doit néanmoins connaître plus particulièrement de ceux qui peuvent compromettre le salut public , s'opposer à la Constitution , empêcher l'exécution des décrets de l'Assemblée nationale , détruire la liberté naissante , et mettre obstacle à la régénération de l'empire

« Si les droits des nations ne sont pas moins sacrés que les droits de l'homme d'où ils dérivent , et si l'homme, dans l'état de nature, a le droit de repousser la force par la force , le droit de donner la mort pour s'empêcher de la recevoir , il s'ensuit qu'un peuple opprimé a celui de punir ses oppresseurs et de faire périr ses tyrans , quand il n'a pas d'autres moyens de se soustraire à la tyrannie. Or, la conspiration dont les scènes sanglantes des 5 et 6 octobre ont été le juste châtiment, n'est pas moins constante que la conspiration dont les scènes sanglantes du 14 juillet ont été le terme. Concluons de là que le peuple avait le droit, non-seulement d'exécuter militairement quelques-uns des conspirateurs , mais celui de les immoler tous ; mais celui de tirer la plus terrible vengeance des ministres du prince, de ses conseillers perfides, de ses capitaines stipendiés ; mais celui de passer au fil de l'épée le corps entier des satellites royaux , conjurés pour nous perdre , et la tourbe innombrable des traîtres à la patrie, quel que fût leur état ou leur rang

« Posons en fait cette vérité fondamentale : c'est que les violences du 14 juillet et des 5 et 6 octobre ne peuvent jamais être réputées crimes de lèse-nation ; car, loin d'avoir pour but la ruine de la nation , elles n'avaient que son salut pour objet. Si je ne craignais pas de révolter les hommes à préjugés, j'ajouterais

que, quelque affreuses qu'elles semblent aux heureux du siècle, quelque redoutables qu'elles soient pour les administrateurs corrompus, quelque criminelles qu'elles paraissent aux yeux des moralistes , elles doivent être considérées par le sage politique comme des événements très-heureux, qui ont retiré la nation de l'abîme, brisé son joug, contribué à ses victoires, et assuré son triomphe. Toujours le vrai patriote en remerciera le ciel ; et qui sait si la postérité ne les consacrera pas un jour comme actions méritoires , dignes de tous ses éloges.

« Quoi qu'il en soit, d'après la nature des crimes de lèse-nation, il est incontestable que la procédure criminelle qu'instruit le Ghâtelet contre les auteurs des châtiments infligés aux traîtres à la patrie , contre les écrivains patriotes , et contre les fidèles représentants de la nation, est nulle de droit... Ainsi, loin de livrer au glaive vengeur des lois les auteurs de ces violences, le bras public doit les protéger. Que dis-je ? en considérant qu'un peuple qui s'agite pour rompre ses fers , est dans un vrai état de guerre , on sentira que la patrie ne doit pas moins récompenser ces outrages , que les hauts faits d'un guerrier dans un jour de bataille, que les exploits d'un triomphateur.

« Résumons. Le Ghâtelet n'a aucun droit de les rechercher, aucun titre pour sévir. Au lieu de se prêter lâchement aux vues sanguinaires d'un ministre ambitieux, que n'avait-il la sagesse de se récuser lui-même. Au lieu de faire le procès aux libérateurs de la patrie, que ne redoute-t-il d'être traité lui-même en criminel de lèse-nation : que ne tremble-t-il de s'exposer luimême aux terribles effets de l'indignation publique. Ah ! s'il en est temps encore , qu'il revienne sur ses pas ,

qu'il se montre juge intègre. Mais non , il ne nous reste plus d'espoir ; c'est en vain qu'on attendrait qu'il se corrigeât; il faut le proscrire, il faut l'anéantir, c'est" le cri redoublé de la nation entière » (Ami du peuple, noS 108 à ni inclusivement).

Pour les amis de la patrie et de la liberté, le droit de faire la guerre ou la paix est un sujet non moins digne de fixer leur attention que le sujet précédent.

Le 22 mai 1 790 , l'Assemblée nationale , après une longue discussion , décrète que le droit de faire la guerre ou la paix appartient à la nation.

« Le voilà donc enfin , ce droit terrible , dans les mains de la nation ; le décret qui en consacre la reprise est un grand triomphe du parti patriotique de l'Assemblée nationale sur les ennemis de la Révolution ; mais ce triomphe est incomplet.

<i N'en doutons pas , les ministres ont mis tout en œuvre pour conserver au prince l'affreux privilège d'épuiser ses peuples , de les immoler à ses caprices , de les envoyer au carnage ; mais ils redoutaient l'opinion publique, ils tremblaient pour leurs jours. N'osant braver la juste fureur du peuple , ils se sont attachés à lui donner le change ; ne pouvant l'intimider , ils Pont trompé. Un dissipateur ambitieux ( Mirabeau ) , pour qui rien n'est sacré, est entré dans leurs vues-, bientôt les ressources de son esprit ont été employées à sacrifier les intérêts de la patrie , et tout ce que la finesse , l'astuce , la fourbe , peuvent enfanter de plus captieux , a été fondu dans un projet de décret , chefd'œuvre de rubriques politiques, où le faux patriotisme ménage adroitement mille ressources au monarque , dont il feint de saper le pouvoir absolu

« Son plan a passé sans modifications, à quelques expressions près, qui lui laissent toutes ses dispositions funestes. Tandis qu'on le discutait encore , il eût été essentiel d'en éplucher chaque clause , d'en dévoiler les vices , d'en montrer les dangers et de travailler à le proscrire en répandant l'alarme dans le public , avec cette énergie d'un écrivain qui se dévoue pour le salut du peuple ; ma plume était prête , mes presses ne l'étaient pas , et jamais je n'ai senti plus douloureusement le malheur de ma position. Que me reste-t-il donc aujourd'hui pour en prévenir les suites cruelles , que de relever les prérogatives attribuées au prince , dont ses ministres peuvent abuser et dont ils abuseront infailliblement , s'ils ne sont retenus par la terreur ; que de mettre en garde la nation contre le complot ministériel de l'engager à épouser la querelle des Espagnols, pour amener une contre-révolution.

« Pour sentir la justesse de mes observations, il importe de ne jamais oublier que si les peuples ont toujours le plus grand intérêt à vivre en paix pour jouir de ces avantages , les princes ont toujours le plus grand intérêt à les engager dans la guerre pour s'en rendre maîtres •, car la guerre fournit au Gouvernement des prétextes éternels de demander des subsides et d'accabler d'impôts les sujets; elle lui ménage les moyens de mettre sur pied de nombreuses armées , de séparer les soldats du citoyen , de leur faire oublier la patrie dans le tumulte et la licence des camps, de les accoutumer à tous les crimes : au meurtre, au viol, au pillage ; d'en faire des scélérats consommés , de se les attacher par l'espoir du butin , par l'amour de la débauche, c'est-à-dire d'arracher la nation au soin des affaires publiques, de l'occuper de nouvelles, de l'appauvrir

et de lui opposer des légions nombreuses de vétérans et de satellites prêts à tout entreprendre sous des chefs expérimentés. Souvenez-vous des légions romaines qui suivirent César dans les Gaules -, elles étaient composées de citoyens à qui leur patrie était chère , de citoyens qui y tenaient par les liens de l'habitude , du sang , de l'amour-propre ; qui s'étaient engagés par la religion du serment à la défendre jusqu'à la mort , et qui s'étaient voués aux dieux infernaux s'ils venaient jamais à marcher contre elle ; vous le savez , quelques années passées sous leur chef suffirent pour qu'il les déterminât à étouffer dans leur cœur les cris du devoir et de la nature , à braver les enfers et à passer le Rubicon.

« Examinons donc , un à un , les dix articles qui composent le décret.

« Le premier article établit que le droit de faire la guerre et la paix appartient exclusivement à la nation ; quelque formel qu'il paraisse , ceux qui suivent sont arrangés avec tant d'art qu'ils le modifient presque toujours , de manière à le rendre illusoire.

« Le second article délègue au prince l'exercice du droit de guerre et de paix , c'est-à-dire le soin de travailler à la sûreté extérieure du royaume , d'en maintenir les droits et les possessions , d'entretenir des relations politiques au dehors, de faire des préparatifs de guerre proportionnels à ceux des Etats voisins, de distribuer à son gré les troupes de terre et de mer et de diriger les expéditions militaires. Comme ce soin précède nécessairement la décision du Corps législatif sur la nécessité de faire ou de ne pas faire la guerre dans tel et tel cas , il donne au prince un prétexte légal de puiser à volonté dans le trésor public, de mettre de nombreuses armées sur pied et de diriger

leurs opérations, c'est-à-dire de disposer à son gré des richesses et des forces de la nation contre la nation elle-même. Car le décret n'ayant pas réglé la distance dont les troupes de terre pourront s'avancer des frontières (1) dans l'intérieur du pays , en conférant au prince le droit de répartir à son gré l'armée et d'en diriger les opérations, le législateur lui laisse les moyens de faire des rassemblements de troupes dans telle et telle partie du royaume où il voudrait frapper un coup et de les tourner contre l'État. Le fameux sénatus-consulte, dévouant aux dieux infernaux tout général qui ramènerait son armée dans Rome, et qui passerait le Rubicon sans s'être démis du commandement, maintint longtemps la liberté. C'est une clause analogue à ce sénatus-consulte , qui manque dans l'article II du décret sur le droit de guerre et de paix.

« Les articles III et IV portent que la nation , renonçant à toute conquête , n'emploiera jamais ses forces à opprimer aucun peuple ; elle renonce donc à toute guerre qui n'aurait pas pour objet la juste défense de ses droits et de ses possessions. Mais, comme il n'est rien au monde de plus facile pour des ministres mal intentionnés, que de donner lieu secrètement aux premières hostilités , et de rendre défensive une guerre offensive , ces articles du décret transmettent par le fait le droit de guerre tout entier au monarque; ils sont donc en quelque sorte destructifs du premier. D'ailleurs, une clause de l'article III, ayant lié la cause de la

(1) C'est sur les frontières seules que l'armée de terre doit être répartie. Dans tout pays qui veut conserver sa liberté, il importe nonseulement qu'aucun corps de troupes soldées ne soit cantonné fort avant dans les terres, mais qu'il n'y ait pas une place de guerre, pas une citadelle dans l'intérieur de l'État. Voye; mon plan de constitution.

nation à celle de ses alliés , l'engage à prendre parti dans toutes leurs querelles, et à se rendre responsable de toutes leurs folles entreprises ; ainsi , quelque désir qu'eût la nation d'éviter la guerre , et avec quelque prudence que les agents du pouvoir exécutif pussent se conduire, les traités d'union de la France, et surtout le pacte de famille , entraîneraient nécessairement l'Assemblée nationale dans des mesures imprudentes , et rendraient nuls tous les soins de sa sagesse à maintenir la paix.

« Pour écarter le fléau de la guerre , quelle barrière le législateur a-t-il tracée autour de l'enceinte du temple de la paix ? La responsabilité des ministres. Mais pour peu qu'ils aient d'astuce et d'adresse, ils feront voir que les suites de leurs manœuvres sont l'effet de circonstances fortuites ; ils auront recours aux complots , aux faux , aux trahisons ; l'agression de leur part, toujours présumée et jamais prouvée, ne formera point corps de délit ; et, quelle que soit la peine portée contre les criminels de lèse-nation , ils se joueront des lois et braveront le châtiment.

« Ainsi , malgré les dispositions pacifiques de la nation , les guerres ne seront pas moins fréquentes qu'auparavant, et elles ne seront pas moins injustes.

« Le seul moyen de prévenir tant de maux est donc de renoncer à tout pacte de famille , espèce de ligue qui met en commun les projets ambitieux de plusieurs princes du même sang, pour les poursuivre avec toutes leurs forces; ajoutons, de renoncer à toute alliance avec des puissances voisines, ou de n'en former qu'avec des nations libres et puissantes , qui auront adopté ie même système de paix. Que si la nation reste isolée , son plan de défense doit être de souffrir les premières

hostilités ; puis , de porter la guerre chez l'agresseur , et de lui en faire sentir si cruellement le poids , qu'il ne soit plus tenté de sacrifier légèrement les bienfaits de la paix; ce qui sera toujours possible à une nation courageuse , telle que la France , qui peut mettre sur pied quatre millions de combattants.

« Le V° article du décret paraîtra bien peu réfléchi. Le beau moyen d'avoir la paix, que de donner au prince le pouvoir de commencer les hostilités, et de se réserver celui de le supplier d'y mettre fin ! Quoi ! des ministres intéressés à souffler les feux de la guerre, auront beaucoup d'empressement à les éteindre ! Quel moyen de lever les difficultés qu'ils font naître, les obstacles qu'ils opposeront ? Le soin de pourvoir à la sûreté de l'État leur fournira-t-il moins de prétextes pour continuer la guerre, que pour la commencer? Ne préféreront-ils pas cent fois d'exposer le salut du peuple, et de hasarder la couronne, que de renoncer à l'exécution d'un projet qui leur ménage les moyens de reprendre la souveraineté ? Je ne sais si je m'abuse , mais il me semble qu'il n'est pas de moyens plus infaillibles d'avoir à soutenir des guerres désastreuses.

« Je glisse sur le VIe article, qui est la suite du Ve, et qui se réduit à la précaution de tenir le législateur continuellement assemblé à l'approche ou pendant le cours d'une guerre ; précaution assez peu essentielle , quand il ne s'est pas réservé le pouvoir de faire cesser les hostilités , ou plutôt de les prévenir.

« Je glisse pareillement sur l'article VII , qui se borne à la simple formule de la déclaration de guerre.

« Quant à l'article VIII, c'est un vrai enfantillage. Quelle bonhomie de prétendre que le prince devienne

un automate aux ordres du Conseil national (i); que, poussé par tous les motifs de l'ambition et de la gloriole à allumer la guerre , il en suspende le cours tout à coup, pour renoncer à ses projets, au moindre signe du Conseil de la nation! Mais quand il serait aussi disposé à la paix , qu'il l'est peu , croit-on que ce soit chose si facile de terminer une guerre, pour peu qu'on n'ait pas l'avantage ? Il faudra donc commencer par accorder à l'ennemi, sans lui avoir disputé la victoire, ce qui serait le prix de son triomphe ; le moindre inconvénient de cette sotte politique sera donc de payer les frais de la guerre ; et comme toutes les entreprises de ce genre se font aux dépens du public, tous les échecs reçus seront pour le compte de la nation. Ajoutez que si la victoire couronne l'ennemi , ayant toujours intérêt de nous affaiblir , encore plus que de nous

humilier, il rejettera nos propositions Ainsi, avant

que le législateur ait examiné s'il convient de la faire, la nation y sera déjà engagée trop avant pour reculer ; elle sera donc forcée, par le soin de sa propre défense, de continuer une guerre qui ne lui a été suscitée que par les vues ambitieuses du Cabinet, et dans l'espoir de consommer sa ruine. Il suit de là que les guerres ne seront ni moins longues, ni moins opiniâtres qu'auparavant. Je dis mieux , elles le seront davantage. En combattant contre un ennemi puissant , un monarque absolu se regardant comme le maître de l'État , ne pousse presque jamais les choses à l'extrémité -, il craint

(1) C'est en vain que l'on prétendrait borner les fonctions de l'Assemblée nationale à celles de simple Corps législatif; il faut absolument qu'elle remplisse celle de Conseil national, dans tous les cas où elle doit statuer sur les grands intérêts de la nation , relativement au dehors.

de trop affaiblir ses peuples , de trop épuiser son empire. Mais cette crainte est étrangère à un prince qui n'est plus que le chef de l'armée. L'État n'est, à ses yeux, que l'héritage de ses pères, que la nation lui a enlevé ; il la regarde donc comme ennemie. Moins elle aura de forces , moins elle sera en état de résister , et il ne néglige rien pour l'accabler. Plus la guerre sera désastreuse , plus les peuples seront malheureux , et plus ils seront prêts à se rendre. De quelque manière que les choses tournent , la nation sera toujours , ou la victime de la corruption du législateur, ou la dupe de son imprévoyance. Qu'en conclure ? si ce n'est que tant de vaines précautions ne font que trop bien sentir les dangers du droit remis au pouvoir exécutif, et la nécessité de le surveiller et de le limiter.

L'article IX fixe la réduction des troupes à la fin de la guerre , précaution très-sage , mais souvent sans effet , le prince ayant la ressource de tenir souvent l'armée au complet , sous prétexte de dangers imminents toujours nouveaux.

« Enfin , l'article X attribue au roi le droit d'arrêter et de signer avec les puissances étrangères tous les traités de paix , d'alliance , de commerce et autres conventions qu'il jugera nécessaires au bien de l'État ; mais ces traités et ces conventions n'auront d'effet qu'autant qu'ils auront été ratifiés par le Corps législatif, marche bien différente de celle qu'indiquent les fonctions des différents corps qui composent la machine politique ; car le prince ne peut avoir que le droit de proposer et d'exécuter , au lieu que le Conseil national a celui d'examiner et de décider. Au demeurant , la première clause ménage au roi le pouvoir de ne conclure que des traités conformes à ses intérêts particu-

liers et de sacrifier la nation à ses vues personnelles ; tandis que la seconde le rend , de fait , l'arbitre du droit de la paix et de la guerre.

« Comme le travail de l'Assemblée nationale ne peut former les bases inébranlables de la Constitution qu'autant qu'il sera consacré parle peuple, et puisque les décrets défectueux de cette législation doivent être corrigés par celle qui suivra, prenons patience quelque temps -, mais ne perdons pas un moment de vue le complot infernal formé par le Cabinet, de nous engager dans une guerre désastreuse ; réunissons tous nos efforts pour le faire échouer , et faisons tomber sur la tête de nos ministres atroces tout le poids de l'indignation publique » (Ami du peuple, nos 112, 1 1 3 et 114).

Pour ajouter aux témoignages déjà publiés , et faire pressentir au lecteur un des coryphées contre- révolutionnaires au service de la cour , notons ici que le marquis de Lafayette vint appuyer de son vote le projet de décret du perfide Mirabeau.

Dans l'exorde qui précède l'exposé du droit de paix et de guerre, Marat, qui n'avait pu en prévenir la discussion publique , disait : — Ma plume était prête , mes presses ne l'étaient pas, et jamais je n'ai senti plus douloureusement le malheur de ma position. — On ne s'étonnera donc pas que, malgré les dégoûts et les embarras que lui suscitaient les ennemis de la Révolution, ne pouvant presque jamais à temps faire entrer dans sa feuille des articles qu'il importait infiniment de mettre sous les yeux du public, qu'il entreprit la publication d'un nouveau journal , servant

ainsi de supplément à Y Ami du peuple. Un tel projet, apprécié dans son but , en dit plus que tous les commentaires pour témoigner de l'étonnante activité d'esprit et du zèle infatigable de l'ami du peuple : Je vais combattre des deux mains pour la patrie, disait-il en annonçant cette nouvelle publication.

Ce journal , sous le titre de Junius français , est particulièrement destiné à suivre les sourdes manœuvres des ennemis de la Révolution, à dévoiler leurs relations avec les cabinets étrangers, à éventer les complots, des traîtres à la patrie , à servir de cri d'alarme , à déconcerter les noirs projets.

L'auteur devait y rendre un compte sommaire des travaux de l'Assemblée, faire l'historique des séances, suivi de réflexions adaptées au sujet ; y faire le portrait des auteurs des motions les plus importantes , celui des ministres et des personnages les plus remarquables dans l'histoire de la Révolution *, enfin , y rapporter les événements propres à piquer la curiosité publique.

Dans le n° 1, qui parut le 2 juin 1790 , on y lit une Adresse aux Parisiens qui est bien la peinture la plus vraie de leur caractère , et en même temps la satire la plus piquante de leur légèreté, de leur frivolité et de leur inconstance.

« O Parisiens ! hommes légers , faibles et pusillanimes, dont le goût pour les nouveautés va jusqu'à la fureur, et dont la passion pour les grandes choses n'est qu'un accès passager •, qui raffolez de la liberté comme des modes du jour ; qui n'avez ni lumières, ni plan, ni principes ; qui préférez l'adroit flagorneur au conseiller sévère , qui méconnaissez vos défenseurs , qui vous abandonnez à la foi du premier venu , qui vous livrez à vos ennemis sur leur parole, qui pardonnez aux

perfides et aux traîtres, au premier signe de contrition ; qui, dans vos projets ou dans vos vengeances, suivez sans cesse l'impulsion du moment ; qui êtes toujours prêts à donner un coup de collier , qui paraissez incapables d'aucun effort soutenu ; qui allez au bien par vanité et que la nature eût formés pour les hautes entreprises , si elle vous eût donné de la judiciaire et de la constance ; faudra-t-il donc toujours vous traiter comme de vieux enfants ?

« Les leçons de la sagesse et les vues de la prudence ne sont plus faites pour vous. Des légions de folliculaires faméliques vous ont blasés à force de sottises et d'atrocités ; les bonnes choses glissent sur vous sans effet -, déjà vous ne prenez plaisir qu'aux conseils outrés , aux traits déchirants , aux invectives grossières ; déjà les termes les plus forts vous paraissent sans énergie , et bientôt vous n'ouvrirez l'oreille qu'aux cris d'alarme, de meurtre, de trahison. Tant de fois agités pour des riens, comment fixer votre attention, comment vous tenir en garde contre toute surprise, comment vous tenir continuellement éveillés? Un seul moyen me reste, c'est de suivre vos goûts et de varier mon ton. O Parisiens ! quelque bizafre que ce rôle paraisse aux yeux du sage , votre ancien ami ne dédaignera pas de le prendre : il n'est occupé que du soin de votre salut ; pour vous empêcher de retomber dans l'abîme , il n'est point d'efforts qu'il ne fasse , et toujours le Juniits français sera votre incorruptible défenseur, votre défenseur intrépide. »

L'entreprise était au-dessus des forces d'un même individu, quels que fussent d'ailleurs son activité et son zèle \ il faudra donc y renoncer bientôt ou succomber. Aussi , après la publication du 1 3e numéro ,

le Junius français cessa-t-il entièrement de paraître et fit place à une série de publications spéciales, bien mieux appropriées aux circonstances et aux besoins politiques.

Avant d'aborder l'examen des publications que nous venons seulement d'indiquer, il n'est pas hors de propos de déchirer entièrement le voile qui cache encore une des idoles traîtresses de la nation. Ce n'est pas de Bailly, ce n'est pas de Mirabeau, ce n'est pas de Necker qu'il va être parlé -, mais du commandant général de la milice parisienne, du marquis de Lafayette, encore tout resplendissant du triomphe de la liberté américaine, et à qui l'ami du peuple va arracher son masque de patriotisme , alors que tout Paris est aux pieds du héros des deux mondes.

Avant de retracer les méfaits de ce citoyen plus qu'équivoque, n'oublions pas que Marat, qu'on a accusé d'être envieux et jaloux , avait fait l'éloge de Lafayette, lorsqu'il le vit refuser les i5o,ooo livres de traitement que lui offrait Bailly, au nom de la Commune de Paris. Mais, voyant plus tard ce même citoyen travailler à inspirer aux milices nationales un funeste esprit de corps , en créant des compagnies de grenadiers et de chasseurs ; en le voyant prêter les mains aux machinations du ministre , et servir les desseins contre-révolutionnaires de la Municipalité et du Châtelet; en le voyant venir tout exprès à l'Assemblée nationale, appuyer de son vote le perfide projet de Mirabeau, sur le droit de paix et de guerre; prévoyant qu'il profiterait des sots préjugés du public en sa faveur, pour lier la patrie par les mains de ses propres défenseurs, l'ami du peuple ne perdit pas un instant de vue ce dangereux ennemi de la liberté.

a Je ne vous ferai point ici le tableau de vos anciens démérites, écrivait Marat le 28 juin 1790; je ne récriminerai point pour prouver combien la conduite que vous tenez est contraire aux principes que vous affichez ; je n'opposerai point votre dévouement à la cour, dont vous feignez de négliger les intérêts, à votre déloyauté pour le peuple , dont vous feignez de servir la cause; je ne vous parlerai point de votre connivence avec les ministres, dont vous êtes un arc-boutant ; je ne vous rappellerai point les obstacles que vous vous êtes efforcé de mettre à l'entreprise des citoyens soulevés pour punir les satellites royaux (les 5 et 6 octobre 1789), empêcher la fuite de la famille royale, et prévenir la guerre civile ; je ne vous rappelerai point vos sourdes menées pour faire décréter une loi martiale, et empêcher le peuple de se soulever contre ses oppresseurs ; vos efforts pour faire accorder au roi la dictature ; l'indigne motion de mander à la barre la municipalité de Marseille , pour s'être opposée à la prise des forts St-Nicolas et St-Jean, et la motion plus indigne encore d'ordonner au comité des rapports de fournir au Châtelet toutes les preuves nécessaires à l'instruction du procès contre les bons citoyens qui ont sauvé la France le 6 octobre ; je ne vous rappellera1 point les faux bruits accrédités sous votre nom sur la prétendue faction d'Orléans , pour jeter de la défaveur sur les vrais défenseurs de la liberté ; la haine implacable que vous avez vouée aux Barnave , aux Duport , aux Robespierre , aux Lameth , ces soutiens incorruptibles de la Constitution ; les mouvements que vous vous êtes donnés pour faire attribuer à la couronne le droit de la guerre et de la paix, et tant d'autres traits de cette marche tortueuse d'un courtisan consommé ,

qui depuis longtemps a fait disparaître à mes yeux le prétendu patriote.

« Mais je vous rappellerai l'indigne composition de l'état-major de l'armée parisienne, et les appointements énormes que vous lui avez prodigués pour vous assurer de lui *, je vous rappellerai ce trop grand nombre de gardes soldés par le Gouvernement , que vous avez incorporés à la garde citoyenne et qui seraient autant de soldats royaux , si les sentiments patriotiques que nous leur avons inspirés ne nous répondaient d'eux ; je vous rappellerai les indignes moyens que vous pratiquez pour vous affider les commandants et majors de tous les bataillons \ la division que vous avez mise dans l'armée entière, en y formant des compagnies de grenadiers et de chasseurs , auxquels vous avez inspiré un esprit de corps, et que vous vous êtes attachés en les chargeant seuls de toutes les expéditions honorables ; je vous rappellerai la funeste organisation de l'armée, que vous ne cessez d'asservir à la discipline militaire pour la plier à vos ordres ; les tentatives continuelles que vous ne cessez de faire contre le vœu de la Commune pour former un parc d'artillerie qui menacerait bientôt la sûreté publique \ je vous rappellerai les expéditions oppressives que vous les avez tant de fois poussées à faire contre leurs concitoyens, et les cabales faites actuellement sous vos yeux, parmi les officiers de tous les bataillons , pour les engager à demander le jugement d'un brave capitaine, qui a soutenu l'honneur de la garde nationale que vous aviez exposée aux insultes de la cour.

« Je sais tous les dangers auxquels je m'expose en m'élevant contre vous ; mais n'espérez point me réduire au silence : je vous voue une haine éternelle ,

tant que vous machinerez contre la liberté. Pour me punir, abaissez-vous à la plus lâche vengeance, courez au Châtelet faire revivre l'infâme décret, venez à la tête des satellites qui vous sont encore dévoués, assaillez mon dernier asile*, si je ne puis échapper à leur fureur, je ferai tête à leur rage; abattu sous leurs coups et baigné dans mon sang, ma voix défaillante ne cessera de vous reprocher vos attentats, et mon dernier souffle sera pour vous dénoncer comme l'un de nos plus dangereux ennemis. »

Le trait porta si juste qu'il fit blessure profonde, et souleva contre la main qui l'avait lancé ce dangereux suppôt de despotisme. De tous côtés parvinrent alors à l'ami du peuple des avertissements officieux : — « Prenez garde à vous, Marat, votre perte est jurée. » — Pouvait-il en douter, quand on entendait par les rues, et jusque sous ses fenêtres, crier : à bas Marat! quand les créatures du général soudoyaient les colporteurs pour leur enlever et détruire les feuilles de l'Ami du peuple.

La mesure des iniquités n'était pas au comble, et le digne pendant de Mirabeau devait, pour quelque temps encore , poursuivre ses funestes desseins. La présence à Paris des fédérés de tous les départements , pour le serment solennel , fut l'occasion de nouvelles tentatives contre-révolutionnaires. Mais l'argus patriote veillait. Informé du complot , il rédige et fait imprimer en toute hâte, dans la nuit du i3 au 14 juillet, une feuille spéciale, intitulée :

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