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LES CHAINES DE L'ESCLAVAGE

Ouvrage destiné à développer les noirs attentats des princes contre les peuples ; les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices , les coups d'État qu'ils emploient pour détruire la liberté ; et les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme.

Par J.-P, Marat, Vami du peuple.

Impatiens frcni.

Paris

De l'imprimerie de Marat^ rue des Cordeliers, vis-à-vis celle

Haute-Feuille.

L'An premier de la République.

(In-So de 364 pages.)

Cette édition ne diffère de celle de Londres, que par une notice où sont rapportées les menées du ministère Anglais , contre l'auteur , lors de la publication de

The chains of slavery, en 1774; et par l'annexion d'une Lettre de Marat, adressée le 23 août 1789, au président des États généraux, à l'occasion des Vices de la Constitution Anglaise , signalés aux États , comme une série d'écueils à éviter dans le gouvernement qu'ils allaient donner à la France *, tableau non moins utile en 1793, qu'en 1789, pour parer à l'anglomanie des partisans de l'autorité arbitraire. Quant au Discours aux électeurs de la Grande-Bretagne , on comprend qu'il ait été conservé dans cette nouvelle édition, car il peut très-bien, comme le disait Marat, s'adresser aux électeurs Français. Le compte -rendu que nous avons présenté de The chains of slavery, nous dispense ici de tout autre examen.

Le lecteur n'a point oublié que nous avons laissé Marat sous le coup d'une accusation grave déférée aux tribunaux. Cette maladresse des hommes d'État^ comme les qualifiait ironiquement l'ami du peuple, ne sera pas la dernière qu'ils commettront dans leur aveugle fureur contre ceux qui voudront s'opposer à leurs combinaisons machiavéliques -, mais avant de leur voir combler la mesure de leurs basses vengeances contre l'intrépide défenseur des droits du peuple, jetons un regard rapide sur la situation douloureuse qu'ils ont faite à la France par leurs intrigues, leurs menées, leurs complots; puis faisant face à ces suppôts de tyrannie , arrachons leur le masque , pour les montrer à la postérité tout couverts d'opprobre , et marqués du sceau indélébile de la réprobation publique.

Menacée dans ses intérêts par l'invasion de la Belgique et surtout de la Hollande, la Grande-Bretagne, déjà liée secrètement à la cause des rois contre la République,

s'est déclarée contre la France, qui voit maintenant s'armer contre elle : l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, l'Allemagne, la Hollande, l'Espagne, le Portugal, les Deux-Siciles, les États du Pape et la Sardaigne.

A ce soulèvement d'une partie de l'Europe contre la France épuisée de numéraire ; à cette recrudescence de danger pour sa liberté, vient s'ajouter la révolte fanatique des prêtres et des nobles : la Vendée est en feu ! Les révoltés occupent partie ou totalité des départements d'Indre-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de la Vendée , des Deux-Sèvres et de la Vienne ; leurs armées sont d'environ vingt-cinq mille hommes, dont les, prêtres révoltés bénissent les armes qui doivent donner la mort aux patriotes.

Pour comble à tant de maux, la trahison compromet nos armées , nos conquêtes , nos frontières : Dumouriez qui a négocié avec les Autrichiens , leur livre Breda et Gertruydemberg : il annonce qu'il va marcher sur Paris pour renverser le gouvernement républicain; rétablir le trône et la Constitution monarchique de 1791. Mais le génie de la Liberté veille sur la France, il soutient, il exalte le patriotisme.

Dans l'expectative, le peuple, la Commune, la Convention même redoublent de zèle pour assurer le salut public : Un tribunal criminel extraordinaire est créé pour juger sans appel les conspirateurs; leurs biens seront acquis au profit de la République. Des Comités de surveillance seront établis dans toutes les sections de Paris , pour rechercher les suspects , les conspirateurs ou les traîtres. Garât remplace Roland au ministère de l'intérieur. Une loi ordonne l'exécution dans les vingt-quatre heures de tout individu convaincu d'être émigré ou prêtre sujet à la déportation. Un décret

met hors la loi ceux qui prendront part à des révoltes contre-révolutionnaires, ayant pour but d'empêcher le recrutement. Un Comité de défense générale et de salut public est institué. Le désarmement des prêtres et des nobles, sur tout le territoire de la République, est ordonné. Enfin, dans les villes au-dessus de trois mille âmes, une loi commande d'afficher à l'extérieur des maisons les noms , âge et profession de ceux qui l'habitent.

La sévérité des lois révèle la mesure du danger.

Le péril est immense, sans doute \ mais féconde en dévouements, la France va se révéler plus dévouée, plus vaillante, plus patriote que jamais^ l'amour de la patrie qui enfante des prodiges va confondre et attérer les traîtres, électriser les masses , faire surgir des héros, enfanter des légions innombrables , les pousser de victoire en victoire, et sauver la patrie.

Pénétrés eux-mêmes des maux qu'ils ont appelés sur la France, citons au tribunal de l'opinion publique coryphées et suppôts de la faction des hommes d'État ; arrachons le masque à ces républicains de mauvais aloi, afin que la postérité les rive pour jamais au pilori de l'humanité.

Depuis le premier instant de la Révolution jusqu'au 10 août, la Cour a été le premier auteur de tous les complots contre la patrie. Depuis le lo août jusqu'à ce jour, la faction des hommes d'État de la Convention, conjurée avec les ministres, les généraux, les fonctionnaires publics ennemis de la liberté, et les puissances étrangères, sOnt les principaux auteurs des complots tramés contre la liberté publique, contre le règne de de la justice et de l'égalité. . .

S'il se trouvait parmi les citoyens honnêtes quelque

lecteur assez prévenu pour en douter, je le renverrais au Journal des séances de la Convention même , depuis son ouverture, et je le défierais de m'y faire voir une seule mesure de salut public proposée par les hommes d'État; tandis que je lui montrerai que dans toutes les occasions où les patriotes de la Montagne ont proposé de grands moyens pour sauver le peuple, les homme d'État s'y sont opposés avec acharnement. Ils ne manquent pas d'orateurs dévorés de la démangeaison de parler; mais ces orateurs qui bavardent sans cesse, pour rendre illusoires tous les décrets salutaires, ou vomir des calomnies contre les patriotes, contre les députés de Paris , notamment contre l'ami du peuple, n'ont jamais proposé de lois pour réprimer et punir les accapareurs, les prévaricateurs, les fonctionnaires publics infidèles, les employés dilapidateurs, les ministres machinateurs, les généraux perfides ; mais ils n'ont négligé aucune occasion de protéger les traîtres , et d'assurer l'impunité aux conspirateurs ; tandis que leurs meneurs, Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné, Pétion, Buzot, n'ont ouvert la bouche que pour dévouer Danton, Robespierre, Marat, à l'anathème, et absoudre Capet, si ce n'est pour dénoncer des complots imaginaires dans la vue de détourner l'attention de dessus leurs propres conspirations;

J'ai dit qu'ils sont conjurés avec les ministres , les généraux, les administrateurs infidèles et les puissances étrangères, pour s'opposer à l'établissement du règne de l'égalité et de la liberté, pour rétablir le monarchisme ou dominer eux-mêmes. On n'a pas oublié que ce sont leurs meneurs Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné, Isnard, etc., qui ont fait déclarer la guerre. On n'a pas oublié que ce sont eux qui ont longtemps soutenu et

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blanchi Narbonne, Dillon, Rochambeau, Mautesquiou, Anselme et Lafayette, le chef des traîtres qui commandait nos armées , et qu'a proscrit l'indignation publique , lorsqu'elle les a vus coalisés avec nos ennemis du dedans et du dehors. On n'a pas oublié que ce sont eux qui ont machiné un peu avant le lo août pour raffermir le despote chancelant sur le trône. On n'a pas oublié qu'après le lo août, ils ont mis tout en œuvre pour arracher au peuple le fruit de cette glorieuse journée, pour tourner contre lui les événements désastreux des 2 et 3 septembre qui en ont été la suite, pour perdre ses plus zélés défenseurs , et pour arracher le tyran au supplice. On n'a pas oublié que ce sont eux qui, dès le 1 1 août, ont fait décréter que la Convention serait nommée par les corps électoraux, presque tous à leur dévotion, afin de composer à leur gré une majorité contre-révolutionnaire. On n'a pas oublié que ce sont eux qui, à la même époque, ont • fait rappeler au ministère Clavière, Servan et Roland, trois de leurs âmes damnées. On n'a pas oublié que ce sont eux qui, par la main de Clavière, ont intercepté à la poste tous les écrits patriotiques, pour empêcher d'éclairer les départements, tandis qu'ils les inondaient, par les mains de Roland, de libelles atroces contre les patriotes les plus célèbres, sur lesquels ils rejetaient les massacres des prisons et tous les désastres de l'État. On n'a pas oublié que ce sont eux qui , à l'ouverture de la Convention se sont insurgés contre la députation de Paris , dont ils redoutaient l'énergie , et qui ont demandé la tête de Marat, dont ils redoutaient la surveillance ; que ce sont eux qui n'ont cessé de calomnier à la tribune la municipalité et les administrateurs de Paris ; que ce sont eux qui ont appelé des départe-

ments à Paris une force armée, sous prétexte qu'ils n'y étaient pas en sûreté ; que ce sont eux qui ont mis dans les mains de Roland quarante millions pour accaparer les grains et affamer le peuple ; que ce sont eux qui ont excité des troubles au sujet des subsistances *, que ce sont eux qui ont cherché à allumer dans l'État les torches de la guerre civile pour assurer l'impunité au tyran , en votant l'appel au peuple, et qui, pour faire passer le décret par la terreur , avaient donné des ordres à un bataillon de Marseillais égaré de s'emparer de la Convention. On n'a pas oublié que ce sont eux , coalisés avec les généraux, qui ont fait pleuvoir un déluge de dénonciations contre Pache pour l'expulser du ministère de la guerre , où sa surveillance barrait leurs machinations , pour y appeler Beurnouville , créature de Dumouriez et l'agent le plus propre à favoriser leurs projets contre-révolutionnaires. Depuis cette époque malheureuse, ils n'ont cessé de tramer clandestinement -, toutes les réclamations des soldats de la patrie contre le ministre ont été étouffées -, toutes les dénonciations des patriotes contre les généraux ont été interceptées ; tous les rassemblements des contre - révolutionnaires dans les départements du nord-ouest, de même que les préparatifs hostiles des puissances ennemies , ont été tenus secrets par le conseil exécutif, spécialement chargé de les surveiller ; tandis que la faction des hommes d'État mettait en usage mille artifices pour écarter la discussion sur le recrutement de l'armée , la réorganisation du ministère et la loi contre les émigrés. Depuis cette époque malheureuse , ils n'ont cessé de berner le peuple de fausses nouvelles, sur de prétendues victoires, et de lui cacher nos échecs. jusqu'au

moment où nos défaites ont été de nature à jeter l'alarme sur les dangers de la patrie.

Ce sont ces scélérats qui ont fait déclarer la guerre à l'empereur , au roi de Prusse , à la Hollande , à l'Angleterre, à l'Espagne, à la Sardaigne, sans avoir fait aucun préparatif pour leur résister -, en trompant indignement la nation sur les moyens d'attaque des puissances ennemies et nos moyens de défense. Ce sont ces scélérats qui ont mis et maintenu à la tête de nos armées les plus grands ennemis de la Révolution, pour morfondre nos troupes par des marches sans objet, les exténuer par le besoin , les désoler par la misère , les faire déserter par les mauvais traitements , les conduire à la boucherie et les livrer sans défense au fer de l'ennemi. Ce sont ces scélérats qui ont laissé nos places de guerre sans munitions , sans armes, et qui ont donné le commandement à des suppôts du royalisme pour les livrer aux ennemis. Ce sont ces scélérats qui ont assuré l'impunité aux traîtres et qui ont fait échapper tous les grands crimininels ^ ce sont eux qui , depuis dix-sept mois , ne composent le ministère que de leurs créatures , toutes contre-révolutionnaires ; ce sont eux qui , depuis dix-huit mois , appuient , défendent et blanchissent Dumouriez, comme ils ont appuyé, défendu et blanchi Lafayette.

Comment nier aujourd'hui qu'ils en sont les complices, puisque leur complot est commun.

Ils voulaient conserver le monarque et rétablir la monarchie lors du jugement de Louis Capet, Dumouriez veut rétablir un roi et la Constitution de 1791. Comme Dumouriez, ils déclament contre les Jacobins et veulent anéantir les sociétés populaires. Ils ont mis cent obstacles au recrutement de nos volontaires*, Du-

mouriez les a sacrifiés en toutes rencontres. Comme Dumouriez, ils ont tout fait pour empêcher la réunion de la Belgique à la France , et pour la détruire lorsqu'elle a été consommée. Gomme Dumouriez, ils se sont élevés avec fureur contre les journées de septembre qui ont sauvé la patrie ; ils ont calomnié le peuple sur les événements du 26 février *, ils se sont opposés à l'établissement du tribunal révolutionnaire -, ils ont maintenu en vigueur les lois tyranniques de l'ancienne Constitution.

Quel homme instruit des événements de la Révolution n'a pas reconnu que le plan de conspiration de Dumouriez a été mis en même temps à exécution , et par lui, et par les meneurs de la faction.

Mais laissons-là le factotum des hommes d'État, le lâche massacreur de nos braves volontaires , l'ambitieux, le traître Dumouriez; c'est du vain batelage, c'est des menées insidieuses, c'est de la fureur et de la rage des coryphées de cette faction redoutable que nous avons à entretenir le lecteur , pour le convaincre de la haine qu'ils portaient à l'ami du peuple.

Sans nous arrêter aux débats scandaleux que provoquèrent si souvent au sein de la Convention ces hojnmes d'État, anti-révolutionnaires et complices de Dumouriez , dans l'espoir d'y écraser les patriotes , arrivons à la séance du 12 avril 1793.

Cette séance devait être consacrée aux réponses des meneurs de la faction des hommes d'État, que Robespierre avait accusés d'être les premiers auteurs de tous les désastres qui désolent la patrie et menacent la liberté.

Pétion se présente le premier à la tribune, et d'emblée se livre à une déclamation furieuse contre son accusateur.

A Pétion succède Guadet ; il prétend se disculper en faisant son éloge; en s'honorant de l'amitié de Brissot, ancien espion de police ; en affichant sa pauvreté , en dépit des sommes qu'il a placées sur la tête de ses enfants à la tontine Lesage^ et il conclut par tirer de sa poche une adresse patriotique des Jacobins , signée Marat , président , dont voici la substance :

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