‹ Jean-Paul MaratChapitre 19 sur 30 · CORRESPONDANCE ACADÉMIQUE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ACADÉMIQUE

Lettre de AI. Marat à M. le comte de Maillebois.

Du 19 juillet 1779.

Monsieur le Comte,

Dès que vous eûtes connaissance de mes Découvertes sur le feu , vous désirâtes les communiquer à l'Académie , j'ose me flatter

que vous voudrez bien aujourd'hui lui en faire agréer Fhommage. C'est une petite offrande que je place par vos mains sur Tau tel des sciences.

Je ne vous ai point dit encore que mon mémoire a une suite, et que cette suite offre des objets qui ne sont pas moins propres à piquer la curiosité des physiciens. Je ne veux pas anticiper sur le jugement public , mais je ne crois pas me compromettre en assurant qu'à laide d'un petit appareil d'instruments fort simples, je réussis au mieux à décomposer la lumière sans le secours du prisme et d'aucun milieu diaphane et à surface oblique.

Ma méthode n'a point les inconvénients des réfractions prismatiques, elle ne laisse aucun doute sur le nombre des rayons différemment colorés; ainsi elle sert à perfectionner la doctrine de Newton sur les couleurs, pour ne pas dire à en établir une nouvelle.

Ce n'est pas sans regret qu'en étudiant la nature, on se voit forcé d'abandonner les idées de ce grand homme; mais si j'infirme sa

doctrine des couleurs, en revanche je rends indubitable sa doctrine sur la cause des réfractions, et cette cause je la démontre à l'œil même. J'ai examiné avec soin ses différents effets; ils sont visibles dans tous les corps. De ces observations ^ qui jettent le plus grand jour sur les phénomènes de la dioptrique, je tire des conséquences dont je profiterai un jour pour perfectionner les instruments d'optique et d'astronomie.

Vous concevez, M. le comte ^ que les expériences qui servent de base à ces découvertes sont absolument neuves ; s'il a fallu bien des réflexions pour les imaginer, il ne faut que des yeux pour les constater.

C'est de l'observation d'un phénomène très-simple que je suis parti ; mais si vous saviez combien il m'en a coûté de recherches pour les développer dans toutes les conséquences, et dérober à la nature son secret, vous applaudiriez à la constance de mon zèle.

Ce n'est là qu'une légère esquisse, et déjà peut-être m'auriez-vous soupçonné de jac-

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tance si vous ignoriez combien je me pique d exactitude.

Recevez, M. le comte, les assurances de dévouement inviolable que je vous ai voué et avec lequel j'ai T honneur d'être, etc.

(Signé) Marat.

Billet de M. le comte de Maillebois à M, Marat.

Du samedi 19 juin 1779.

Je porterai , Monsieur , à l'Académie loffrande dont vous me chargez pour elle , et je vous rendrai compte demain matin de ce qui aura été dit à la suite. Vous connaissez mon dévouement.

Autre billet du même au même.

Du dimanche 20 juin 1779.

M. de Maillebois fait bien ses compliments

à M. Marat. La lettre et le présent ont été bien reçus de l'Académie.

On a nommé les mêmes commissaires, auxquels on a ajouté M. de Lalande; on n'a point voulu y joindre M. Cousin, à cause des deux géomètres qui se trouvent dans les commissaires.

On a invité les physiciens à aller voir les expériences, il n'y a eu que M. Brisson qui a élevé quelques doutes sur la découverte (i).

Billet de M. le marquis de Condorcet , secrétaire de V Académie.

Du 14 juillet 1779.

Le 19 juin 1779, M. Marat a présenté son projet de nouvelles expériences; on lui a nommé les mêmes commissaires que pour son premier ouvrage, et on y a joint M. de Lalande auquel on a substitué M. Cousin.

(1) Telle était l'idée avantageuse que l'Académie avait de la bonne foi et des talents de M. Marat.

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Billet de M. Sage, de l'Académie, à M, Marat,

Du 8 octobre 1779.

Sage a l'honneur de saluer M. Marat; il a reçu des lettres à son retour de la campagne où il est encore obligé de se rendre, ce qui l'empêchera de se trouver au rendezvous. MM. Le Roy et Cousin, étant plus versés que lui dans l'optique, sont les juges nés de cette partie; Sage ayant toute confiance en eux s'y rapportera (i).

Note de M. Marat sur les lettres suivantes : // y avait déjà longtemps que la vérification des expériences de M. Marat , sur la Lumière, était terminée, et le rapport ne s'en faisait point ; il prit le parti de le solliciter.

(i) M. Marat reçut un pareil billet de désistement de la part de M. de Maillebois et de M. Montigny.

Lettre de M. Le Roy, de V Académie ^ à M, Marat.

Du 7 janvier 1780.

Je vous ai marqué, M., que je m'occupais de votre rapport et que je le ferais très-incessamment, mais comme j'en ai eu un à faire très-important sur la marine, et après lequel on attend, c'est ce qui m'a empêché de terminer le vôtre. C'est précisément le rapport de la marine qui a été interrompu à la j""" phrase et non celui de vos expériences. Soyez tranquille, je vous prie, ce rapport sur la marine sera fini aujourd'hui , ainsi le vôtre sera pour la semaine prochaine sans délai ni remise , au moins de ma part; au reste je ne conçois pas comment on vous a donné l'alarme sur ce rapport de mercredi , puisqu'il y était question d'un ventilateur et non des couleurs de la Lumière.

Je vous souhaite bien le bonjour.

(Signé) Le Roy.

Autre billet du même au même,

17 janvier 1780.

Le rapport de M. Marat n'est pas encore fait, mais il peut être assuré que M. Le Roy s'en occupe, et que c'est véritablement par la multitude d'occupations forcées que cette affaire n'est pas encore terminée ; il le prie, au reste , de croire que ce rapport n'est pas loin, et que M. Le Roy tâchera de le faire la semaine prochaine. Mais M. Marat doit sentir lui-même que ce rapport n'est pas un rapport ordinaire et qu'il demande beaucoup d'attention.

Il est prié dé recevoir mille et mille compliments.

Autre, du même au même.

28 janvier 1780.

Malgré tout le désir que j ai certaine-

ment de faire ce que vous désirez, Monsieur, . il m'est impossible de faire votre rapport demain : je suis obligé d'aller voir les prisons du Châtelet pour un autre rapport dont je suis chargé^ et comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, votre rapport nest pas comme un autre, et demande par là la plus grande attention ; mais je vous l'ai promis pour la semaine prochaine, et je vous tiendrai parole.

Autre, du même au même.

i3 février 1780.

Votre rapport sera fait cette semaine, Monsieur, au moins je le compte fort, car il y aura mercredi prochain quinze jours que je suis en querelle pour celui du renouvellement de l'air dans les vaisseaux,, et il faut que je réponde encore à une réponse qu'on m'a faite à ce rapport , mais vous pouvez être sûr et certain que je suis aussi

impatient que vous que le vôtre soit fini ; il y a un tel esprit de chicane dans l' Académie, que cela m'oblige de mettre encore plus d'attention à ce qu'on y lit, mais au nom de Dieu soyez tranquille et croyez que je suis désolé de ce retard.

Recevez mille compliments.

Autre, du rneme au même.

23 février 1780.

De grâce, Monsieur, ne m'en voulez pas si votre rapport n'est pas encore fait, la matière est très-délicate comme vous savez et demande par conséquent à être soigneusement examinée ; et comme vous êtes trop bon physicien pour l'ignorer, il y a beaucoup d'expériences qui ne sont pas tellement simples qu'il n'y ait uniquement à prononcer que sur le fait. De plus, j'ai été fort occupe pour un rapport sur un objet con-

cernant la marine, pour lequel le ministre pressait. Mais, Monsieur, votre rapport est fait, et je m'occuperai uniquement de vous à l'avenir. Je me flatte que vous ne doutez pas de tous les regrets que j ai de ne vous avoir pas encore expédié par tous les sentiments distingués d'estime et d'attachement que je vous ai voués, et avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre t. h. et ob. serviteur.

(Signé) Le Roy.

Lettre de M. Cousin, de l'Académie des sciences , à M. Marat.

Écrite et datée de l'Académie, i3 avril 1780.

Monsieur ,

Les affaires de M. Le Roy l'ayant empêché de venir à l'audience mercredi et de s'occuper de toute autre chose, il se trouve forcé de remettre à samedi prochain le

rapport de vos expériences, mais nous ne pouvons pas vous promettre de finir le même jour (i) , cela dépendra du degré d'attention que l'Académie voudra bien nous accorder.

J ai l'honneur d être très-parfaitement , Monsieur, v. t. h. et ob. serviteur.

(Signé) Cousin.

Billet du même au même.

i5 avril 1780.

J'ai l'honneur de saluer M. Marat, et le prier de remettre au porteur lexemplaire de rOptique de Newton que je lui ai prêté. M. Le Roy avait demandé samedi à

(i) Il est donc démontré que le rapport était fort long, puisqu'il ne pouvait être terminé en une séance de l'Académie ; le rapport des Commissaires n'est donc pas le petit chiflFon de papier que le Secrétaire de l'Académie envoya à M. Marat, et qui est à la tête de son Ouvrage sur la Lumière.

faire son rapport, on n'a pas eu assez de temps, j espère que ce sera pour mercredi prochain.

(Signé) Cousin.

Billet de M. Marat, à M. le marquis de Condorcet.

27 avril 1780.

M. Marat prie M. le marquis de Condorcet de vouloir bien lui faire part de la résolution de l'Académie relativement au rapport de ses expériences. Il a l'honneur de lui faire ses compliments.

Ce jeudi 27 avril.

Réponse au bas du billet.

Réponse de M. de Condorcet.

Les Commissaires ont promis le rapport pour samedi.

Autre ^ du même au même.

Dimanche 3o avril 1780.

M. Marat prie M. le marquis de Condorcet de vouloir bien rinformer si le rapport de ses expériences est terminé ou même commencé.

Réponse au bas du billet.

Réponse de M. de Condor ce t.

M. Le Roy a fait le rapport et l'a apporté à la séance, mais d'autres objets ont empêché de le lire à la séance, il est remis à mercredi.

Autre , du même au même.

Jeudi 4 mai 1780.

M. Marat prie M. le marquis deCondorcet

de vouloir bien lui marquer si le rapport de ses expériences est fait.

Réponse au bas.

Réponse de M. de Condorcet,

Le rapport a été commencé hier^ mais l'Académie na pas eu le temps d'en entendre la lecture en entier (i).

Autre, du même au même.

7 mai 1780.

M. Marat prie M. le marquis de Condorcet de vouloir bien lui marquer si son rapport a été repris dans la séance d'hier, et s'il est terminé.

Réponse au bas.

(i) Cette réponse ne laisse pas le moindre doute sur la vérité de la remarque faite à la lettre de M. Cousin, sous le n° 23.

Réponse de M. de Condorcet,

Le rapport n'a pas été fait hier, M. Le Roy qui en est chargé n a point assisté à la séance.

Billet de [M. Le Roy à 'M Marat.

9 mai 1780.

M. Le Roy fait toutes sortes de compliments à M. Marat et le prie de lui renvoyer V Optique de Newton en français que je lui ai prêtée Tété dernier, et la même Optique en anglais qu'il croit lui avoir aussi prêtée, il voudrait bien y vérifier quelque chose. M. Le Roy désirerait aussi que M. Marat lui envoyât les Expériences signées qu'il a vu avec M. Cousin pour former autorité.

Extrait des registres de V Académie royale des Sciences.

10 mai 1780.

M. Marat, médecin des Gardes du Corps de M^^ le Comte d'Artois , ayant prié l'Académie de lui nommer des Commissaires pour voir des expériences sur la Lumière, la Compagnie nous e^i a chargés, M. le comte de Maillebois, M. Sage, M. Cousin et moi.

Ces expériences, qui sont en très-grand nombre , roulent sur différents phénomènes de la Lumière, et particulièrement sur ceux qui appartiennent à son inflexion, lorsqu'elle passe le long des corps, ainsi que sur ceux qui, selon l'Auteur^ établissent que la décomposition des couleurs qu'on observe dans cette inflexion est la cause de celle qu'on observe dans le prisme , ou que celles-ci ne sont point l'effet de la réfraction, mais l'effet unique de l'inflexion avant d'y entrer ; en sorte que, selon M. Marat, la décomposition de la Lumière dans son inflexion et celle

qu'on observe dans son passage par différents milieux, sont la suite d'un même effet.

Mais comme ces expériences sont en très-grand nombre, ainsi que nous l'avons dit, que nous n'avons pu par là les vérifier toutes (malgré toute l'attention que nous y avons apportée) avec l'exactitude nécessaire; que d'ailleurs elles ne nous paraissent pas prouver ce que l'Auteur imagine qu'elles établissent, et qu'elles sont contraires en général à ce qu'il y a de plus connu dans l'Optique, nous croyons qu'il serait inutile d'entrer dans le détail pour les faire connaître, ne les regardant pas comme de nature , par les raisons que nous venons d'exposer , à ce que l'Académie y puisse donner sa sanction ou son attache.

Fait dans f Académie des Sciences, le 10 mai 1780.

Le Roy, Cousin, Sage.

Je certifie le présent Extrait conforme à l'original et au jugement de l'Académie. Ce 10 mai 1780.

Le marquis de Condorget.

Observations de M, Marat sur le Rapport qui précède.

Quelque peu disposée que fût l'Académie à me rendre justice, mes Commissaires en particulier ne pouvaient se dispenser de rendre compte de mes expériences capitales, ce qui exigeait un travail assez long et assez délicat. On verra par les Lettres sous les n°* 19, 20 et 22, combien ceux d'entr'eux qui l'avaient entreprise se trouvaient embarrassés, car il s'agissait den dire assez pour que l'Académie fût instruite, et trop peu pour que je fusse content.

Quoi qu'il en soit , cette Académie fut près de cinq mois à rédiger le rapport. Il paraît par la lettre sous le n" 25 que le rapport devait être fort long, puisqu'un de mes Commissaires ne pensait pas qu'on pût le terminer dans une séance ; et il est prouvé par la réponse que le Secrétaire de cette Compagnie fit au billet de M. Marat, sous le n° 27, qu'une séance entière n'a effectivement pas suffi pour en faire la lecture. L'acte académique contenu en deux phrases

qui ma été envoyé le lo mai 1780, et que j'ai mis à la tête de mon Ouvrage, nest donc pas le rapport de mes Commissaires. 11 est donc démontré que le rapport a été supprimé par la cabale, et que l'Académie m'a fait un déni de justice.

Voici maintenant quelques détails que je tiens de bonne part. Un Seigneur de beaucoup d'esprit' à qui je n'avais pas laissé ignorer cette transaction académique, ayant un jour à dîner l'académicien qui avait été chargé de mon rapport , entreprit d'en arracher l'aveu de la vérité : Comment est-il possible, dit-il à M. Le Roy, quun académicien tel que vous se soit oublié jusqu'à faire un rapport aussi ridicule que celui qui est à la tête des Découvertes de M, Marat? Si vous ne voulie^ pas rendre justice à r Auteur, encore ne fallait-il pas apprêter à rire à vos dépens par un galimathias en style barbare, quun maître d'école aurait honte d'avouer. — Que voule'^-vous, répondit M. Le Roy , ce nest pas ma faute, f avais fait un rapport de 45 pages in-4^ oîi je m'étais piqué défaire connaître le travail de M. Marat,

mais à chaque énoncé que je faisais d'une expérience contraire au système de Newton, les géomètres me donnaient un démenti, et nous soutenaient en face à mon confrère et à moi, que nous n avions pas vu le fait que nous attestions; nous avions beau insister , ils nous répondaient : « Cela est impossible, nous avons fait nos calculs. » A force de crier il nous ont forcé au silence. Enfin l'Académie^ subjuguée par le parti le plus fort^ m'a tenu l'épée dans les reins, pour brocher à la hâte le rapport dont vous me faites des reproches.

Lettre de M. le comte de Tressan, lieutenant-général des armées du Roy, et depuis, de V Académie française, à M. Marat.

De Franconville , ce 24 juillet 1780.

Ce matin, Monsieur, j'ai envoyé chez MM. Cellot et Jombert, libraires, pour avoir vos deux ouvrages sur le Feu et la Lumière,

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ne sachant plus à qui m' adresser et trèsafïligé que deux personnes que j'avais chargées de me les trouver ne les eussent pas encore envoyés; jugez, Monsieur, combien il m'est cher de les recevoir de votre main. J'en ai ouï faire l'éloge, mais je sais combien il est rare de trouver des lecteurs éclairés parmi même les gens de beaucoup d'esprit ; peu sont initiés dans les recherches profondes et dans le grand art des expériences, et vous trouverez plus difficilement que personne des Pairs pour vous entendre , et pour apprécier votre beau travail.

L'abbé Tressan, Monsieur, m'a fait espérer que vous me feriez l'honneur de me venir voir dans mon hermitage, que ma belle et charmante cousine. M"' la marquise de Conillac, vous amènerait avec elle; mais, Monsieur, ce n'est point en présence des Grâces qu'on peut discuter les leçons d'Uranie, c'est dans la solitude du Cabinet que deux amis peuvent se communiquer leurs idées, et je vous conjure. Monsieur, de m'accorder au moins deux jours que vous me ferez passer délicieusement. Je ne vais

pas quitter d'un instant vos deux ouvrages et j'espère en avoir saisi les principes, les propositions et la théorie, lorsque j'aurai l'honneur de vous voir; je sais déjà par l'abbé Tressan que vous joignez à la profondeur de la science tous les dons qui la font aimer, et rien ne m'est plus honorable et plus cher que de voir que vous espérez du moins trouver des oreilles pour vous écouter, vous trouverez de plus l'homme du monde qui désire le plus avoir l'honneur de faire connaissance avec vous, et vous recevoir dans son hermitage.

J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute estime, votre t. h. etc.

(Signé) Tressan.

Billet des Rédacteurs du Journal de Paris, à M. le comte de Gouy.

Du 14 novembre 1778.

Les auteurs du Journal de Paris s'empresseraient de faire usage de l'annonce sur le

Feu élémentaire qui vient de leur être, envoyé , si TAuteur des découvertes précieuses qu'elle contient voulait se nommer ou au moins donner quelques indications qui pussent mettre les auteurs du journal à l'abri des reproches qu'ils pourraient essuyer du public en imprimant une note trop vague sur un sujet si important.

Extrait du journal anglais intitulé Chouthig revue , du mois d'octobre 1782 [Traduction).

Page 293 , section IX. Découvertes de M. Marat , docteur en médecine, sur la Lumière, etc.

Nous avons mentionné précédemment les découvertes de cet ingénieux et laborieux physicien, sur le Feu. La première édition de l'Ouvrage qui nous occupe aujourd'hui a été épuisée presque aussitôt que publiée ; on ne doit point en être surpris, puisqu'il a excité une curiosité particulière annonçant une nouvelle révolution en Optique, et

l'entreprise de faire perdre à notre immortel Newton une de ses plus brillantes acquisitions dans cette partie des sciences. Les Cartésiens les plus hardis et les mieux armés ont été souvent repoussés avec perte et confusion dans leurs attaques ; une contestation de plus de 30 ans a confirmé Newton dans la possession de ses découvertes avec Fapplaudissement unanime des Académies et des Sociétés savantes de l'Europe , tandis que M. Marat se présente avec une nouvelle légion d'expériences et d'observations pour renouveler le combat sous un nouvel étendard.

La réfraction et la réflection étaient les seules altérations qui fussent connues dans la direction des rayons de la Lumière, lorsque le chevalier Isaac Newton^ répétant les expériences de Hook et du jésuite Grimaldi, observa que les rayons venant du soleil, dans leur passage à une certaine distance des corps, éprouvaient un changement de direction , différent de la réflection et de la réfraction auquel il donne le nom d'inflexion. Ce changement de direction ou

cette déviation suivant lui n'a lieu qu'à une très-petite distance j^ de pouce du corps auprès duquel passaient les rayons de la Lumière, et il Tattribuait à un pouvoir répulsif, par lequel les rayons s'éloignaient du corps , sans qu'il y eût eu de contact entr'eux.

M. Marat est d'opinion que cette inflexion n'a jamais été exactement observée ni expliquée par ceux qui l'ont précédé, et pour mieux réussir, il entreprend de prouver par une multitude de faits, que tous les corps sont environnés 'par cet atmosphère lumineux plus étendu que leur diamètre, et que les rayons qui forment les différentes couches de cet atmosphère, après s'être ployés vers le corps, convergent et se réunissent tous en différents foyers. Nous renvoyons le lecteur à l'Ouvrage même pour y voir les expériences citées à l'appui de cette hypothèse. Elles présenteront une nouvelle loi d'optique qui doit produire des effets importants dans la nature, et plus particulièrement dans le système planétaire.

Au moyen de cette loi on peut déduire une

explication naturelle du crépuscule, des apparences optiques des éclipses, et de plusieurs autres phénomènes, qui n'ont point encore été expliqués dune manière satisfaisante, ce que notre Auteur se propose de faire dans un ouvrage duquel celui-ci n'est que l'extrait.

Notre Auteur entreprend de démontrer qu'un rayon de lumière ne passe jamais en droite ligne par la sphère d'attraction d'un corps, et qu'il n'y passe jamais sans être décomposé. Sa démonstration est fondée sur des expériences faites d'après sa méthode d'observer dans la chambre obscure. Si ces expériences prouvent (comme elles semblent réellement le faire ) que la lumière est toujours décomposée à la circonférence des corps, le prisme perdrait une grande partie de sa réputation, car suivant cette hypothèse, la lumière doit être nécessairement décomposée au bord du trou fait au volet de la fenêtre pour introduire le faisceau de rayons destinés à l'expérience prismatique.

M. Marat est surpris que Newton n'ait

pas fait attention à cette circonstance dans sa théorie, après avoir répété l'expérience de Grimaldi. Il va encore plus loin , et prouve que la lumière n'est pas décomposée en passant au travers du prisme. Il prouve cette proposition en nous offrant un faisceau de rayons solaires, avec lequel il est impossible de produire le spectre, tel considérable que puisse être le nombre des prismes au travers desquels on le fait passer. Pour cet effet il fait passer les rayons au travers d'une lentille, et reçoit leur foyer sur un prisme ; le résultat de cette opération n'offre jamais qu'un champ de lumière pure dont les bords seulement sont circonscrits par des croissants colorés. Phénomène que notre Auteur croit incompatible avec le système de Newton.

Newton avait pris le plus grand soin, dans son Optique, d'établir, sur des fondements solides, la théorie de la différente réfrangibilité des rayons rétrogrades , et ses expériences et les observations qui y avaient été employées semblaient y répondre parfaitement, mais notre Auteur porte même

à cette théorie un coup audacieux ; ii analyse les expériences de notre grand philosophe, et prononce qu'elles sont illusoires. Il prétend prouver par des faits simples et décisifs que les rayons hétérogènes sont tous également réfrangibles. Nil mortalibus arduum est.

Si les rayons décomposés au bord du trou du volet de la fenêtre sont différemment réfractés par le prisme, notre Auteur n attribue cet effet qu'à leur déviation à l'approche du trou. Il observe à cette occasion, que la déviabilité des rayons a toujours été confondue mal à propos avec leur réfrangibilité; comme aussi qu'il paraît par une multitude d expériences (faites de différentes manières et toujours suivies par les mêmes résultats) que le jaune est plus déviable, et que le bleu est le moins déviable de tous les rayons ; ce qui est entièrement différent de la théorie de Newton sur la réfraction.

S'il est vrai, dit notre Auteur, que la lumière ne soit pas décomposée par le prisme dans les expériences de Newton, et qu'elle ne soit jamais décomposée par la réfraction

dans les verres d'une bonne espèce et d'un beau poli , il s'ensuit évidemment que l'aberration de réfrangibilité qui a donné tant de travail à plusieurs géomètres modernes n'est qu'une illusion ; et c'est ce qu'il entreprend de prouver indubitablement dans une autre partie de cet ouvrage. Si la preuve était admise, il faudrait expliquer par de nouveaux principes la théorie des télescopes acromatiques.

Après avoir traité de l'invariabilité de la déviation des rayons hétérogènes, et des couleurs primitives, telles qu'on les voit sur les surfaces différemment coloriées (sous lequel article nous avons trouvé différentes observations curieuses), M. Marat conclut son livre par la considération de la couleur des corps. Il observe dans cette partie que la blancheur des métaux n'approche pas autant de la lumière pure que celle du papier, du linge, des terres calcaires, etc., parce que l'image des métaux blancs a toujours une teinte bleuâtre ; que le noir n'est pas simplement produit par la privation de la lumière , parce que les

corps noirs sont vus par réflection , et principalement parce que les rayons bleus concourent à former cette couleur ; et qu'il n y a point de corps transparent qui soit d une teinte pure , parce que tous réfléchissent et transmettent les différents rayons hétérogènes. Il déduit de cette dernière observation l'inutilité d'employer les objectifs colorés pour remédier à la prétendue altération de réfrangibilité , comme aussi l'insuffisance des méthodes employées pour dépurer les rayons hétérogènes en les faisant passer au travers des verres.

Nous avons seulement touché à la hâte quelques-uns des articles de cet Ouvrage, ce qui néanmoins suffira , suivant nous , pour faire prêter l'oreille aux physiciens curieux, et pour alarmer l'orthodoxie du synode Newtonien, qui est ici sommé de défendre son Credo, ou de le réformer.

L'adversaire est hardi même jusqu'à la témérité, mais ses expériences sont spécieuses et séduisantes, et les observations sont fines et ingénieuses. Il est vrai que le nombre de ceux qui font des expériences pour en im-

poser s'est beaucoup accru, et qu'ils ont été quelquefois surpris malgré leur déguisement. Il est également vrai que les expériences commencent à perdre un peu de leur crédit pour être souvent accumulées sans intelligence et sans choix, et sans cet art important de les savoir analyser, qui peut seul empêcher que les faits ne soient également les sources de la vérité ou de l'erreur. Mais nous croyons que les expériences de M. Marat ont un titre particulier à être jugées avec justice.

Lettre de M. Pâté, professeur de physique de Châlons-siir- Marne , à M. Marat, datée de l'hôtel de Juigné, au Marais.

Paris, ce 25 février 1780.

Monsieur^

Pardonnez mon indiscrétion, mais vos précieuses Découvertes ayant été le 'principal motif de mon voyage à Paris , je voudrais

ne pas partir sans avoir Thonneur de vous revoir, et d'avoir un entretien avec vous. Un officier des Gardes -du-Corps du Roy, instruit dans toutes les parties de la physique, et qui ma accompagné ici, désirerait obtenir la même faveur ; si vous aviez la bonté de nous l'accorder, je vous prie de vouloir bien indiquer le jour et le moment où il nous sera permis de nous rendre chez vous.

J'ai l'honneur d'être avec respect. Monsieur^ votre t. h. et ob. serviteur.

(Signé) Pâté.

Lettre du même au même.

Du 3 juin 1781.

Monsieur,

J'ai toujours le projet de faire connaître aux écoles de Reims et de Chdlons vos précieuses découvertes j M. de Favernery a déjà

annoncé mon projet, et je reçois de toutes parts les lettres les plus pressantes pour partir. Mais je voudrais être plus au fait de la matière, et pour cela j'aurais besoin d'avoir avec vous quelques conférences, je vous prie de me les accorder, et de m'indiquer les moments qui vous seront les plus commodes. Je craindrais d'être importun si je ne connaissais tout le plaisir que vous avez à éclairer les autres.

Jai l'honneur d'être, etc.

(Signé) Pâté.

Lettre de M. d'Ambournaj, secrétaire de l'Académie de Rouen , à M. le baron de Feldenfeld.

. Du 18 septembre 1783.

Monsieur ,

Je ne puis répondre plus positivement à la lettre anonyme dont vous m'avez honoré le 7 de ce mois, qu'en vous envoyant

l'extrait ci-joint de la séance publique de TAcadémie de Rouen, tenue le 6 août dernier.

J'ai l'honneur d'être, etc.

(Signé) L.-A. d'Ambournay,

Secrétaire perpétuel .

Extrait du supplément à la feuille de Rouen, envoyé à M. le baron de Feldenfeld par le secrétaire de l'Académie des sciences de Rouen , à la suite duquel est la réponse qu'il fit à M. le baron de Feldenfeld sur la lettre que celui-ci lui avait écrite pour savoir quel mémoire avait été couronné par l'Académie sur cette question : Jusqu'à quel point on peut compter sur l' électricité dans le traitement des maladies. Le tout en date du y septembre 1785.

Ensuite l'Académie fit annoncer qu elle avait donné le prix ordinaire des sciences au Mémoire portant pour épigraphe :

Est modus in rébus , sunt certi denique fines , Quos ultra citraque nequit consistere rectum.

Quoiqu'il n'ait, pas plus que ses concurrens, offert de solution quant au magnétisme, il remplit les conditions exigées à l'égard des effets de V électricité ; il désigne très-précisément les maladies dans lesquelles on peut espérer des secours et celles où on l'invoquerait vainement , ou même avec danger.

Mais l'ouverture du billet cacheté n'a présenté que la répétition de l'épigraphe avec

la lettre initiale M accompagnée de six

points, et la date de Paris, le 1783.

En donnant le prix à ce Mémoire , qui le mérite à tant de titres, l'Académie a regretté que l'Auteur n'ait pas mis plus d'aménité dans ses termes^ en réfutant l'opinion d'un homme estimable adopté par neuf Compagnies savantes, qui presque toutes ont couronné ses efforts. Au surplus la médaille restera aux mains de M. le Trésorier jusqu'à ce qu'on ait satisfait aux formalités requises pour se faire connaître.

Lettre du même au même.

Rouen, 29 septembre 1783.

Monsieur, j'ai communiqué hier à l'Académie extraordinairement assemblée la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois.

D'après les renseignements que cette lettre contient , on ne peut douter que l'Auteur du Mémoire sur l'Électricité médicale ne vous soit parfaitement connu; mais il paraît nécessaire qu'il le soit aussi de la Compagnie à l'estime de laquelle vos talents lui donnent tant de droits , sauf à ce qu'elle se prive de la satisfaction de le nommer publiquement , tant qu'il désirera garder l'anonime; mais le régime du Corps, et rintérêt même de l'Auteur exigent que son nom soit consigné dans nos registres. D'ailleurs le mystère qui peut lui convenir actuellement ce sera d'être d'accord avec son

projet (i) de faire imprimer cet Ouvrage à la suite d'un autre auquel il va de sa gloire de mettre son nom. La réticence serait donc en pure perte et désobligeante pour l'Académie. Quant au renvoi que vous me demandez du Mémoire de votre ami, permettez-moi de vous observer, Monsieur, que même tous ceux qui ont concouru appartiennent à l'Académie, et à plus forte raison celui qu'elle a couronné. Tout ce qu'elle peut, sans blesser ses droits, est d'en faire tirer une copie aux frais de l'Auteur, et de la lui envoyer. Il est encore de règle d'avoir son agrément pour rendre publique cette copie , et c'est de quoi nous nous occuperons en temps ; le plus pressé est de prévoir la délivrance de la médaille (2).

Il est de règle stricte dans toutes les Académies de l'Europe que le prix ne soit délivré qu'à l'Auteur en personne, ou à

(i) M. le baron de Feldenfeld avait demandé le renvoi du Mémoire , et avait donné pour raison que l'Auteur désirait le faire imprimer à la suite d'un autre Ouvrage.

(2) M. le baron de Feldenfeld avait aussi demandé que la médaille restât entre les mains du Trésorier jusqu'à ce que l'Auteur se fît connaître.

quelqu'un fondé de sa procuration spéciale. Dès que Monsieur votre ami aura rempli l'une ou l'autre de ces conditions, il sera satisfait à son égard.

Je suis mortifié, Monsieur, que la rigueur de mon ministère ne me permette pas de condescendre à vos désirs, mais vous savez que les formes sont les conservatrices des Corps, et je vous rends exactement les sentiments de l'Académie.

Je suis avec respect, Monsieur, votre t. h. et ob, serviteur.

. (Signé) L.-A. d'Âmbournay,

Secrétaire perpétuel de V Académie, pour les Sciences.

Copie d'une lettre de M. le baron de Feldenfeld, à M. d'Ambournay, secrétaire perpétuel de l'Académie de Rouen.

Paris, le 3 octobre 1783.

Dès que j'ai eu reçu votre lettre du 29

septembre dernier, je l'ai remise à F Auteur du Mémoire couronné par l'Académie, au sujet de V Electricité médicale ; cet auteur est le célèbre M.Marat, si avantageusement connu de l'Europe savante par ses belles découvertes en physique. Vous recevrez par ce même courrier une lettre de lui avec la procuration, ainsi que vous l'avez demandé ; je ne doute pas que cette connaissance n'ajoute au plaisir qu'a eu l'Académie en couronnant le travail d'un homme qui ne pouvait que mériter d'être distingué par un Corps qui sait si bien apprécier les talents. J'ai l'honneur d'1% M., etc. S.

Lettre de M. d''Amboîirnay à M. Marat.

De Rouen, le i5 octobre 1783.

Monsieur ,

Avec la lettre dont vous m'avez honoré le j de ce mois^ j'ai reçu votre procuration

en blanc pour retirer de M. le Trésorier de l'Académie de Rouen la médaille d'or dé-

cernée à votre savant Mémoire sur l'Electricité médicale. Je suis trop jaloux de votre confiance pour transmettre le gage à qui que ce soit, et j'agirai en conséquence de vos pouvoirs. J'arrive de la campagne et dès demain je préviendrai M. le Trésorier; mais en attendant j'ai fait commencer la copie que vous désirez.

J'ai reçu en même temps le beau cadeau que vous destinez à bibliothèque de l'Académie, il est aussi précieux par le fond qu'obligeant par sa forme; mais je ne le pourrai présenter de votre part à la Compagnie, ni vous en adresser ses remercîments qu'à sa rentrée, fixée au mercredi 1 5 novembre prochain. La présente n'est donc que pour vous en accuser la réception et saisir une occasion de plus de vous assurer des sentiments de la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être. M., votre t. h. et ob; serviteur.

(Signé) L.-A. d'Ambournay.

Secrétaire perpétuel.

Autre du même au même.

Rouen, le 20 octobre 1783.

Je n'ai reçu que le 29 du mois passé votre lettre du 24, y joint le précieux présent d'un exemplaire de vos œuvres physiques; j'aurais dû plus tôt vous en exprimer ma reconnaissance sincère , mais les préparatifs de notre rentrée, jointe à quelques affaires de mon état, ne m'ont pas permis de remplir ce devoir , j'espérais d'ailleurs que le retard n'excéderait pas quinze jours, mais la fatalité des circonstances en a ordonné autrement : la copie de votre Mémoire n'était point finie, la collation a exigé du temps , et la médaille ordonnée dès le 1 5 octobre n'est pas encore arrivée , parce qu'on grave un autre coin pour l'effigie de Louis XVI. Enfin l'avis que vous me donnez de votre prochain départ pour Londres (i)

(i) Je me disposais à faire une petite excursion à Londres pour nîes affaires particulières, lorsque j'ai reçu votre lettre, où vous m'annoncez les menées de mes adversaires.

me détermine à vous envoyer le mandat ci-joint de M. de Champ, notre professeur de dessin, sur M. Russel, caissier à la Monnaie des médailles, au Louvre, pour qu'il vous délivre celle-ci aussitôt qu'elle sera frappée. Il vous plaira en donner quittance au bas du mandat audit sieur Russel^ qui le renverra ainsi à M. de Champ ; ne différez pas , s'il vous plaît , à l'en informer , de peur que dans l'intervalle il n'adresse cette médaille au mandataire qui la lui avait demandée de la part de la Compagnie.

Vous trouverez aussi la copie de votre Mémoire où j'ai tâché de réparer les inattentions du copiste; je souhaite qu'elle vous suffise. Il ne sera point question s. v. p. des frais, l'Académie ayant expressément arrêté qu'elle saisissait cette occasion de vous exprimer sa sensibilité au beau présent dont vous avez enrichi sa bibliothèque ; cette dérogation à ses statuts est consacrée dans ses registres , comme un monument honorable qu'elle met à votre générosité, et elle me charge de vous en informer positivement. Permettez- moi d'y joindre les actes de ma

gratitude particulière, et de vous renouveler l'assurance de la haute estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très-humble et obéissant serviteur.

(Signé) L.-A. d'Ambournay,

Secrétaire perpétuel.

Billet de M. de La Blancherie, à M. Marat.

M. de La Blancherie fait bien ses compliments à M. Marat, et le prie de vouloir bien se ressouvenir de l'espérance qu'il lui a donné de rendre l'Assemblée témoin de ses expériences sur la Lumière; M. de La Blancherie attend Teffet de sa demande de la complaisance de M. Marat , et l'assure à cette occasion qu'il sera à ses ordres.

Ce 19 juin 1782.

Observation du bibliographe.

Les trois lettres qui vont suivre, de même que les articles du Courrier de l'Europe, et du Journal de Paris, ne figurent pas au manuscrit original ; nous avons ajouté ceux-ci, parce que Marat ne les avait pas sous la main, et celles-là pour parfaire la justification du mérite scientifique de Marat.

Lettre de M. Pilaire de Ro\ier, à Marat.

Je profite .avec biei^ du plaisir de l'oiFre que vous me faites de commander les boules et tiges dont j ai besoin pour les expériences sur le Feu.

J'ai déjà quelques prosélytes, mais je suis certain d'en augmenter le nombre lorsqu'à l'aide de l'expérience je pourrai

les convaincre de la beauté des phénomènes et de la vérité de la théorie. Le premier..., au nom de Madame, vient d'acheter différents objets pour pouvoir répéter les expériences dans son cabinet, qui est trèsintéressant.

Accablé d'occupations, il m'a été impossible, Monsieur, de répondre à l'honneur de votre dernière aussitôt que je l'aurais désiré ; je sens combien je vous ai d'obligation pour toutes les peines que vous avez bien voulu prendre, je vous prie de croire que je saisirai avec bien de l'empressement toutes les occasions qui pourront vous convaincre de la vivacité et de la sincérité de ma reconnaissance^ et du plaisir que j'aurais à pouvoir me dire,

Votre très-humble serviteur,

PiLATRE DE ROZIER.

Lettre de Franklin à Marat.

Donnée par Albertine Marat à M. Goupil-Louvigny. ( Traduction. )

Monsieur^

Je suis extrêmement fâché de ne pouvoir être présent à vos curieuses expériences de samedi, et que des affaires indispensables exigent mon absence chez vous demain ; je serai Hbre le reste de la semaine, si quelque autre jour peut vous être plus convenable, alors j'en profiterai avec plaisir, étant trèssensible à l'honneur que vous me faites par votre obligeante invitation.

Je suis avec grande estime. Monsieur, votre très-obéissant et très -humble serviteur,

B. Franklin.

Passy, le mardi 29 mars 1779-

Billet de Franklin à Marat.

Propriété de M. Boilly fils (Traduction).

Monsieur ,

Je ferai tous mes efforts pour être auprès de vous à dix heures du matin , mardi prochain^ car j'ai un grand désir de voir vos expériences. J'espère que rien ne m'en empêchera , et que le temps sera favorable.

Avec une grande considération, j'ai l'honneur d'être^ Monsieur, votre très-obéissant et très-humble serviteur.

B. Franklin.

Passy, le 25 .... . 1782.

COURRIER DE l'eUROPE.

Vendî^edi i5 mars 1782.

M. Marat; à qui la Physique a déjà de si nombreuses et de si grandes obligations, vient de faire changer de face à T Electricité, comme il a fait changer de face à TOptique.

Au moyen de deux principes incontestables , méconnus jusqu'à lui, mais qui jouent un très-grand rôle dans cette science, il est parvenu à rendre raison, d'une manière aussi solide que lumineuse, de mille phénomènes très-obscurs, pour ne pas dire inexplicables, et de mille autres phénomènes dont on n'avait pas la moindre idée.

De cette dernière classe, il en a tiré quelques-uns qu'il a proposés aux Physiciens sous la forme de problèmes à résoudre, et qu'on s'est contenté de regarder comme une plaisanterie. En voici l'énoncé en style ordinaire, tel qu'il a paru dans plusieurs de nos papiers publics.

a Faire, au moyen de V Electricité, que deux corps se reposent de manière, nonseulement que leur répulsion augmente lorsqu'une personne sur le plancher touchera un conducteur auquel ils sont suspendus^ et quelle subsiste encore malgré qu'on les ait maniés eux-mêmes pendant plusieurs secondes, mais aussi de manière, qu en leur présentant le doigt, ils le suivent, et qu'en leur présentant un doigt de part et d'autre ils s'attirent avec force. y>

En donnant ce problème à résoudre aux Physiciens, M. Marat demandait qu'ils indiquassent les principes dont dépend sa solution.

Je me bornerai maintenant à vous exposer le fait ;, tel que je l'ai vu chez l'Auteur.

a A deux ou trois pieds d'une machine électrique, isolez sur des cordes de soie un cylindre métallique à bouts arrondis ; suspendez-y par des bouts de fil de lin, de huit à dix pouces , deux boulettes de liège de deux à trois lignes de diamètre. Mettez en jeu la machine; si elle travaille avec

énergie, vous verrez au bout de quelques tours les boulettes se repousser d'ellesmêmes. Peu après, présentez le doigt aux boulettes, elles s'y porteront; alors touchez au cylindre, elles se repousseront davantage, ensuite maniez légèrement les boulettes , elles resteront écartées. Touchez au cylindre, elles repousseront un peu plus; présentez-leur le doigt, elles le fuiront, présentez-leur un doigt de part et d'autre , elles s'attireront avec force. »

Voilà, Monsieur, des phénomènes, nonseulement très-nouveaux, mais diamétralement opposés à tous ceux qu'on avait observés jusqu'à présent. Il en est peu d'aussi propres à piquer la curiosité. Combien de machines vont être en jeu pour les vérifier. Mais laissons vos têtes Bretonnes s'exercer à en découvrir les causes , et permettez que je me réserve le plaisir de vous faire part de la sublime théorie de l'Auteur.

N" 45 bis.

COURRIER DE LEUROPE.

Vendredi 3 mai 1782.

Paris , ce 14 avril.

Monsieur

S'il ne faut mettre au nombre des auteurs originaux que ceux qui comptant pour rien les recherches des autres, vont eux-mêmes puiser à sa source et savent répandre des flots de lumière sur les sujets les plus obscurs, M. Marat mérite assurément un rang distingué ; mais parmi les auteurs qui ont cultivé l'Électricité^ cette belle branche de la Physique, s'il faut distinguer ceux qui se sont appliqués à en faire une science exacte, et à lui donner le degré de certitude et d'utiHté dont elle est susceptible, M. Marat tient sans doute le premier rang.

Jusqu'à lui, l'Electricité était dans un

chaos affreux, ou pour mieux dire, à peine ébauchée ; elle n'avait ni ensemble , ni principes, ni lois, toutes ses parties n'étaient pas mêmes connues. Ouvrez les livres publiés sur cette matière, qu'y trouvezvous ? beaucoup de conjectures , peu de faits, ou plutôt une multitude de faits isolés, d'expériences rentrant les unes dans les autres, d'observations pliées à des hypothèses particulières, d'opinions hasardées, fausses ou triviales; voilà ce qu'ils offrent presque tous; sous ce point de vue l'étude de l'Électricité était aussi peu utile que dégoûtante.

Après tant d'essais uniformes , il est agréable sans doute de voir paraître une théorie complète aussi solide que lumineuse.

Telle est la théorie renfermée dans le livre des Recherches physiques sur lElectricité (vol. in-8° de 460 pages, se vend à Paris chez Nyon l'aîné, rue du Jardinet).

A part les grandes découvertes qui en sont la base, les principes lumineux qui y sont développés, les nouvelles lois qui y sont établies, les conséquences importantes qui

en découlent, cet ouvrage est fait avec tant de méthode^ son plan offre de si grandes masses, la liaison des parties en est si intime , Tordre des matières en est si naturel, le style en est si clair, qu'il doit être regardé comme un livre classique précieux, et à la portée du général des lecteurs.

Parmi le nombre d'articles piquants qu'il renferme, et que les bornes de nos feuilles ne nous permettent pas de faire connaître en détail, nous en indiquerons trois absolument neufs.

Le premier traite de la différence des corps qui peuvent ou ne peuvent pas transmettre la commotion. Le second ramène toutes les répulsions électriques apparentes au principe de l'attraction, et démontre la puissante influence du milieu ambiant sur les corps les moins électrisés. Le troisième fait connaître la place que le fluide électrique, considéré comme agent général , occupe parmi les grands ressorts de la nature.

Les lecteurs en état d'apprécier le travail de l'Auteur y verront avec surprise de quelle

manière, en remaniant les sujets les plus rebattus, il sait toujours s'ouvrir des routes nouvelles et triompher des difficultés.

Ne terminons pas cette notice sans observer, au sujet de la théorie des météores fulminants que M. Marat a ramené à leur juste valeur, les moyens de se garantir des atteintes de la foudre. Et observons en passant que les Recherches physiques sur r Electricité peuvent être présentées comme un chef-d'œuvre de typographie à ceux qui aiment les belles éditions.

Je suis, etc.

No 46.

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