JOURNAL DE PARIS
Lundi 25 octobre 1779.
Messieurs,
Les découvertes de M. Marat sur le Feu élémentaire sont certainement de nature à
faire époque dans l'Histoire des Sciences. Le spectacle qu'offre ses expériences est d'ailleurs si neuf et si frappant^ qu'il est bien étrange qu'on n'en ait encore rendu compte que dans le Journal de Paris, Je n'ai garde de regarder toutes nos Feuilles hebdomadaires comme un monument de la futilité du siècle ; mais par quelle bizarrerie les choses importantes n'y peuvent-elles trouver place, tandis qu'elles sont remplies de tant de puérilités ? Je ne dirai rien ici de la nouvelle doctrine de M. Marat; je n'ai pas la ridicule prétention de m 'ériger en juge; mais, permettez, Messieurs, que je dépose dans vos Feuilles quelques observations sur l'utilité de la méthode d'observer dans la chambre obscure, dont cet habile physicien est l'inventeur.
Avant lui, l'usage du microscope solaire était très-borné ; comme par la manière ordinaire de se servir de cet instrument, l'objet est placé au foyer, on ne pouvait examiner que de très-petits objets ; encore fallait-il qu'ils fussent diaphanes; mais par la manière de s'en servir de M. Marat, le
microscope solaire est devenu l'instrument de Physique le plus utile et le plus précieux, également propre à examiner les corps d une grande et dune petite étendue, opaques ou transparents, il sert à rendre visibles leurs émanations les plus subtiles; aussi, cette nouvelle méthode d'observer dans la chambre obscure est-elle faite pour ouvrir un vaste champ aux recherches des physiciens; ainsi qu'en a jugé l'Académie des Sciences, la Chimie surtout peut en tirer le plus grand parti. On sait comment l'Auteur s en est servi à rendre visible le fluide igné, la matière électrique, l'air même; au précieux avantage de faire apercevoir des objets qu'on n'apercevait point sans elle, elle joint l'avantage plus précieux encored'offrir ces différents objets sur le même tableau, et d'en faciHter la comparaison sous différents aspects. L'Optique peut aussi tirer de cette méthode les plus grands avantages , en la faisant servir à perfectionner l'art. On sait de quelle importance est le choix des verres dans les instruments de dioptrique ; pour en découvrir les défauts, on commence par les
regarder obliquement contre une faible lumière ; puis on les pose sur une table , et on reçoit à certaine distance l'image d'une bougie réfléchie par leurs surfaces. Cette méthode peut bien être propre à découvrir les défauts les plus apparents^ mais combien ne peuvent devenir sensibles que par la méthode de M. Marat , comme j'en ai fait l'expérience ; car elle ne sert pas seulement à découvrir les plus petites filandres, et la qualité gélatineuse du verre, mais à juger même de la finesse du grain. Pour cela , il ne s'agit que de présenter le morceau dont on a fait choix dans le cône de lumière , à sept ou huit pieds de la toile ; et d'un coup d'œil on voit les parties qui doivent être mises en œuvre. Un microscope solaire^ armé d'un simple objectif, peut être facilement adapté au volet d'une chambre dont l'exposition n'est pas au nord, et cet instrument est trop peu dispendieux pour que tout opticien, jaloux de sa réputation, ne l'emploie pas à cet usage.
J'ai l'honneur d'être, etc., votre, etc.
FiLASSIER.
DOCUMENTS JUSTIFICATIFS