‹ Jean PecquetChapitre 11 sur 14 · ERA SEE · texte numérisé non relu

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prudent dégage les enveloppes qui le voilent sans toutefois le séparer de l’aorte, »

Pecquet précise sa position, ses moyens de fixité, ses rapports : € Ayant coupé le foie, la rate, le mésentère, je le trouvais encore en sa plénitude et sans qu'il se deschargeat. D'où je jugeai que le chyle n allait point au foie, ni à la rate, puisque, estant jettés dehors, il ne laissait pas de se conserver dans ce réservoir. Il me fut aisé pour lors de remarquer les valvules des vaisseaux lactés du thorax qui ne deschargent point leur chyle par une ouverture que j'avais faicte au réservoir. Il ne me restait plus qu'une chose à voir qui est la communication des veines lactées du mésentère avec ce réservoir. Je lie le plus près que je peux de ce réservoir les veines lactées d’Asellius pour y arrester ce lait; je crève mon réservoir et le chyle restant sorty, je délie les veines lactées du mésentère et alors je vois que le. lait qu'elles contenaient s'écoule tout parle trou que J'avais faict à ce réservoir. »

Chemin faisant Pecquet expose le rôle de relais « d’hostellerie » des ganglions constiluant Je pancréas d’Aselli. |

CHAPITRE VI. — « Tu connais, lecteur, toute l’histoire des veines lactées. J'ai resserré dans l’espace de trois dissections le travail assidu de près de trois années ; le sacrifice de trois chiens te donnera ce que la dissection de plus de cent animaux m'a enfin livré avec peine. »

Pecquet, en effet, avait poursuivi ses recherches

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« non seulement dans les chiens dont j'ai fait mou-

rir un grand nombre, mais encore dans les bœufs, veaux, chevaux, pourceaux et dans les moutons, où j'ai trouvé cela en particulier que souvent ilny a qu'un vaisseau lacté dans le thorax, mais fort grOS ».

Enfln, un dernier point important «Je ne die rien des hommes parce que je n’ai pas eu l’occasion d’en

ouvrir de tout nouvellement exécutez, comme fit, ‘

au témoignage de Gassendi, Perescheius quandil y trouva la preuve des veines lactées- dans lé mézentaire... Je ne doute pourtant point que les hommes

n'aient les mesmes vaisseaux et que leur foye ne soit

aussi inutile pour l’aimatose que celui des animaux qui re fait jamais de sang et ne sert que pour échauffer le ventricule, filtrer la bile et les impuretés de la masse sanguinaire. » Pecquet, en effet, était trop petit personnage pour disposer des corps des condamnés : aussi se garde-t-il de toute généralisation hâtive. Le

Ce mémoire est accompagné de deux figures représentant : l’une, le réservoir, les deux canaux et leur abouchement en une sorte de schéma ; l’autre, les mêmes organes en place chez un chien après éviscération.

Comme on le voit, cette première partie est remar-

quable à tous points de vue ; l'exposé de la question

y est fait a vec une clarté parfaite et il n'est pas jus. qu'au style qui ne gradue les effets de la découverte pour tenir le lecteur en haleine et l’intéresser au suc-

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cès de l’auteur. À vrai dire, la gloire de Pecquet n’eûtrien perdu à ce qu'il s’en fût tenu là.

La deuxième partie du volume, consacrée à l'étude de la circulation du sang et du chyle, est moins originale quoique souvent exacte. Pour la circulation

sanguine, Pecquet refait les expériences d'Harvey : la ligature des vaisseaux, leur ouverture, la démonstration des valvules et le sens de la circulation dans les veines et dans les artères. Il donne une descrip- ‘tion très satisfaisante de la circulation fœtale et le passage sur la veine porte est à citer « Ayant lié les gros rameaux splénique et mésentérique proche le lronc, j’ay trouvé que ces rameaux se sont gonflés vers leurs ligatures depuis leurs extrémités et qu’ils se sont vuidés depuis les mêmes ligatures jusqu’au foie avec beaucoup de vitesse, ce qui s’est fait tant de fois que jene puis comprendre comme M. Riolan a un autre sentiment touchant cette matière. La veine porte fait l'office des veines portant le sang des extrémités à son tronc et l'office d’artère portant el distribuant le sang de son tronc par les extrémités de ses racines dans le foye. »

Pecquet, à l’aide d’une série d’expériences physiques où se révèle le disciple de Pascal, combai la théorie de la circulation basée sur le principe du

siphon. Il met en lumière le rôle de la systole cardiaque en reconnaissant qu’elle ne suflil pas pour le-retour du sang dans le cœur. «Je découvre les causes partielles du mouvement du sang qui suit la systole du cœur, la contraction des membranes qui

paturellement se resserrent, estant dilatées par une bumeur étrangère qui les y contraintet la compression des muscles et des parties externes, comme pourraitestre la dilatation des poulmons et fait voir que ces trois causes concourent pour le retour du sang et que quand l'une meurt l’autre supplée à son défaut. ».

Pour la circulation du chyle, ses conclusions ne sont pas moins jusies. « Les mouvements du chyle, depuis les intestins jusqu'aux sous-claviers, je l'atiribue tant à la compression des parties externes causée par la respiration, contraction des muscles, battement des artères qu’à la contraction naturelle des veines lactées. »

Dans ses derniers chapitres, Pecquet cherche à tirer les conclusions de sa découverte et il faut reconnaître qu’il est moins heureux que dans l'expo: sition de ses lravaux. II fait de son réservoir une sorte de filtre qui répartirait le chyle vers le cœur, vers les reins ou même vers les capsules surrénales, tout ceci en contradiction avec ses premières affirmations. Enfin, il termine en proclamant qu'il faut enlever au foie sa gloire usurpée et lui rendre la fonction qui est la sienne, l'élaboration de la bile aux dépens du sang et non du chyle comme l’enseignaient les anciens. en se

Telle est l’œuvre maîtresse de Jean Pecquet.

« Sans doute depuis cette époque il a fallu revoir tous ces faits et par un long détour la science en est revenue en parlie du moins aux idées de Galien

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mieux comprises et surtout mieux démontrées. » Mais, dans l'état des sciences physiologiques en 1651, ce mémoire apportait une lumière aveuglante ; aussi produisit-il dans le mondes avant à son apparition un effet dont nous .ne pouvons aujourd’hui comprendre l'ampleur. Nous avons vu quelle en fut la conséquence pour Pecquet : il dut quitter Paris, mais c’est avec une auréole de gloire qu'il arriva à Montpellier. Les éloges les plus enthousiastes lui sont décernés : Auzoux, collaborateur de Pascal, écrit: « Ton siècle attend beaucoup de toi, se basant sur le fruit si important de tes jeunes années et sur la diversité de tes connaissances en tous genres. » Thomas Bartholin dans son livre « Des vaisseaux lactés thoraciques » s'exprime ainsi: « Récemment, pour:-la gloire éternelle de son nom, Jean Pecquet de Dieppe, médecin parisien, a affirmé publiquement à Paris en 1651 le trajet du chyle après trois ans d'observations. »

Jusqu’à la fin de sa vie, l’anatomiste resta « l’illustre Pecquet ». Est-ce à dire qu’il n'eut pas de contradicteurs ? Loin de là, et il nous faut envisager à présent la polémique qui s’engagea autour de son livre ; c’est là un épisode important de la grande querelle des Anciens et des Modernes.

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