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augmentée, confirmée, illustrée par de nouvelles. expériences. Il doit revenir ensuite en Septimanie chez l’évêque d'Agde dont il est l'ami intime. » Malgré cette dernière phrase, il ne semble pas que Pecquet soit relourné à Montpellier. Ajoutons même que sa reconnaissance pour cette Ecole fut mitigée au dire de Gui-Patin qui écrit le 7 juillet 1654 à Ch. Spon (1) : «M. Pecquet m’a visité hier céans avec M. de Sorbière et M. de Prat. Il répond à M. Riolan sans injure, dit-il ; il dit que Courtaud ne sait rien et qu’iln’y a dans Montpellier ni science, ni religion, il méprise fort toute l'Ecole. » Il restait cependant en relation avec ses professeurs. Gui-Patin écrit à Ch. Spon le 21 avril 1655 : « Pour M. Pecquet, je doute fort s’il voudrait quitter son maître, qui est frère d’un surintendant des finances et avec lequel il est fort bien, pour être professeur à Montpellier. Peut-être que ce Rivière, qui est un homme affamé, voudrait lui avoir donné celte sienne profession pour quelque récompense présente » et le 6 juin 1655 : « Je viens de rencontrer M. Pecquet, lequel m'a dit qu’il avait le brevet de la chaire de Montpellier vacante par la mort de M. Rivière, mais que son maître, l’évêque d'Agde, ne voulait pas qu'il le quittât, ni le laissât aller demeurer à Montpellier, de quoi lui-même n’est point fâché à ce qu’il m'en témoigne, disant que cela a servi d'occasion à faire
1. Charles Spon (1609-1684) médecin de Lyon, docteur de Montpellier.
parler son matire. » Malgré son attachement à soû médecin, François Fouquet n’allait pas tarder à se priver de ses services en faveur de son frère le surintendant des finances Nicolas Fouquet.
Pecquet et Fouquet. — On lit dans Mélanges d'Histoire et de Littérature, de M. de Marville, t. Il p. 1 : « {1 avait été choisi par le surintendant Fouquet pour son médecin de plaisir, c’est-à-dire pour l'entretenir à ses heures perdues des plus jolies questions de la physique, ce que Pecquet faisait admirablement ; il avait l’esprit vif et remuant el tout propre à faire des découvertes. Il venait d'ordinaire aux conférences de M. Rohault, il s’y faisait écouter autant que personne. Ce fut là que, le voyant d'ordinaire, je liai amitié avec lui, comme avec un homme de fort bon commerce. » On ne peut dire à quelle date exacte Pecquet passa au service du surintendant ; probablement en 1656, car en 1655 ilétait encore au service de l’évêque d'Agde et dans le fameux projet trouvé à St-Mandé, rédigé par le surintendant en 1657 pour se préparer un
asile en cas de disgrâce, on lit: « Si j'étais mis en prison, peu de temps après, on dirait que je suis malade et on tascherait d’obtenir que Pecquet, mon médecin ordinaire, vint demeurer avec moi et s’enfermer dans la prison. » Les événements devaient réaliser avec une étrange exactitude cette disposition du projet du surintendant.
Jaloux dutitre de protecteur des sciences comme
SAASE il l'était de celui de protecteur des lettres, le surintendant Fouquet avait assuré à Pecquet, comme à d'autres, des loisirs qu'ils devaient consacrer à l'avancement des sciences. Pecquet, en effet, ne resta pas inactif. L'année 1655 avait été fort remplie pour lui par sa polémique avec Riolan. Maisle 14 janvier 1656 Bogdan, étudiant danois de passage à Paris, écrit à Bartholin : « Pecquet m'a montré un opuscule presque terminé sur l'analyse du sang, du liquide péricardique, de la lymphe, du chyle, de la sueur, de l'urine et du liquide amniotique qui nourrit le fœtus d’après Harvey; ce que nie Pecquet. Nous en avons discuté plus d’une heure et, d’après ses discours, j ai compris quel sagace analomiste et quel érudit c’est, malgré . ce qu’en dit Riolan. Il a développé des considérations curieuses sur les nerfs, sur leurs terminaisons qu'on retrouve partout, en particulier autour des fibres musculaires. » Le 25 mai 1656, Pecquet luimême écrit à Bartholin: «Je vous enverrai le résultat de mes réflexions sur l'usage, déjà expérimenté par moi, des voies lymphatiques que vous avez découvertes. » Tout ceci prouve que Pecquet a continué ses recherches anatomiques et lorsque Gui- Patin écrit ironiquement le 6 novembre 1659 :
€ M. Duprat me vint voir hier ; il m'a dit que M. Pecquet s'amuse à distiller des eaux minérales des diverses fontaines, qu'il ne fait autre chose et qu'il n’écrit rien du tout »il montre simplement quelle diversité d’aptitudes présentait Pecquet, à
la fois physicien, chimiste et anatomiste.
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Bientôt, des circonstances indépendantes vinrent entraver sa carrière, en lui donnant d’ailleurs l’oc-. casion de faire, par un dévouement rarement égalé, la preuve de qualités morales dé même valeur que les dons intellectuels qui lui avaient été départis. Nicolas Fouquet, son protecteur, fut arrété le 5 septembre 1661 et conduit le 7 au château d'Angers. Gui-Patin, dans une lettre à Falconnet (1) du 31 seplembre 1661 écrit : (Je ne sais ce que peuvent être devenus M. Pecquet et Robert de Belleval, mais voilà leur marmite renversée ‘par la disgrâce de M. Fouquet, Jamais Pecquet ne l’a traité, il n'élait là que pour les laquais. Croyez-moi, c’est un homme qui ne sait pas grand’chose. » Opinion malveillante s’il en fut. Nous avons vu que Fouquet luimême l’appelait son médecin ordinaire. Louis XIV, sur l'intervention du ministre \Le Tellier, s'adressant le 7 septembre 1661 à d'Artagnan chargé de garder Fouquet, s'exprime ainsi : « M. d'Artagnan, Ayant trouvé bon que le sieur Pecquet, médecin qui a accoutumé de traiter le sieur Fouquet, se rende près de lui -en mon château d'Angers, je vous fais celte lettre pour vous dire que vous ayez à l'y recevoir pour y être renfermé avec le sieur Fouquet, sans pouvoir en sortir, ni avoir communication avec qui que ce soit du dehors. Nantes 7 septembre 1661. »
Ainsi débutait une captivité volontaire qui devait durer trois ans et demi. Avant son départ de Nantes,
t. André Falconnet, docteur de Montpellier établi à Lyon. J. Lucq 2
Pecquet avait pu, dans une courte enirevue avec Gourville, apprendre tout ce que l’on savait de la situation : l'exil de Mme Fouquet, la saisie des papiers et des biens ; ce furent les dernières nou-
velles qu’il reçut du dehors. En octobre 1661,
Fouquet était à toute extrémité. Pecquel, souffrant lui-même, exprima le désir de conférer avec les méde- cins d'Angers et de Paris. Après un long échange de
correspondances, on autorisa une consullation par
écrit. Malgré cela, l'inquiétude gagna Pecquet. Jugeant nécessaire d’ordonner un remède un peu
fort, eten présence de l’état de faiblesse du malade
n'osant pas s’y hasarder, il fit part à Fouquet de son appréhension ; « Je passay par-dessus, dit le prisonnier et Dieu bénit le remède; ma fièvre diminua et devint quarte simplement. »
Pecquet suivit Fouquet au château d’Amboise, puis à Moret. En décembre 1662, Fouquet fut placé dans un carrosse, où entrèrent avec lui Pecquet et La Valice, son valet de chambre, et transféré à Vincennes dans la première chambre du donjon. La pièce assez grande était augmentée de quelques cabinets pour le médecin et le domestique, seuls autorisés à parler au surintendant.
Le 18 juin 1663; les archives de la Bastille portent l’ordre d’entrée de Fouquet avec Pecquet et La Val-
lée. Là, Fouquet fut autorisé à préparer sa défense et à rédiger les mémoires nécessaires ; on peut sup-
poser que Pecquet, qui rédigeait fort bien en français, lui servit ae ANNEE
Le 20 décembre 1664, Fouquet était condamné au bannissement ; le lendemain Louis XIV aggravait le châtiment, commuant la peine en prison perpétuelle. . Le lundi 22 décembre, lecture du jugement est donnée au condamné dans la chapelle de la Bastille à
10 heures du matin ; puis Fouquet est ramené dans
sa chambre, perdant qu’on conduit Pecquet et La Vallée dans une autre pièce de la prison. Il faut ici laisser la parole à Mme de Sévigné qui écrit à M. de Pomponne : «On a séparé de lui Pecquet et La Vallée et les cris et les pleurs de ces pauvres gens ont pensé fendre le cœur de ceux qui ne l'ont pas de fer;. ils faisaient ua bruit si étrange que M. d’Artagnan a été obligé de les aller consoler, car il semblait que c'était un arrêt de mort qu'on vint de lire à leur maître. On les a:mistous deux dans une chambre à la Bastille, on ne sait ce qu’on en fera... »
Quant à Fouquet, une heure après la lecture du jugement, il partait en carrosse escorté pour la forteresse de Pignerol, où il devait mourir en 1680.
Mme de Sévigné écrit en janvier 1665 : « Pecquet
| et La Vallée sont encore à la Bastille. Y a-t-il rien
au monde de si horrible que cette injustice ? ».Confident des secrètes pensées du surintendant, Pecquet fut gardé par précaution jusqu’au 26 février 1665.Sa première démarche fut pour obienir de rejoindre son maître à Pignerol et d’y partager sa captivité. Cette faveur lui fut refusée et il fut reconduit à
Dieppe. Selon le mot de Mme de Sévigné « cette con-
duite en vérité est admirable ». Le surintendant, tou-