‹ Jean Perréal dit Jean de Paris: peintre de Charles VIII, de Louis XII et deChapitre 17 sur 25 · Môme rapport · texte numérisé non relu

Môme rapport

paiement de ses pensions arriérées, que, par le fait, il toucha seulement en juillet i5io, et, d'autre part, Lemaire, en ce moment à Lyon, était tout feu tout flamme, parce qu'il grillait de se faire un sort près de la reine : il pressait Perréal, il lui montrait, par la pensée, la beauté de l'église qui encadrerait les tombeaux :

si la princesse, déjà munie de dessins, en demandait encore, « c'est qu'elle voulait du mémorable ». Et Lemaire chantait, célébrait, dans ses écrits, le nouvel Apelles, le nouveau Zeuxis '.

Sous cette double impulsion, Perréal rouvrit ses cartons, y prit des dessins personnels ou d'après l'antique, et en fit, selon son expression, « un bouquet », qu'il montra à Lemaire et dont il ne restait plus qu'à extraire le suc. Il estimait la dépense à 2,5oo écus ; Lemaire se chargea de la faire accepter, en adoucissant un peu le chiffre.

i. Privilège pour la Légende des Vénitiens, du 3o juillet i5og.

En effet, Perréal reçut l'autorisation de « marchander » : il acheta aussitôt de l'albâtre, aussi beau que possible, engagea un sculpteur, se mit lui-même à Pœuvre, et déjà il se voyait, par l'esprit, à Brou comme à Nantes, en train d'installer son monument x .

La fatalité voulut que des accidents se produisirent dès que Thibaut mit la main à l'albâtre ; selon Perréal, c'était la faute de Thibaut, il aurait dû laisser préalablement la matière se durcir à l'air.

Là-dessus, les critiques de pleuvoir à la cour de Marguerite, et de pleuvoir sur Perréal. A quel prix Perréal avait acheté des matériaux inutilisables! N'aurait-il donc pu se renseigner près du premier tailleur de pierre venu ? Le secrétaire princier Barangier et Lemaire reçurent des lettres de la bonne encre. Lemaire rentra sous terre, selon l'habitude, mais non sans insister pour qu'on donnât satisfaction à Perréal, en précisant et en

i. Lettre de Perréal, i5 novembre 1509.

Dessin à la plume (Comptes de Lyon.)

agrandissant sa mission, en lui demandant des plans pour l'église même, comme pour les tombeaux, dût-il ne venir à Brou que trois ou quatre fois par an '...

L'automne de i5io se passa dans ces pourparlers. Quant à Perréal, on devine son indignation, sa causticité. Un long mémoire qu'il adressa à Barangier, le 4 janvier 1 5 1 1 , en porte de fortes traces : « On lui parle de se renseigner, dit-il, mais, quand il veut le faire, les gens lui rient au nez et disent qu'ils n'ont rien à lui apprendre. » En fait de tailleurs de pierre, il renvoie aux sculpteurs de Dijon, qui manient l'albâtre : là-dessus, il fait un cours sur l'albâtre et ses diverses natures. Les accidents viennent de Thibaut. Il propose de s'adresser à Michel Colombe lui-même, qui, par égard pour lui, veut bien, malgré la vieillesse et un

i. Lettre des 22 et 25 novembre i5io, récemment acquise par la Bibliothèque nationale de Paris (fr. nouv. acq. 141 2).

surcroît de travaux, dessiner les statues pour ioo écus, et même les exécuter dans son atelier de Tours ; à Pappui de son dire, Perréal joint un dessin du tombeau de Nantes, avec un compte sommaire. Au reste, puisque l'église n'est pas encore prête et que (selon le conseil de Lemaire) on lui demande des plans pour elle, il prie Barangier de bien réfléchir à la question des tombeaux, de prendre son temps.

Avec ce mémoire, d'un style fort primesautier, mêlé de flatteries, de dédains, de plaisanteries, de désinvolture, Perréal expédia une lettre de grand style pour la princesse ; là, il glissait, en homme de cour, sur les points délicats ; il protestait de son zèle pour les travaux de l'église, où il comptait utiliser ses souvenirs italiens ; il insistait sur l'expulsion de Thibaut, qui venait d'exécuter mal des armoiries et des clefs de voûte, et qui pouvait regagner son acompte dans le gros œuvre; il voulait de « grands ouvriers », et il souhaitait ardemment plaire

à la princesse, « des aultres ne me chault » ; c'est la flèche de Parthe ! Habile flèche, du reste, car Marguerite, placée entre les raideurs de Perréal et les infidélités, les intrigues de Lemaire, qui se glissait à la cour de France, opta pour Perréal : en février, elle lui signifia qu'elle le nommait contrôleur des travaux de Brou à la place de Lemaire, et qu'elle faisait porter son fils au rôle des bénéfices ecclésiastiques de Bourgogne \ Perréal vint à Brou prendre les mesures de l'église et s'entendre avec le conseil local, « les robes longues », comme il disait jovialement. Il s'entendit fort peu et revint à Lyon, où il retrouva Lemaire, qui, toujours gaillard et entreprenant, malgré sa disgrâce, s'employa à le calmer, sans succès d'ailleurs. « Rien ne mord sur ce diable d'homme, écrit Lemaire àBarangier 3 ; il m'a répondu,

i. Le 6 novembre i5ii, Pempereur renvoya, approuvé, à sa fille, ce rôle de bénéfices (Le Glay, Lettres de Max imi lien, I, 444).

Page 1