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montre qu'il a pu, comme on le supposait, débuter près de la reine Charlotte, mais qu'en tout cas, il se rattache d'une manière authentique et formelle à la cour de Moulins, vraie pépinière d'artistes et de littérateurs, qui fut, sous les auspices d'Anne de France, un des facteurs les plus importants et, aujourd'hui les moins connus, de la Renaissance française.
Retenu au service du sire de Beaujeu (bientôt après duc de Bourbon), Perréal, tout en demeurant à Lyon, ne collabora plus qu'au cérémonial des entrées de premier ordre; en 1489, pour le duc de Savoie, il confectionne deux écussons et fabrique un soleil et une lune. Au commencement de 1490, Charles VIII arrivait de Moulins, et la ville, qui venait d'obtenir le rétablissement de ses foires au détriment de Bourges, voulait recevoir somptueusement le jeune monarque.
Perréal fut un des quatre peintres élus pour organiser les représentations : bien qu'officiellement classé après le vieux peintre municipalJean Prévost, qui avait
déjà reçu Louis XI, Perréal prit la haute direction : il attacha à sa fortune un de ses trois collègues, Clément Trie, et, avec son aide, se fit costumier, sculpteur, tout ce qu'on voulut, une espèce de protée qui dépistait le bonhomme Prévost. Il costuma divers personnages, notamment un saint Michel chargé de terrasser le démon; il modela un lion, qu'il revêtit d'une fourrure naturelle, et qu'il mit bien en évidence. Le tout obtint un vif succès, et, tandis que Prévost recevait 1 3 livres 1 3 sous, on gratifia Perréal de 20 livres et d'une robe de drap. Mais notre magnifique peintre, tout enflé de joie, trouva la somme dérisoire et réclama un supplément. A l'en croire, il avait tout fait, tout dirigé : constructions, décors, costumes, représentations même.
Comme il n'a jamais brillé par la modestie, on se sent un peu en défiance à l'égard de sa faconde et de ses besoins de gloire et d'argent; à ce moment, d'ailleurs, Perréal venait probablement de se marier, car il lui naquit un fils en 1492, et il avait
peut-être des soucis très respectables d'installation domestique. Il faut également observer, à sa décharge, qu'il était aussi et même plus passionné pour le travail que pour la fortune et pour la gloire ; il ne s'épargna jamais, au point que, plus tard, sa santé faillit sombrer.
Et cependant nous ne connaissons aucun témoignage de son activité dans la partie nécessairement la plus féconde de sa vie!... En 1491, il coloria deux lions de pierre et un écu de France, et reçut de ce chef 1 2 livres (environ 260 francs) ; le 19 juillet 1493, il étudia, avec Clément Trie, les plans d'un hôpital projeté près de la porte de Vaise : voilà tout ce que nous apprennent les comptes municipaux de Lyon pour sa vie publique, et nous ne savons rien de ses travaux privés. Heureusement, la faveur du duc de Bourbon le soutenait. Charles VIII, lorsqu'il revint à Lyon, avec le duc et la duchesse de Bourbon, pour préparer la guerre d'Italie, commanda une entrée tellement solennelle qu'il en paya une
partie T , et le sénéchal de Lyon expédia, de la cour, l'invitation précise de confier à Perréal la préparation des « histoires et mystères ». Perréal reçut donc carte blanche, et un détail, extrêmement nouveau, du programme arrêté dans cette circonstance, mérite toute notre attention : on décida d'offrir à la reine cent médailles d'or, dans une coupe en or, tenue par un lion d'or. Perréal, qui fournissait tout, donna nécessairement les dessins de cette célèbre médaille \ Ainsi son premier acte consiste à introduire dans la composition des entrées un élément de vrai art, et cet objet est un portrait en miniature.
A la suite de cette entreprise, Perréal reçut 210 livres. L'allocation lui sembla de nouveau ridicule ; il s'indigna, il n'hésita pas à saisir MM. du consulat de Lyon, ses ingrats concitoyens, d'une
i. V. notre Histoire de Louis XII.
2 . V. Natalis Rondot, La Médaille d'Anne de Bretagne et ses auteurs, Lyon-Paris, i885, in-8°.
requête d'allure vive et, d'ailleurs, pittoresque. Au nom et en présence du corps municipal, Jean Caille lui avait bien recommandé, raconte-t-il, de méditer la réception de la reine ; on lui en parla encore à plusieurs reprises, on le pressa.
Quant à lui, non par présomption, mais sous le coup du plus chaud dévouement, il se mit avec ardeur à chercher, à s'informer, à inventer; après de longues études, enfin, il produisit des croquis.
On le chargea de toute l'exécution, de répartir les crédits, de diriger les ouvriers; le conseil lui dit, en propres termes : « Jean de Paris, nous nous fions à vous ; tout notre honneur gît en vous, nous vous le remettons, et nous vous promettons de bien vous contenter. » Perréal n'en demandait pas plus, mais, grands dieux ! qu'il se disait patibulé de tout mener, de courir aux quatre coins de la ville, d'avoir toujours à ses trousses vingt-cinq personnes, de tenir les comptes, de regarder si tout irait bien, de payer, d'écrire, de penser !