Lettre d'.VlvaroLlo Ihid., p
i. Relation de la blessure et de la iiutrl du dur de (iiiise .\rrhives curicns:'s de l'histoire de Fninre. I. \', p. Dix .
.T. Occurrences iu France. '2ti (rvncv l.")ii:> Ihid. ,
22 l'IIORRli DE VAISSIÈRK
Aussitôt arrivé, Poltrot avait demandé à être conduit au duc de Guise. Celui-ci refusa de le recevoir et la duchesse ordonna à Michel de Vialart, naguère maître des requêtes et lieutenant civil de la prévôté de Paris, puis passé au service de la maison de Guise. à M. deLosses, chevalier de Tordre, à un des secrétaires du duc, — probablement, Jean Le Seurre, — et à cinq ou six autres de ses serviteurs de l'interroger. Mais, de neuf heures du soir jusqu'à minuit où se prolongea cet interrogatoire, il fut impossible d'obtenir de Poltrot aucun aveu K
« Les preuves estoient que le lacquais de M. de Rostaing disoit que celui ({ui blessa M. de Guise avoit les mesmes saye et manteau et le mesme cheval enharnaché de cuir blanc qu'avoit ledit Merey ; la description et stature de la personne respondoit du tout à celle dudit Merey; il avoit conduit M. de Guise allant ledit jour au Portereau... et le soir estoit retourné l'attendre au passage de la rivière où il s'estoit curieusement enquis à plusieurs qui passoient l'eau si M. de Guise revenoit..., mesmement à la trompette qui marchoit devant M. de Guise. L'on faisoit estât aussi de ce qu'il avoit promis retourner soupper avec les gens de M. Christophe du Breil, seigneur de la Mauvoisinière ~, qui lui avoit vendu son cheval d'Espagne, et toutefois n'y estoit point retourné, combien qu'il eust faict provision d'avoyne et baillé argent pour pourvoir au soupper. L'ontiroit argument enfin de ce que, ledit jour, il avoit fait ferrer son cheval sans besoin, du lieu aussi où il fut pris, du temps qu'il y estoit arrivé et du long repos qu'il y avoit fait. On hù conseilloit d'avouer et de dire qui lui avoit fait faire la chose 3. » Tout fut inutile : Poltrot déclara qu'il ne parlerait qu'à la Reine.
Celle-ci était partie de Blois dans la matinée du 29 février, était allée « dîner » à Saint-Laurent-des-Eaux à mi-chemin de Blois et d'Orléans, et dut arriver dans la soirée du même jour au château de Caubray, tout près des Vaslins, où elle avait fait préparer ses logements ^.
1. Relation de l'interrogatoire de Poltrot de Méré (Biul. Nat., fr. 22.429, fol. 170 et suiv.).
2. Que Ton a faussement identifié jusqu'ici avec Michel de Castelnau, seigneur de
la Mauvissière.
3. Relation de l'interrogatoire de Poltrot de Méré {Bnu.. N.vt., fi-. 22. i29, fol. 170 et
sui\-.).
4. Lettre de Catlicrine de Médicis à M. de Danivillo. !!• février' 106.3 iLelLrea de (]nlherine de Médicis, t. I. p. r)!:?,.
Son premier soin fut de rendre visite au blessé. « Celui-ci se resjouyt grandement de sa présence et de l'honneur quelle luy faisoit,... et luy ayant rendu compte de ses actions et entreprinses et communiqué tous ses desseins, il sembla estre de beaucoup allégé et plus content que de coutume '. ><
En réalité, l'état du malade était loin alors d'être satisfaisant. Il venait d'être fort affaibli par une perte de sang dont parle un texte et dont la cause nous est peut-être révélée par un autre. On craignait de plus en plus que la balle ou les balles tirées par l'assassin n'eussent été empoisonnées. Dans le but de prévenir les effets du poison, on avait proposé au duc de «charmer la plaie». «M. de Saint-Just d'Allègre, raconte Brantôme, estant fort expert en telles cures de plaies, par des linges et des eaux et des parolles prononcées et méditées, fut présenté à ce brave seigneur pour le panser et guérir ; car il en avoit fait l'expérience grande k d'autres. Mais jamais il ne le voulut recevoir ny admettre, d'autant, dit-il, que c'estoient tous enchantemens deffendus de Dieu et qu'il ne vouloit autre cure ny remède sinon celuy qui provenoit de sa divine bonté, et que c'en seroit ce qu à elle luy plairoit, aymant mieux mourir (|ue de s'adonner à tels enchantemens prohibez de Dieu "-. » Mais, si le duc refusa les secours de la sorcellerie, il crut pouvoir accepter ceux des chirurgiens par lesquels il lit « tailler la chair tout autour de la plaie pour parer k l'introduction du poison dans le sang », et c'est ce qui amena, sans doute, l'hémorragie dont j'ai parlé plus haut, opération d'ailleurs, qui dut être atrocement douloureuse, car «après avoir dilaté la plaie, les chirurgiens l'avaient cautérisée avec un ferment d'argent tout ardent, — de Tacétate d'argent, vraisemblablement, — cuydans par ce moyen oster la poison qu'ils pensoient être aux boulets et k la poudre » '.
Cependant, dès le lendemain matin, la Reine se résolut à interroger Poltrot. On avait entre temps acquis la certitude que le meurtre avait dû être prémédité depuis longtemps^ car, dans le courrier du duc arrivé le jour même de l'attentat, trois messages, que l'on n'avait décachetés qu'à son retour, l'avertissaient de se garder : un
1. Lettre de l'évesque de Riez... Archifes curieuses, i. \', p. IHOi.