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dimanche 21, semblait confirmer ces appréhensions. Sa blessure ne faisait pas, il est vrai,- trop souiï'rir le duc, mais il lui était survenu « un si grand sommeil qu'il ne pouvait faire que dormir », et des vomissements s'étaient déclarés.
Lorsqu'on reprend, aujourd'hui, les termes et le détail de ces « observations », si Sommaires soient-elles, faites par les chirurgiens, l'on peut se rendre compte déjà à peu près sûrement des complications qui se produisaient dans l'état du blessé. La fièvre, la prostration, les vomissements, sont les trois signes, les symptômes les plus assurés de la septicémie jaleurale, et c'est bien, en effet, à pareille affection que semble avoir succombé la victime de Poltrot. Si, comme je l'ai dit, aucun gros vaisseau du poumon n'avait été atteint, la plèvre, en revanche, avait dû être perforée, et la suite des événements est là pour nous prouver le bien fondé de cette supposition K
« Ayant donc grand doute^ écrit, le 23 février, M. de Ghantonnay, ambassadeur d'Espagne, ayant donc grand doute qu'il y eût des balles qui fussent demeurées dans la blessure, les médecins et chirurgiens avisèrent qu'il était nécessaire de faire plus grande ouverture à la plaie, et le lundi 22, à minuit, qui fut le quatrième jour de la blessure, combien qu'il ne semblât jour convenable et que lors la lune nouvelle se faisait, ils délibérèrent d'y besogner. Et ainsi à la mi-nuit, ils se trouvèrent vers ledit seigneur et lui dirent qu'il convenait faire plus grande incision pour la sûreté de sa personne ; ce qu'il accorda aisément et leur dit qu'ils ne laissassent de besogner encore qu'il criât. Alors ils commencèrent à faire une grande ouverture de havit en bas et mirent les doigts par dedans et trouvèrent tout sain, sauf en un côté où commençait à se faire une caverne et un apostème. Lors ils firent encore une autre ouverture en travers, et ayant bien tout regardé trouvèrent qu'il n'était entré aucune chose dans le creux. Ils passèrent ensuite de l'une plaie à l'autre un linge net qu'ils ont laissé dedans comme un séton pour mieux nettoyer la plaie, et combien que ces incisions aient causé au duc une grande douleur, il commence à se mieux porter. Toute-
1. Tous les rensei};nements techniques relatifs à la blessure du duc de Guise et aux soins qui lui furent donnés m'ont été fournis par M. le docteur Vielliard, ancien interne des hôpitaux, que je suis très heureux de remercier cordialement ici de l'intérêt qu'il a voulu prendre à cette étude.
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fois, n'est-il pas du tout sans fièvre, mais il n'y a point de frisson '. »
Nous avons, dans cette dépêche de Cliantonnay, la confirmation presque certaine du diagnostic rétrospectif que j'émettais plus haut. A la suite de la perforation de la plèvre, était»survenue, on 1 entrevoit maintenant clairement, une infection secondaire de la plaie par suite vraisemblablement de l'introduction de corps étrangers, un abcès pleural localisé, un empyème s'était formé avec caverne purulente. C'est cette caverne que nettoyèrent les chirurgiens, c'est-àdire probablement qu'ils sondèrent et drainèrent, achevant d ailleurs peut-être par là l'infection commencée. Dans une dépêche de l'ambassadeur d'Angleterre, il est dit qu'ils retirèrent alors du corps du blessé les deux balles ramées qu'ils y cherchaient -. Mais cette affirmation assez vague ne peut prévaloir contre le texte très détaillé et très précis de la lettre de Chantonnay qui ne parle de rien de semblable.
Après cette opération, dans tous les cas, il fut visible ([ue les forces du duc déclinaient rapidement. La Reine venait le voir deux fois par jour. Quand elle arriva le mardi, le blessé s'estimant luimême (( en grand doubte de la vie », jugea prudent de lui faire ses dernières recommandations.
Lancelot de Carie, évêque de Riez, qui assista Guise à ses derniers moments, nous a laissé de ce « propos » un compte rendu souvent cité. J'en ai découvert un autre qui, paraissant n'avoir point été destiné à la publicité, me semble rapporter plus véridiquement, parce que plus simplement, les paroles du mourant. Il dut être rédigé à Blois le vendredi qui suivit la mort du duc, c'est-à-dire trois jours après cette mort, sinon par un spectateur de ses derniers moments, au moins par quelqu'un qui tenait ses renseignements d'un témoin. Je ne veu.\ pas dissimuler d ailleurs une petite erreur qu'aurait commise l'auteur de ce « récit «, qui place au mercredi matin et deux heures avant sa mort, l'entrevue de Catherine de Médicis et du duc, entrevue qui eut lieu le mardi, d'après l'évêque de Riez. Mais une confusion a pu s'établir ici entre cette entrevue et la dernière audience donnée par Guise, peu d'heures, en effet, avant
1. Lettre de M. do Cliantonnay [Mémoires de Condé, t. I. p. l'iO). "2. Occiirrencen in France, 26 février lâfi.'i {(^alendnr... p. Itilj.
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sa mort, à tous les g-entilshommes de l'armée, et cela est insuffisant à faire rejeter un texte fort curieux par ailleurs.
M. de Guise, débute donc ce texte, trespassa le premier jour de caresme environ les 11 heures du matin et deux ou trois heures devant mourir, il fit en la présence de la Royne et d'une infinité de gentilshommes une longue remonstrance de l'occasion qui l'avoit esmeu à entreprendre le faict de cesle guerre, disant que son intention navoit jamais esté autre que d'entretenir du tout à son pouvoir ce royaume en paix et union et mesmement sous ce jeune Roy, mais que pour le deu de ses Estais et pour TafTection qu'il portoit au Roy et au bien de ce royaume, il ne pouvoit endurer que Ton fist tel tort à sa Majesté que de s'emparer de ses places et faire autres actes de rébellion et sédition comme il avoit amplement déclaré par plusieurs protestations, et qu'on sçait bien qu'il navoit pas entrepris ceste guerre de son propre mouvement, ains qu'estant l'année passée en Lorraine, où il s'estoit retiré en délibération d'y faire long séjour, il fut semons et sollicité du roy de Navarre lieutenant-général pour le Roy et représentant sa personne en ses royaumes et païs, de venir en France et d'assembler les forces qu'il assembla, et que depuis la Royne et ledict seigneur Roy luy ont commandé de point en point de faire ce qu'il a fait sans le commandement desquels il n'a voullu jamais rien entreprendre. Que, quant à luy, il protestoit qu'il n'avoit aucune passion contre les huguenots, ny aucune inimitié particulière contre Monsieur le prince de Gondé, ny contre le sieur de Chaslillon, qui luy lit faire ce qu'il faisoit, comme on avoit murmuré; mais que c'estoit tant par le commandement du Roy et de la Royne que pour le zèle qu'il portoit au bien et repos de ce royaume, lequel il voyoit estre menacé d'une grande ruyne, s'il n'y eustesté promptement remédié et sy les remèdes qui y avoientesté appliquez n'eussent obvié à un plus grand mal, dequoy il se remettoit au jugement de tout homme de bon sens et bon serviteur du Roy, qu'il ne s'estoit soucyé de la religion de personne, parce que chascun est maistre de sa conscience, mais que quand il a veu que ceste religion nouvelle amenoit avec elle la sédition et rébellion, qu'il sembloit qu'elle désirast un changement d'estat et de loix, il n'avoit pu endurer que cela fust advenu. De quoy il ne blasmoit point Monsieur le prince de Gondé, qu'il avoit toujours esté son amy, serviteur et bon parent, et que la Royne mesme sçavoit bien quel langage il luy avoit tenu dudict seigneur prince, lequel il avoit en aussi bonne estimation que prince du monde ; mais qu'on congnoissoit bien comme ledict seigneur prince estoit mené, et que les sieurs de Ghastillon lui avoient dressé ceste partie pour le faire tuer; que toutesfois il ne leur avoit jamais voullu mal, que lorsqu'ils ont tenté quelque chose contre le service du Roy, de quoy il appelloit Dieu à tesmoing, pour
l'amour duquel, puisqu il commandoil qu on pardonnast à ses ennemis, il leur pardonnoit la longue hayne qu'ils luy avoient portée et l'injure qu'ils luy avoient laite de l'avoir fait tuer, et non seullenient leur pardonnoit, mais les aimoit et reniercioit de ce que, par leur moyen, il estoit tiré des misères de ce monde qui ne sont que calamité/ et peines, qu'il mouroit content et assuré d'estre sauvé non par ses œuvres, mais par la grâce et miséricorde de Dieu qui congnoissoit son- cœur et son intention, lequel il luy supplioit de pardonner ses fautes innumérables.
Puis, il fit une remonstrance au Koy, bien qu'il n'y fust point, mais il parloit à luy comme s'il y eust esté, le suppliant de traicler doucement ses subjects, de vivre en la religion de ses ancestres, de recognoistre ses serviteurs et garder son peuple, comme doit faire un bon père ses enfants ou un bon pasteur ses brebis, de continuer les vertus qu'il a appriï>es en sa jeunesse et de faire toutes choses dignes d'un Roy, dignes de l'espérance qu'on avoil de luy et de la race des très chrestiens roys de France.
Et après, il parla à la Royne qui estoit là présente, la suppliant de continuer, comme elle avoitfait, de nourrir leRoy, son fils, en toutes vertus dignes du prince qui doit avoir un jour tant de peuple sous sa puissance et de donner à ce royaume le bien qui lui estoit nécessaire qui estoit la paix, sans laquelle il voyoit la dissolution et subversion de la France, et de mettre ordre de réformer les vices de tous estais qui estoient cause des troubles et calamitez que nous recevons... .
Et, pour la fin, recommanda sa femme et ses enfants au Roy et à la Royne, avec une bonne remonstrance de ses services, et supplia la Royne de pardonner à celuy qui l'avoit tué '...
Cette entrevue avec la Reine, qu il sentait bien la dernière, et le long effort fait pour parler avaient cependant aj^gravé l'état du malade. « Sur le soir, l'ardeur de la fièvre augmenta avecques une sueur froide, non sans (juelque débilitation de son entendement -. » Le cardinal de Guise, son frère, arrivé de Paris, le lundi soir, crut alors le moment venu de « l'adviser qu'il lui falloit penser à sa conscience, recevoir les saints sacremens et disposer de ses dernières affaires ». « Ha ! mon frère, répondit aussitôt le malade, je vous ay aimé grandement pour le passé, mais je vous aime encores plus que je ne feis oncques, veu le bon vouloir que vous me portez. Je congnois maintenant que vous m'aimez, car me faictes un vray toiu' de frère, dont grandement je vous suis tenu et de bon cœur vous en
1. Derniers propos du duc de Guise 1$. X., fr. 22.429. fol. 188-189).