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POLTROT DE MÉRÉ, MEUKTRIEK DE M. DE GUISE 3î)
impersonnalité, pour ne pas dire dune banalité comparable seulement à celle des derniers propos du duc à son frère le cardinal de Guise.
A vrai dire, la chose pourrait s'expliquer par ce fait ([ue Vauteur. qui nous a rapporté ces entretiens confidentiels, n'y fut probablement pas admis. Ce qui tendrait à le prouver, c'est qu'avi contraire le « discours » adressé par le duc à tous ceux qu'il donna ensuite l'ordre d'introduire sans distinction dans sa chambre, bien que gâté encore par des développements dilîus. présente indniment plus de vraisemblance et ne manque pas de grandeur. Revenant sur sa vie tout entière, le mourant fit alors une sorte de confession publique qui a toute l'apparence d'avoir été, elle, sincèrement reproduite. Il rappela le temps où, « lieutenant de Roy en grandes armées, dedans et dehors le royaume, il a voit le commandement sur les finances, dont il signoit les rooles et acquittoit les acquits, et protesta qu'il ne les avoit jamais employez que pour le service du Roy, sans en jamais rien employer au profit de luy ny des siens » ; dans ces fonctions, ajouta-t-il, k il avoit esté quelquefois contraint d'user d'aspres sévérités, comme en Lombai'die de faire mourir des hommes pour peu d occasion, pour avoir seulement pris un pain ou un morceau de lard, qui estoient rigueurs nécessaires pour la guerre, toutes fois désagréables à Dieu, dont il se sentoit un fort grand desplaisir, comme d'autres semblables offenses » ; s il avait été d'avis, en revanche « qu'on prist les biens de l'église et qu'on vendist le temporel des bénéfices », pour subvenir aux frais de la guerre civile, ce n'avoit esté qu'à bonne intention pour la nécessité du temps et l'utilité publique » ; cette guerre, il l'avait vu commencer avec un incroyable regret, et « quant aux dernières armes que j'ay prises, déclara-t-il, j'invoque la bonté divine en tcsmoignage que je ny ay esté conduit par aucun intérest parliculier, par ambition, ny par vengeance, mais seulement pour le zèle de l'honneur de Dieu, pour la vraye religion que j'ay tenue sans fléchir et le service de mon prince » ; il pria enfin les assistants de bien « croire que l'inconvénient advenu à ceux de Vassy estoit advenu contre sa volonté, car il n'y alla oncques avecques intention de leur faire aucune offense ; il y av(nt été deffenseur, non agresseur, et quand l'ardeur de ceux ({ui estoient avecques luy, le voyans blessé, leur fisl prendre les armes, il feit tout ce (piil put
pour parer leurs coups et g-arder que le peuple ne receut aucun outrage^ ». Ces dernières paroles sont significatives, et leur véracité nous est confirmée par Brantôme qui assista à cette scène. « A sa mort, écrit Brantôme, M. de Guise se confessa de ce massacre de Vassy, priant Dieu n'avoir rémission de son âme s'il y avoit pensé, ny s'il en fust jamais autheur, faisant la chose fort petite et légère ; mais pourtant, parce qu'il y avoit eu du sang répandu, il s'en confessoit à Dieu et luy en demandoit pardon ; car je louys de mes propres oreilles et plusieurs qui estoient avecques moy. Et si ceux (dont fut M. l'évesque de Riez), qui ont escrit son harangue quil fit à l'heure de sa mort, ont taise ce traict. ilz ont eu tort, pour monstrer là son innocence d'une chose que l'on crioit tant après luy 2. »
Sa harangue, comme dit Brantôme, étant achevée, le duc se prépara à la communion, mêlant ses paroles de résignation et de sacrifice aux exhortations de son aumônier. Puis, « ayant reçu le saint sacrement de l'autel », il continua en les mêmes propos, « se remettant toujours sur la seureté des divines promesses et sur le mérite du sang respandu sur la croix », et s'interrompant seulement pour écouter la lecture de l'Evangile et des épîtres de Saint- Pierre et de Saint-Jacques -^
Aussitôt qu'il eut achevé ses dévotions, on lui proposa de prendre quelque nourriture. Mais il refusa, déclarant qu'il voulait seulement faire son testament, qu'il dicta à Jean Ferey, seigneur de Duresac, « notaire et secrétaire du Roy, signant en ses finances », en présence de Michel de Vialart, de M. de Grenay et de Tristan de Rostaing. Il y nommait les cardinaux de Lorraine et de Guise ses exécuteurs testamentaires, instituait sa femme son héritière universelle, recommandait le mariage de son fils aîné, le prince de Joinville, avec la fille du maréchal de Saint-André. 11 souhaitait être enterré à Joinville, désirait une sépulture et des funérailles très simples, demandant seulement que lécu de Jérusalem, rapporté par Godefroy de Bouillon, fût sculpté sur sa tombe avec