‹ Jean Poltrot, seigneur de Méré, meurtrier de M. de Guise, 1563Chapitre 34 sur 43 · Jbid · texte numérisé non relu

Jbid

4. Registres des délibérations du bureau de la ville de Paris, Paris, 1892, in-fol., t. V, p. 203.

Tout de suite après eux, « étoit porté uu grand nombre de torches ardentes qu'aucuns bourgeois et marchands de la ville y avoient volontairement envoyées, et portées par les plus apparens de leurs familles », derrière lesquels prenaient rang- les frères des Bonshommes du couvent de Nigeon, les quatre ordres mendiants, Cordeliers, Augustins, Carmes et Jacobins, et la plus grande partie du clergé des églises paroissiales.

Puis, c'était le long développement des troupes : en premier lieu, une quantité de capitaines, lieutenants et sergents des bandes françaises portant la hallebarde basse en la main droite et, de 1 autre, le bâton noir; en seconde ligne, 800 arquebusiers bourgeois de la ville cinq à cinq, tous le morion en tête, portant l'arquebuse sous l'aisselle, la bouche du canon bas vers la terre, et précédés de 50 capitaines des dixaines de Paris et de leurs lieutenants vêtus de deuil, le bâton noir à la main ; un autre détachement de 800 piquiers bourgeois aussi, ayant corcellets et bourguignottes, tenant leurs piques par le fer en les traînant après eux et précédés de même de 50 capitaines.

Encore quatre rangs, cinq à cinq, de caporaux et sergents de bandes, à pied, avec la hallebarde basse, suivis de quelques tambourins portés sur le dos et couverts de drap noir, et les 126 enseignes des capitaines de la ville, aux corcelets dorés, portant leurs enseignes ployées sur l'épaule.

De nouveau, deux détachements de 800 piquiers et de 800 arquebusiers ; six rangs de sergents de bandes, 120 arquebusiers et archers de l'hôtel de ville, avec leurs hoquetons argentés, portant torches ardentes aux armes de la ville.

Enfin le clergé, représenté par les chanoines de Notre-Dame et des quatre églises canoniales, Saint-Benoît, Saint- Etienne-des- Grès, Saint-Merry et le Saint-Sépulchre, et précédant l'évêque de Tréguier, revêtu de la chape noire et la mitre en tête.

En dernier lieu, le char portant le corps, « recouvert de velours noir, et tiré par quatre chevaux attelés l'un après l'autre, couverts (le housses de même, pendant fort bas avec de grandes croix d'argent et conduits par deux pages montés sur le premier et le dernier ».

Ce char entouré lui-même de tout un cortège : en tête douze tabourins portés sur l'épaule et drapés de noir; douze enseignes de

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gens de pied portées sur l'épaule par douze lieutenants ; douze capitaines de la ville porteurs de guidons et denseig-nes en taffetas noir, aux armes de la ville et de Guise ; un capitaine portant sur son épaule la cornette dudit seigneur défunt, de satin en champ de gueules et une croix blanche traversant ; — à droite et à gauche du corps, six chevaliers de l'ordre : le comte de Roucy, le marquis de Nesle, M. de Gonnor, M. de Mendoce, M. d'Humières et M. de Chemault; — derrière enfin, les sergents de 1 hôtel de ville, avec leurs robes rouges et bleues ; sur des mulets, le prévôt, les échevins, les conseillers, quarteniers, cinquanteniers et marchands de la ville en robes noires, au nombre de 400; et, à cheval, plusieurs gentilshommes de la maison du roi et dudit seigneur.

Fermant la marche, cent arquebusiers à cheval de la compagnie du capitaine Salcède.

Arrivé dans 1 église Notre-Dame toute tendue de noir, le corps du héros fut placé sur un haut catafalque et, tout de suite, son cœur enterré devant le maître-autel. Puis les vêpres des morts chantées, les cloches sonnèrent à toute volée pour le repos de l'âme de très magnanime, très illustre et très belliqueux prince, François de Lorraine, duc de Guise, qui, huit jours après, était définitivement inhumé à Join ville '.

Un chroniqueur du temps affirme qu'à l'entrée du corps du duc à Paris et le jour des funérailles, Poltrot « estoit chargé sur les harnois de la voiture, lié et garroté sur la bière du défunt, auquel Poltrot on donnoit à boire et à manger à ses heures, quand il en avoit nécessité, et ne purent se garder plusieurs femmes et jeunes gens de lui jeter de la boue des rues au visage avec grandes injures - ». Ces détails dramatiques doivent être rejetés, car Poltrot fut précisément supplicié le jour même où le cortège funèbre parvenait à Paris, le 18 mars.

Le 17 mars, étaient, en effet, arrivées des lettres de la Reine, datées du lo, ordonnant de procéder à l'exécution •^. Or, lelSjuste-

1. Reçfistres des délihérnlions du bureau de ta ville de Paris, t. V, p. 203-206. — L'ordre des cérémonies et pompes funèbres tenues à Paris pour le trespas du très vaillant et très illustre prince François de Lorraine, duc de Guise (Cimber et Danjov, Archives curieuses de Vhistoire de France, i'" série, t. V, p. 210-221).

2. Journal de Claude Haton, publié par F. Bourquelot, 1857, t. I, p. 321-322.

3. Cette lettre de la Reine est connue par la réponse qu'y lit Christophe de Thou, premier président du parlement, le 18 mars 1563 (Baron de Riule, L'assassinat de François de Lorraine, duc de Guise, 1897, in-8°, p. 71, 212^

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ment, Poltrot, qui, dans ses interrogatoires du 27 février et du 7 mars, n'avait pas varié dans les dépositions faites au camp de Saint-Mesmin, se dédit brusquement de ce qu'il avait confessé jusque-là. Il aurait alors, dit-on, déchargé Coligny, et ce, rapporte Ghantonnay, ambassadeur d'Espagne, à la suite de la mystérieuse intervention de François de Montmorency, qui lui aurait fait promettre la vie sauve, s'il voulait innocenter l'amiral'. En réalité, le président de Thou attacha assez peu d'importance à ses nouveaux dires, puisque, ce jour-là même, lo mars, « ayant, dit-il, parlé présentement au prisonnier », il demandait à la Reine d'ordonner qu'il fût procédé au jugement-, La lettre de celle-ci coupa court à toutes hésitations et, le 18 au matin, l'arrêt de mort éîiait rendu.

« Jehan Poltrot, soi-disant seigneur de Méré », est condamné, porte cet arrêt, à être « conduit depuis les prisons de la Conciergerie jusques en la place de Grève, et illec, sur un échaffaut estre tenaillé de fer chaud en quatre endroits de son corps et, après estre tiré à quatre chevaux, jusqu'à ce que mort naturelle s'ensuive ; ce faict, la teste dudit Poltrot coupée et mise au bout d'une lance, qui sera plantée devant l'hostel de ceste ville de Paris ; les quatre membres de son corps mis en quatre potences, qui seront dressées hors les quatre portes principales de ceste dite ville, et le tronc de son corps bruslé en ladicte place de Grève^ ».

Aussitôt cet arrêt prononcé. Poltrot subit trois nouveaux interrogatoires, où, persistant dans sa seconde version, il se représenta comme ayant seul conçu l'idée de l'assassinat, et déchargea derechefceux qu il avait d'abord accusés d'en avoir été les inspirateurs. Sentant sa dernière heure approcher, il supplia même « qu'on luy baillast patience jusqu au lendemain, afin de penser à plusieurs autres choses ' ».

« Sans tenir compte de sa prière, on le lit monter en un tombereau, et on le conduisit en place de Grève, vers les trois ou quatre heures de l'après-midi. La place était couverte d'une foule immense,

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