‹ Jean Poltrot, seigneur de Méré, meurtrier de M. de Guise, 1563Chapitre 7 sur 43 · Ihid, p · texte numérisé non relu

Ihid, p

POLTROT DE MÉRÉ, MEURTRIER DE M. DE (iUlSE 9

une sorte de divination tout à fait remarquable, mais nulle part on n'aperçoit qu'il ait consenti la moindre concession sur des matières dog^niatiques en lesquelles il avouait d'ailleurs son incompétence '. Au surplus, mille témoignag-es contemporains déposent en faveur de ses vrais sentiments, et sa mort même, que je veux raconter, en est assurément le plus éclatant. « Si on avoit joué des mains basses à Orléans », dit Brantôme, et « si ce bon et zélé catholique que fut M. de Guise avoit vécu, nous n'eussions veu les troubles et guerres qui se sont veus "-. » Et, en elfet, si la force mise au service d'un homme de valeur exceptionnelle avait pu réduire le protestantisme qui ne devait être rejeté que par le pays lui-même dont, comme on l'a démontré, l'àme et le génie répugnaient essentiellement à l'esprit et aux doctrines réformées, c'est bien au duc de Guise qu'aurait dû revenir l'honneur d'être le sauveur du catholicisme.

En un pays cependant et à une époque en particulier où les grandes causes se sont presque toujours, aux yeux de la multitude, incarnées en un homme, on comprend que le duc de Guise ait apparu à ses adversaires comme le plus redoutable danger pour leurs croyances et leurs idées, et l'on comprend aussi comment de bonne heure le frapper parut être à beaucoup le moyen le plus assuré de frapper à la tête la cause qu'il représentait. De fait, entre I06O et 1562, on ne compte pas moins de quatre tentatives d'assassinat sur la personne du duc de Guise.

Les deux premières nous ont été racontées par son biographe le plus illustre.

Il me souvienl qu'à la conjuration d'Amboise, écrit Branlôme. il estoil escheu, par sort ou autrement, que le capitaine Mazères luerail M. de Guise. Ce capitaine là avoit esté autresfoi? en Piedmonl fort renommé et déterminé soldat, et si bizarre pourtant, qu'on le tenoit pour avoir de Ihumeur. Il avoit fort veu et avoit esté avec M. d'Aramon en Levant, et outre il parloit fort bon espagnol ; aussi en esloit-il de la

1. (Uirresjiondance lie Fr:in<^-i)is de Lornune, tliir île (iiiise. avec (Christophe, iliic île Wùrleinher;! juillet tôfil-nmi liiH'2, {Bulleliii ilii protestantisme frani^ais. I,s",")).

2, nuANTÙMi:. t. IV. p. 228.

10 PIERRE DE YAISSIÈRE

frontière et si en avoit la façon. Sur ceste malle détermination il fut pris comme les autres et saisy d'une fort longue espée. Il confessa tout; et comme M. de Guise luy eut dict qu'il s'estonnoit fort de luy qui avoit veu son monde, sceu et pratiqué comme il falloit tuer un homme, de quoy il s'estoit ainsi accommodé d'une si longue espée, qui en telles factions et presses n'est si propre qu'une courte, qu'on tire et démène plus aisément sans point d'embarras comme d'une grande, avec laquelle on ne se peut tourner et virer comme l'on veut, et que l'on saisit plus tost qu'une courte, le capitaine Mazères luy respondit : « Monsieur, je sçavois fort « bien ce que vous m'en dites, et lavois fort en moy considéré plus de « quatre foys ; mais pour en parler au vray, quand je considérais vostre « valleur et vostre brave vaillance et furieuse présence je perdois aussic< tost le courage de vous attaquer de près ; et, pour ce, je me résolus « d'avoir affaire avec vous de loin. Que si, au lieu de ceste espée, j'eusse « peu apporter une picque, je l'eusse faict, tant l'image de vostre per- « sonne se montroit à moi terrible et formidable et me faisoit de peur. » Ce capitaine avoit quelque raison en son dire, ainsi que l'on peut bien discourir là-dessus ^.

C'est à cette même fa.scination qu'exerçait le prince sur tous ceux qui l'approchaient qu'un peu plus tard il dut une seconde fois la vie.

lui ceste mesme conjuration d'Amboise, continue Brantôme, fut pris le seigneur de Castelnau de Bigorre ; il fut exécuté comme les autres. Quelques trois ans après vint à la cour, à la suitte de M. le prince de Condé, un sien neveu qu'on nommoit le capitaine Bonnegarde, que j'ay cogneu, gentil soldat et brave. Il se vantoit en quelques endroits qu'il vengeroit la mort de son oncle Castelnau et qu'il Uieroit M. de Guise.

11 le sceut, et, sans autrement s'en effrayer, il se le fit monstrer pour le cognoistre ; et l'ayant bien veu et contemplé, il ne dit autre chose sinon : « 11 ne me tuera jamais ». Au bout de quelques jours il luy fait faire le guect quand il s'en iroit au parc de Saint-Germain luy seul avecq'un autre se promener. Son espion luy vint dire un jour comme il estoit luy seul entré dans le parc avecq'un autre capitaine avecques luy. Soudain M. de Guise va après et prend avec luy le jeune La Brosse, très brave et vaillant gentilhomme, fils du bonhomme M. de la Brosse, vray chevalier d'honneur et sans reproche. Tous deux s'en vont ainsi sans autre compagnie, non pas d'un seul page, ny lacquais, après leurs hommes. Ils les trouvèrent qu'ils avoient faict leur tour d'allée, qui s'en

Page 1