‹ Jean Poltrot, seigneur de Méré, meurtrier de M. de Guise, 1563Chapitre 8 sur 43 · Bramômk. t. \y · texte numérisé non relu

Bramômk. t. \y

tournoient. M. de Guise ne fit que dire : « \^oicy nos gens, ne bougez « que je ne bouge ! » Et va droit à eux d'un visage assuré et qui nionstroit qu'il vouloit tuer. Ce fut Bonnegarde et son compaignon qui firent place et donnèrent passage à M. de Guise ; et se mirent à costé en ostant leurs bonnets, le saluant fort révérencieusement. M. de Guise, après avoir un peu arreslé, passe outre, et puis tourne son petit pas après les autres, sans autrement s'esmouvoir ne dire autre chose que : « Nous en avons prou faict, La Brosse ; mon homme ne me tuera pas ; « il est plus respectueux, bon et courtois qu'on ne m'avoit rapporté, « mais je vous jure, s'il ne meust salué, je l'eusse tué tout roide cepen- «. dant qu'eussiez tué le vostre. Pour ce coup il faut être un peu sage ; « il» n'emportent rien du nostre et ne nous tueront jamais ' 1 »

Jamais était trop dire. Mais, en réalité, deux fois encore le duc devait échapper à ces misérables complots, et les deux fois sous les murs de Rouen.

Montaigne, qui est bien l'auteur en lequel on peut avoir sur ce point le plus de confiance, puisqu il tient ses renseignements d'un témoin oculaire, nous a laissé le récit bien connu de la première de ces tentatives.

M. Jacques Amyot, grand aumosnier de F'rance, écrit-il, me récita un jour cette histoire à l'honneur d'un prince des nostres (et nostre estoit-il bien à très bonnes enseignes, encore que son origine fust estrangèrei, que durant nos premiers troubles, au siège de Rouen, ce prince ayant esté adverty par la Royne, mère du Roy, dune entreprise qu'on faisoit sur sa vie, et instruit particulièrement par ses lettres de celui qui la devoit conduire à chef, qui estoit un gentilhomme angevin ou manceau, fréquentant lors pour cest ell'ect la maison de ce prince, il ne communiqua à personne cest advertissement, mais se promenant le lendemain au mont Sainte-Catherine, d'où se faisoit notre batterie à Rouen (car cestoit au temps où nous la tenions assiégée) ayant, à ses costez ledict seigneur grand aumosnier et un autre évesc|ue, il apercent ce gentiîhonime qui luy avoit esté remarqué et le lit appeler. Comme il fut en sa présence, il luy dit ainsi, le voyant desjà pallir et frémir des alarmes de sa conscience : « Monsieur de tel lieu, vous vous doutez bien « de ce que je vous veux, et vostre visage le montre. Vous n'avez rien « à me cacher, car je suis instruit de vostre afFaire si avant que vous ne « feriez qu empirer vostre marché d'essayer à le couvrir, ^'ous sçavez « bien telle chose et telle (qui esloyenl les lenans et aboutissans des plus

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