‹ Jean qui pleure et Jean qui ritChapitre 19 sur 32 · GOMMENT JEAN REVEL COMPRENAIT LE DEVOIR · texte numérisé non relu

GOMMENT JEAN REVEL COMPRENAIT LE DEVOIR

Henriette fut frappée de l'altération profonde qui s'était opérée dans les traits de Jean.

Appuyé contre la cheminée, il semblait comme absorbé dans ses réflexions.

Au bruit que fit Henriette en entrant , il releva la tête, et courut vers elle; mais, une pensée soudaine, le retenant tout-à-coup : il s'arrêta et s'inclina profondément.

Henriette remarqua quMl était en grand deuil. '

— Veuillez vous asseoir. Monsieur, dit-elle en indiquant au jeune homme, un des sièges qui se trouvaient devant la cheminée.

— Mademoiselle , dit-il d'une voix triste et grave , permettez-moi d'abord de vous remercier, d'avoir bien voulu me recevoir ; et laissez-moi vous exprimer tous les regrets , tout le chagrin , que me cause le double malheur qui vous a frappée.

— Je sais que ces regrets sont sincères , Monsieur, dit

Henriette ; que la démarche que vous faites ici, soit ou non dictée par le désir de vous justifier d'une faute, d'un malheur, -— je vais au-devant de la question, et vous assure qu'ici , comme là-bas, vous trouverez indulgence et oubli , — croyez-moi , ne rappelez pas un souvenir, douloureux pour tous , et laissez au hasard , à la fatalité toute la responsabiUté des faits.

Et maintenant, Monsieur, je vous écoute.

— Merci, ah! merci Mademoiselle, s'écria Jean, pour tout le courage que vous me donnez.

Après un silence, le peintre continua d'une voix douce et calme :

— Vous prononciez généreusement tout à Theure le mot de hasard, laissez-moi m'en servir à mon tour, pour vous parler comme à une sœur, comme à* une amie.

Ayee pour l'aveu que je vais vous faire , la même

indulgence que pour la faute , Tirréparable malheur que vous avez pardonné. Quand j'ai quitté Paris , il y a près d'un an , personne n'a deviné le véritable motif de l^exil que je m'imposais.

Le silence que j'avais gardé à cette époque , j'eusse continué à me l'imposer, si les événements n'avaient pas été plus puissants que ma volonté.

J'aimais une belle jeune fille, je l'aimais d'un pur et saint amour.

Mais entre mes espérances de bonheur, et leur réalisation , il y avait un obstacle infranchissable , je le croyais du moins ; la fortune et les idées d'ambition , que je prêtais à la famille de celle que j'aimais.

Il y a dans le monde des gens qui savent s'exposer courageusement à un refus : ma timidité exagérée m'a fait hésiter ; et pour ne pas voir détruire en un seul instant , d'un seul mot , toutes mes illusions, j'ai gardé le silence.

Bientôt j'ai compris que mon amour serait peut-être plus puissant que ma raison ; et pour ne pas engager une lutte dangereuse , je suis parti.

— Continuez , Monsieur, dit Henriette dont la voix tremblait.

— Pendant cette absence , des événements inattendus, en dehors de toute prévision humaine , se sont accomplis avec une effrayante rapidité.

Là OÙ j'allais chercher Ponbli et le caUne; la destinée mMmposait un rdle sanglant.

J'aurais donné ma vie pour épargner un chagrin à celle que j'aimais, et mon dévouement devait causer sa raine.

— Que voulez-vous dire ? s'écria Henriette pâle et chancelante.

— J'aimais votre sœur Pauline, reprit Jean, et c'était pour la fuir, que j'ai quitté mes amis, mon travail.

— Mon Dieu I murmura la pauvre enfant avec désespoir.

Revel continua sur un ton plus affectueuse.

— La mort de M. Enmianuel Dargis , en vous assurant une petite fortune, a rainé votre pauvre sœur je le sais.

Aidez-moi à réparer le mal que je lui ai fait.

— Comment?

— Je dois hériter un jour, bientôt sans doute , d'une somme à peu près égale à celle que mademoiselle Pauline devait attendre de son oncle ; l'abandon de cette fortune, ne sera qu'une juste restitution.

Un sourire de fierté illumina le doux visage d'Henriette , dont les yeux se Axèrent sur la portière de soie derrière laquelle se trouvait Pauline.

Aucun mouvement ne trahit la présence de la jeune femme.

Henriette se leva , et tendant la main i Jean :

— Vons êtes un noble cœur, dit-elle , et roflfre généreuse que vous Tenez de me flaire , n'ajoute rien à la haute estime que j'avais déjà pour vous. C'est au nom de ma sœur, que vous m'avez parlé : c'est en son nom que je refuse l'offre que vous me faites.

— Eh bien t dit Jean, que mon cœur m'inspire mieux cette fois! Que mademoiselle Pauline devienne ma femme , et cette fortune , ce bien-être que je voulais lui assurer dans l'avenir : mon travail le lui donnnera dès demain.

Maintenant que vous voilà|orphelines, vous avez besoin d'un ami, d'un frère. Qu'elle soit ma femme, et ma vie sera trop courte , pour lui donner tout le bonheur qu'elle mérite : vous aimer et vous protéger, ma bonne sœur.

Henriette le regarda avec des yeux si tristes et si doux, qu'il retomba sur son fauteuil, en courbant la tête conmie un coupable.

— Écoutez-moi , mon ami , dit Henriette après un silence, et croyez-bien que c'est le cœur brisé que je refuse encore, ce bonheur qui n'était pas fait pour nous.

^-Mais, elle n'est donc plus libre, balbutia Jean, d'une voix altérée.

— Et comme elle ne répondait pas.

—Ah I par grâce, par pitié, répondez-moi, s'écïia-

t-ril en lai serrant les mains , cette incertitude est trop affreuse... Pauline?...

La portière du salon s'écarta lentement, et la jeune femme entra en chancelant.

Des larmes silencieuses coulaient sur son visage contracté par la douleur.

Elle s'arrêta devant le jeune homme, et, le regardant avec un sourire empreint d'uneineffable reconnaissance.

— Oubliez ce nom. Monsieur, oubliez-le pour jamais.

Ma sœur ne pouvait vous dire le véritable motif de son refus. Mais je ne veux pas moi que votre âme généreuse, reste sous le coup d'un doute injurieux:

Je suis la maîtresse de M. de Brannes.

Un cri de suprême douleur, expira sur les lèvres de Revel : il voulut parler, les larmes brisèrent sa voix en sanglots.

Il retomba comme foudroyé.

— Qu'as-tu fait, Pauline ? dit Henriette, en s'approchant de sa sœur.

— Mon devoir, dit la jeune femme d'une voix altérée. En apprenant demain cette tri^e nouvelle, il ne serait peut-être pas resté maître de sa colère ; et c'est assez de sang et de deuil comme cela.

— Sa maîtresse I sa maîtresse ! répétait Jean avec stupeur.

Dq courage, mon ami, dit Henriette en revenant s'asseoir près de lui.

Après quelques secondes de silence, Revel se leva, et s'approcha de Pauline.

— Vous aiinez M. de Brannes, dit-il d'une voix sourde.

— Je l'aime, comme l'on aime le père de l'enfantqui fait v(Jlre joie et votre bonheur.

Jean appuya avec rage ses deux poings, sur ses yeux, et poussa un long gémissement.

— Rien ne pouvoir rien ! contre lui, dit-il entre ses dents.

— Tu l'entends , fit Pauline bas à sa sœur.

— Allons, reprit Jean d'une voix brisée... je n'ai plus rien à faire ici. — Soyez heureuse avec lui.

Je n'ai pas même le droit... de me plaindre.

Et il s'élança hors du salon en trébuchant contre les meubles comme un homme ivre : en sanglotant comme M enfant.

— Laisse-le partir, dit Pauline en arrêtant sa sœur du geste, cela vaut mieux, crois-moi.

Henriette s'approcha de la fenêtre dont elle souleva le.rideau, et appuya son front contre la vitre, pour cacher les larmes qui coulaient sur ses joues. Pauline wprit son châle et son chapeau, et, après avoir em-

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brassé son enfimt et sa sœur, se jeta dans le coupé qui PatteDdait à la porte.

— Maintenant, fit-elle : cœur ponr cœnr, il faut qu'elle soit heureuse t

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