‹ Jean qui pleure et Jean qui ritChapitre 2 sur 32 · ESPAGNE ET JUDÉE · texte numérisé non relu

ESPAGNE ET JUDÉE

... Enfin ta aimes ce garçon.

— Cctrtainement.

— Et, tu es heureuse ?

— Heureuse, oui et non.

— Comment, oui et non ?

— Paul est un bon enfant, mais il est jaloux, et me fait des scènes à propos de rien.

— Ahl la jalousie :jene sais pas quel est l'inventeur de cette scie domestique, mais le jour... prends garde, iElia, ta changes la pose de la main, ma bonne; le jour, dis-je, où il a émis les actions sur la place, toutes les

8 JEAH QUI PLEURE

Espagnoles, se sont donné le mot ponr en prendre quinze cents chacune ; et se sont ensuite repassé les coupons de mère en fille. Ah f je Ifassure que depuis quelque temps elles ont diablement haussé.

-Qui?

— Les actions. Dis donc, est-ce qu'il est Espagnol^ ton amant?

— Il est né rue Serpente.

— C'est une bonne idée qu'il a eue là. Enfin, que demande-t-il cet Othello ?

— Que je ne pose plus pour les Danaés^ et les Vénus callypigfes t

— Alors qu'il te fasse donner un bureau de tabac, ou qu'il t'épouse : aux grands maux, les grands emplâtres.

— Il veut que je redevienne actrice.

— ...Tu dis?

— La langue m'a tourné : que j'entre au théâtre.

— C'est un idiot, que ton amant.

-— Ah t monsieur Jean, nous nous fâcherons.

— C'est un idiot, je le répète, et je souligne le mot : au reste, il a cela de commun avec tous les jaloux, suis bien mon raisonnement : la pensée de te savoir huchée sur une estrade, dans le costume primitif d'Eve, avant l'affaire du serpent ; le tout en présence d'an monsieur "-^^ frotte du crayon rose sur un châssis de papier gris,

ET JEiLN QUI BIT^ 9

Im donne des affadissements : c'est nue opinion conune une autre. Mais que deviendra-t-il le pauvre garçon quand il te verra aux flammes de la rampe, rœil émérillonné par le rouge et la poudre, la taille cambrée sous un corsage chatoyant de bijoux, la jambe bien dégagée, chaussée d'un joli bas de soie. — Il tournera à la béte féroce, au vil chacal — et quand il entendra les abonnés de Forchestre, les vieux beaux et les jeunes gandins, coter tout cela dans la coulisse : Pbydrophobie la plus forcenée le mordra au cœur. Crises nerveuses, tapage nocturne, soufflets, rupture, désespoir et misère, tel sera le programme de sa vie privée... d'agrément.

Modèle d'atelier et au point de vue purement artistique, tu es vraiment belle; — mais le type de ta figure trop sévère et trop accusé à la ville^ sera splendide à la scène. Comme statuaire, tu as la gorge trop haute et les hanches trop développées pour la finesse de ta taille : au théâtre, tes épaules seront citées, et les andalouses les plus désinvoltées avaleront de dépit leur éventail jusqu'au manche. — Bref, je te respecterai toujours comme académie^ mais je ne laisserais peutêtre pas le manteau de Joseph entre les mains de la comédienne iElia. — A propos, as-^u de la voix?

—Je ne sais pas.:. Qu'est-ce que vous entendez par de la voix?

- Chantes-tu?

10 'JEAN QUI PLEUB£

— Oui , quand ça m'amuse... mais vous avez dû tous en apercevoir, depuis le temps que je viens à Tatelier.

—Je n'y ai pas pris garde... Voyons un peu, je parie que tu chantes de la gorge.

Le disciple de Raphaël, après avoir déposé sur son tabouret la boite de pastels qu'il tenait sur ses genoux, se leva, ouvrit un piano placé dans un des angles de râtelier, et plaqua trois ou quatre accords vigoureux.

La conversation précédente, tout en servant d'exposition à l'auteur, ne laisse pas que d'être assez vague pour le lecteur, fixé seulement sur les deux points suivants : que la scène se passe dans un atelier, et que mademoiselle iElia pose devant le peintre Jean.

Jean Revel s'étant chargé, pour nous, d'ébaucher le portrait de son modèle, nous allons essayer de lui rendre le même service,

Jean Revel, le héros de cette histoire, avait vingthuit ans, il était blond, il... Allons, je crois vraiment que je ferai fausse route en débutant ainsi.

Les bonnes grosses faces de bourguemesfres avinés, qu'Adrien Brawer peipait sur les murs des cabarets de Harlem : les têtes rondes et embéguinées des commères, sortant des toiles de Rembrandt, n'ont que faire de cadres émaillés et dorés.

Le signalement placé en marge du passeport, que notre artiste avait pris peu de jours avant que nous

ayons fait sa connaissance , sera par sa sécheresse et son laconisme^ une excellente épreuve photographique pour le lecteur:

Taille d^un mètre 71 centimètres, cA^etu; blonds, abondants, front haut, sourcils bruns, ymc bleus gris, nez droit, bouche moyenne, harbe blonde, merUoth rond, mage ovale, teint ordinaire, Signes particuliers » — * .

L'ateher du peintre Jean Revel, situé au troisième étage d'une maison de la rue de Berlin , avait vue sur 'es jardins d*un hôtel.

L'ameublement, d'une simplicité de bon goût, et complètement dégagé de tout cet attirail de plâtras, d'ébauches, de chevalets, d'armes, de carton — pierre, de potiches ébréchées et de toiles crevées ; qui encombrent d'ordinaire les ateliers, visait plutôt au salon artistique.

Un mo&lleux tapis de haute laine, à grands bouquets, et un joli papier lilas-perle, s'harmonisaient avec les rideaux et les portières de damas rouge.

De bons portraits au pastel, somptueusement encadrés, suspendus au milieu des panneaux, servaient comme de montre au jeune peintre, qui avait apporté dans l'exécution de ces portraits un soin tout particulier. .

Le velours bleu, le satin blanc, la martre zibeline, l'hermine, et toutesles pierres précieuses de l'univers, ondulaient et chatoyaient sur les épaules, et dans les cheveux blonds ou bruns de cette galerie féminine ; au milieu de laquelle mademoiselle iElia, en amazone de drap noir, cravatée de soie orange, caracolait sur un alezan brûlé, dans un parc vert tendre (toile de 2 mètres 20 centimètres, comme l'on dit en style de Catalogue). Le tout à l'admiration des grandes dames qui venaient poser dans l'atelier de Jean Revel.

Cette exhibition pernianente donnait au pastelliste des résultats surprenants. Telle marquise, encore irrésolue, se' décidait bravement à prendre séance, ravie de trouver une aussi bonne occasion de laisser à la postérité lé fac-similé de ses rivières, et de ses cachemires indiens. Telle comédienne en renom, envoyait chez Jean Revel, le costume complet de son rôle favori : comptant avec raison que les crayons du consciencieux pastelliste reproduiraient avec la plus scrupuleuse exactitude les moindres détails de son harnachement dramatique.

ET JEAN QUI RIT iS

Ne vous hâtez pas de classer notre ami, parmi les portraitistes en bois^ à vingt-cinq francs, sans les mains.

Jean Revel avait du talent, beaucoup de talent, - mais il connaissait son monde, et savait fort bien que, dans le genre qu'il avait pris, le gracieux, Télégant et le riche ont seuls le don de plaire.

Un dernier détail complétera ce tableau dMntérieur : m collection de chaises, de fauteuils et de tabourets, de styles renaissance ou Pompadour, s'alignait contre les murailles.

Ces meubles disparates, mais confortables, servaient i Jean Revel de mannequins pour ses portraits assis.

La bourgeoisie financière insistant généralement 'pour siéger sur des bergères dorées, à médaillon» de tapisserie vert-chou : Jean avait fait de véritables folies dans ce genre d'ameublement.

Maintenant, que nous avons fait plus ample connaissance avec les êtres et les choses de cet intérieur, reprenons la conversation là où nous l'avons laissée.

- Eh bien I pour quand ? dit le jeune homme en se retournant vers mademoiselle ^Elia qui se tenait deioul à sa droite.

•^ Un instant donc, je cherche une chanson.

•^Cherche... Eh bien?

"-Eh bien J je ne sais rien, moi .. d'abord le piano

ïûe gêne.

— Je n^ai pas besoin que ta me chantes le Prophète ou les Huguenots... dis-moi la première chose venue.

— Mademoiselle ^Elia toussa légèrement et chevrota les premiers vers d'une ronde chantée dans un mélodrame du Boulevard du temple.

— Oh, non I non, pas çà, cria Jean Revel en se prenant la tête dans les mains, et en s'accoudant sur le clavier; pas çà... C'est bien assez d'entendre hurler la prose de l'illustre M. Dennery sur toutes les boutiques dramatiques de Paris; sans être encore scié à domicile avec ses poésies de mirliton. Te souviens- tu de la chanson de Fortunio que tu m'as entendu chanter?

— Oui.

— Allons-y gaiement, dit-il en jouant la ritournelle de l'air.

Les lèvres d'^Elia s'entrouvirent, et une admirable voix de mezzo-soprano, sonore et vibrante comme un timbre de cristal, fit résonner dans l'ateher les gentilles strophes d'Alfred de Musset :

Si vous croyez que je vais dire

Qui fose aimer ; ^

Je ne saurais, pour un empire,

Vous la nommer.

Nous allons chanter à la ronde,

Si vous voulez,

Que je Vadore et qu'elle est blonde Comme les blés.

-- TrëS'bien!... très-bien I... le second couplet, maintenanl, et Jean, releva sor la chanteuse un regard doux et affectueux.

La belle tête de la juive était calme et souriante, et les angles de sa jolie bouche se relevaient gracieusement en laissant échapper les notes, comme les perles d'an collier brisé. C'était une admirable voix de poitrine large et puissante, qui s'élançait de ses lèvres... Cette voix qui j^art du cœur, et laisse rayonner sur le Tisage tous les sentiments humains, sans le faire jamais grimacer.

— iElia, cria Jean enthousiasmé.,, jeté défends,., ta entends bien, je te défends de poser cinq minutes dans un atelier à présent... tu as vingt mille livres de

rentes dans la voix, ma bonne fille.

— Quelle folie I

— Parole d'honneur I rentre chez toi, mets M. Paul à la porte pour le remercier de ses conseils... ou plutôt non, garde-le encore quelque temps; et reviens demain à midi, je te conduirai chez Gabriac qui te donnera des leçons gratis pour le présent, et te fera débuter dans un an. — Surtout ne fais pas la sottise d'entrer au Conservatoire, vas, tu es trop jolie pour cela... Et Jean, après avoir fait deux ou trois tours dans l'atelier, s'arrêta devant le portrait qu'il venait de terminer.

— Sais-tu bien que ce portrait sera curieux un jour.

— Pourquoi cela ?

t6 ^ JEAN QUI PLEUIUS

— Quand on saura que la cantatrice iElia a posé pour les mains de la vicomtesse de Mauverney.

— Il y aura une chose plus curieuse, ailez^ monsieur Jean.

— Quelle chose ?

— Et qui se vendra mieux encore... les éludes qui ont été faites d'après moi à Técole, et dans les ateliers.

— Ah diantre! fit le peintre en tordant sa moustache, oui, cela s'enlèvera bien, mais ce sera un peu trop déshabillé pour la circonstance. — Dis-donc, si tu as besoin d'argent, dis-le, j'ai reçu cinq cents francs ce matin... nous avons dix-huit séances à trois francs, et cinq à quatre, ce qui fait... voyons un peu...

— Soixante-quatorze francs, dit vivement ^lia en mettant ses gants.

— Tu es ferrée sur les mathématiques, toi .. Après cela, tu ne serais pas de ta tribu, s'il en était autrement.

Jean ouvrit un petit secrétaire en bois de rose, et prit dans un tiroir l'argent qu'il remit au modèle.

. — Maintenant, adieu, et à demain ; au fait non, ne viens que jeudi, nous serons plus certains de trouver Gabriac.

—Comme cela, c'est sérieux?

—Est-ce queje plaisante jamais avec ces choses-là... Dis donc, quand tu seras comédienne, je me recommande à toi... sois bonne fille.

—Nous verrons, dit iElia, en tendant la main à l'artiste.

Jean attira la jolie fille vers lui, et déposa sur ses Joues yeloutées deux baisers retentissants.

Un double cri vibra dans l'atelier.

—Tiens, c'est Olivia t s'écria Jean en allant au devant d'une petite femme brune, maigre et sèche, qui de sa main droite froissait avec rage la portière de la porte d'entrée ; tout en battant une tarentelle frénétique du talon de sa bottine gauche.

—Voyons, entre donc, Olivia.

L'Espagnole (le titre de ce chapitre nous permet de lui donner ce nom sans autre préambule) l'Espagnole resta immobile, silencieuse et pâle, comme la statue de son compatriote, le commandeur Gomez de Silva... Ses yeux noirs, cloués sur iElia, avaient la fixité et l'éclat des prunelles d'une jeune panthère.

Ma, remise de sa première frayeur, comprit tout de suite la pensée de la jeune femme, et se fit une véritable joie de retourner le poignard sur lequel elle venait de s'enferrer, en laissant tomber ces trois mots prononcés .à mi-voix :

—A jeudi... adieu.

Après quoi la juive salua le peintre en souriant, et se dirigea vers la porte en marchant avec la légèreté d'tine chatte qui s'approche d'un do^ie malfamé; elle

n'était plus qu'à trois pas de sa dvale ; lorsque celte dernière porta rapidement la main sous son châle comme pour y prendre un objet caché.

i£lia ne se sentit point le courage d'avancer.

— Qu'est-ce que c'est que ces manières là, cria Jean Rerel en faisant pirouetter mademoiselle Olivia au milieu de l'atelier, et en offrant le bras au modèle.

— Ces manières là, glapit mademoiselle Olivia avec un petit accent basque, strident comme une crécelle : ces manières là, sont celles d'une femme qui apprendra à cette drôlesse ce qu'il en coûte, de soufQer un amant à Olivia, l'Espagnole.

Jean haussa les épaules sans répondre, et reconduisit iËlia jusqu'à la porte de l'escalier.

—Allons, fit la future Malibran en faisant une petite grimace dé^Jaigneuse, si j'ai \a gorge trop haute, mademoiselle Olivia a la voix trop pointue... Elle n'est pas jolie, votre maltresse, mais elle rachète largement ses imperfections physiques, par l'amabilité de son caractère.

La juive achevait à peine cette réOexion malveillante, qu'un bruit de porcelaine cassée retentit dans Tatelier .

iElia partit d'un éclat de rire étouffé et descendit rapidement l'escalier, pendant que Jean se précipitait dans son atelier.

Olivia, sans chàle et sans chapeau, piétinait avec rage sur les débris d'un superbe plat du Japon.

— Bravo I bravil brava I cria le peintre en se laissant tomber dans un fauteuil; c'est moi qui la trouve drôle, celle-là; j'avais acheté cette chinoiserie pour toi, ma douce amie, c'est vingt sols de commissionnaire que tu m'économises.

—Vous êtes un infâme I exclama Olivia en venant se poser à deux pas de son amant.

— Après ?

—Vous êtes un lâche!

—Olivia, deux mots de plus et je décroche les épées de combat I

— Cette fille est votre maîtresse?

— iËlia, ma maltresse, mon modèle...

—Votre modèle... le modèle de tous ceux qui en veulent... une juive I — Ohl tenez, vous me dégoûtez, à présent.

—Olivia, je te donne ma parole d'honneur que tu le trompes... iElia est une bonne fille, sans conséquence, je l'ai embrassée aujourd'hui pour la première fois; j'ai été un peu léger j'en conviens, mais...

—Du moment où vous me demandez pardon de vos torts, je me tais : mais que je ne retrouve plus cette coquine ici.

— Eh bien, et qu'est-ce qui me posera mes bonnes femmes.

tO JBAll QUI PLEURE

— Moi.

—Toi?

— Oui, moi, dit résolument Olivia en appuyant sur le mot, de la voix et du geste.

— Ah i fit Jean en se mordant les lèyres pour ne pas

éclater de rire, et avec qpioi?

— Avec tout.

Mademoiselle Olivia mit tant d'assurance et de conviction dans cette singnlière réponse, que le pauvre garçon ne put tenir plus longtemps son sérieux.

L'Espagnole, exaspérée pSir cette galté intempestive, jeta son châle sur ses épaules et reprit son chapeau.

— Adieu, ilit-elle d'une voix caverneuse, vous aurez bientôt de mes nouvelles , monsieur Jean Revel.

— Olivia, voyons, pas de mauvaises plaisanteries. — Ôh I tout n'est pas fini entre nous, allez.

— Ah! cela devient fatigant, à la fin, dit Jean en se levant, et en allant s'asseoir sur le tabouret du piano. Je t'ai donné toutes les explications possibles ; je t'ai fait un serment que je ne prodigue guère, tu le sais. Qu'est-ce que tu veux de plus ?

— Je veux... je ne veux rien.

—Je vais te le dire, moi... tu veux m'énnuyer à ïure et à la carte .. tu veux, de bonne fille que tu

ET JEAN QUI RIT {f

étais il y a nn mois, devenir insupportable. Ta veux m'accaparer, m'empailler, me momifier, et quand je serai bien encroûté dans mon rôle de Léandre, bien sentimental, bien triste, bien béte ; tu me mettras un beau soir à la porte de ton cœur^ et de ton boudoir poar avoir le plaisir de dire à tes petites camarades : I Ce pauvre Jean Revel, il me fait vraiment de la peine, ce garçon-là est inconsolable, que voulez-vous, j'en aime un autre qui ne m^aime pas, hélas I c'est toujours comme cela. » Eh bien 1 moi, je ne veux pas me brouiller avec tous mes amis, je ne veux pas m*exposer à perdre ma clientelle par les violences intolé* râbles et les folles algarades d'une fenmie impossible. -Enfin je ne veux plus... écoute-moi bien, je ne veux plus de cette existence que je mène depuis quelque temps... j'ai perdu la voix et le rire ; je soubresaute sur ma chaise à chaque coup de sonnette; le bruit d'une clef tournant dans une serrure me donne des frissons dans le dos; je rêve poison et poignard, je vois du vitriol dans tes flacons. —Bref, je suis fatigué de cette Tie là.

Nous ne nous devons rien... tu.es libre, je suis libre, séparons-nous bons amis... prends le chemin de traverse, je couperai par les bois

--Cela suflSt, interrompit mademoiselle Olivia; si vous êtes fatigué de moi, je la suis autant que vous... de vous. — Je suis encore assez jeune et assez jolie, trouver un autre amant. Tenez, voioi votre clef.

— Merci, fit Jean en allant ramasser la clef qu'elle venait de lancer à l'autre bout de l'atelier.

—Maintenant, rendez-moi mes lettres, je vous renverrai les vôtres par Fanny.

— Vos lettres... vos lettres, j'ai allumé mes cigares avec.

— C'est digne de vous.

— Olivia, ma chère, votre libretto devient monotone, je vais essayer de le mettre en musique, pour voir un peu qu'elle tournure il aura : et Jean, pivotant sur son tabouret, se mit à jouer sur les basses^ avec une énergie farouche.

— Entrée du traître : do, do dièze, ré, ré dièze, do, fa, fa, sol, sol dièze, sol, sol, do.

Mademoiselle Olivia s'élança hors de l'atelier en fermant la porte à la briser.'

— Bon vent I cria Jean de toute la force de ses poumons.—Allons, la journée n'a^pas été trop mauvaise. C'est de Brannes qui sera un peu étonné quand je lui dirai que j'ai rompu avec Olivia... si j'allais le voir... j'ai bien envie d'aller... je vais-y aller.

Et Revel, se dépouillant de sa vareu8e,passa dans sa chambre à coucher, attenant à Tatelier, et s'habilla à la hâte.

— Il n'y a pas de lettres pour moi, mère Pâturai, util en entrouvrant la porte de la loge de la coneierge.

BT OSAN QUI RIT 23

— n D'y a pas de lettres, mais il y a une carte pour TOUS, monsieur Jean.

—Donnez.

— OosMonc qn'tas fourré la carte de cUe dame,

p'tiote?

— Ahl c^est une dame.

—Avec sa demoiselle, un beau brin d'fille.

— ... J'étais chez moi, pourquoi n'avez-vous pas aissé monter?

—Faites excuse, monsieur Jean, comme ça ma eu Pair de gens de la haute ; et qui avait là-haut du sesqae pas trop... enfin, tous savez... j'ai dit que vous étiez sorti... T'nez, v'ià la carte... faudra aller à c'tadresse-U ; c'est pour un portrait à c'qua l'a dit.

—Madame Mathiide Dargis, rue deCastellane, n» 19, lut Jean Revel sur le carton glacé.

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