‹ Jean qui pleure et Jean qui ritChapitre 3 sur 32 · A ROBINSON · texte numérisé non relu

A ROBINSON

Jean Revel entra chez son ami, comme ce dernier se disposait à sortir.

^Je suis charmé de vous voir, mon cher Revel, ^it M. de Brannes en serrant la main de l'artiste : j'allais passer chez vous, pour vous prier de venir avec lûoi à la campagne diner au cabaret. Langeais m'a prô- ^ son américaine, qui est en bas, venez.

— Et où allons-nous ?

-A Fontenay-aux-Roses. Langeais a dû partir hier pour l'Angleterre, vous savez, toujours pour sa grande

affaire de coton filé... il sera absent tout l^été, et comme il m^a offert de me sous-louer sa campagne ; je ne serai pas fâché de voir si c'est convenable. — La maison touche aux bois d'Aulnay ; comme situation, ce doit être adorable, mais vous le savez^ j'ai horreur des intérieurs par trop rustiques... Cela fait, nous trouverons bien quelque gargotte dans les environs.

— Parbleu, nous trouverons le père Gueusquin, à Robinson.

— Qu'est-ce que c'est que ça?

— Ça, c'est le calque en grand de la Chaumière au bon temps, et de feu Vile d'Amour. C'est la nouvelle colonie dgs amours effarouchés du bois de Romainville.

—La grisette est morte I

— Allons donc^ ce sont les romanciers et les vaudevillistes qui disent cela. La grisette a émigré comme les hirondelles en hiver, voilà tout. Je vous montrerai son nid sur le marronnier phénomène de Robinson... C'est aujourd'hui jeudi, nous trouverons joyeuse société.

—r Diable! votre programme est engageant.

Les deux jeunes gens montèrent dans la légère voiture ; de Brannes prit les guides et toucha le cheval qui partit au grand trot.

Une heure après, les deux amis laissaient sur leur

droite Pétang dn Plessis-Piquet, et s'engageaient sur la route d'Aulnay.

Nous ne procéderons pas, à l'égard de M. de Brannes, comme nous Tavons fait pour le peintre Jean Revel, par une esquisse rapide et lâchée du personnage.

Jean de Brannes était une de ces natures froides et concentrées ; une de ces individualités sur lesquelles on ne peut établir un jugement sérieux, qu'après une patiente étude psychologique.

Plus âgé de deux ou trois ans que son ami : de Brannea était grand et élancé, sa flgure régulière avait rimmobilité et la pâleur du marbre, ses yeux brunsfoncés étaient doux et ternes, sans que jamais un éclair de joie, de colère ou une expression de tristesse vint s'y refléter.

Sa peau, fine et douce comme celle d'une femme, Délaissait poindre qu'une Barbe rare et grêle, qu'il rasait entièrement. Ses cheveux d'un noir-bleu, bien fournis, mais plats et luisants se séparaient en deux parties égales sur le milieu de sa tête, pour retomber le long des tempes.

Des mains longues, blanches et veinées, un pied d'une petitesse remarquable, — tel était l'ensemble de ce portrait.

Descendant d'une grande famille d'Auvergne, la race perçait encore chez lui, malgré les nombreuses mésalliances de ses derniers ancêtres^

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De Brannes n'avait plus qu'une sœur, son aînée, mariée à on employé supérieur da ministère de la ma* rine ; et un rieil onde infirme, dont ils deyaient partager rhéritage.

Or, au dire des notaires et fermiers des environs de Qennont, cet héritage devait donner environ trente mille livres de rentes, à chacun des deux héritiers.

A la mort de sa mère, de Brannes avait touché cinq cent mille francs, qui lui permirent de mener Pexis-* tence d'élégance et de plaisir, après laquelle il agirait depuis son enfance.

Deux cent mille francs se fondirent en trois ans, dans les coulisses de l'Opéra, dans les salons du café Anglais, et dans les écuries des plus célèbres entraîneurs des Champs Etysées... L'oncle Antoine de Brannes, condamné par tous les médecins, s'était mis à la graine de moutarde blanche, qui avait opéré une véritable résurrection

De Brannes comprit que, du train dont marchaient les choses, il ne lui resterait plus dans quelques mois, qu'un petit écu pour louer le pistolet du désespoir.

Les chevaux, les laquais, les maîtresses et les chieps, se fondirent comme la glace au soleil.

Trop fier, pour avouer hautement la véritable cause de cette réforme générale, de Brannes prit le prétexte d'un amour vertueux et bourgeois.

Il lui restait un joli mobilier, toutes ses dettes étaient

payées : une voilure de déménagement arriva une belle nuit devant la porte de son ancien domicile, et à sept heures du matin, à l'heure où Paris élégant dort les rideaux bien clos ; il ne restait plus que les murs, des cendres et de vieux clous, dans les salons déserts du viveur.

De Brannes avait loué un petit appartement dans un hôtel de la rue du Bac, hôtel habité par un seul locataire.

Un dernier trait de caractère achèvera de mettre en lumière notre personnage.

Pour soutenir son ancienne élégance, de Brannes sacriGait son estomac, à la pureté de ses gants, et à la finesse de son linge et de sa chaussure.

Son dîner, qu'il prenait ordinairement chez Desmareg, ne se composait que d'un consommé et d'une côtelette à la Soubise, arrosée d'une carafe d'eau claire. Quand le garçon lui apportait l'addition, il ouvrait un porte-monnaie rempU d'or, et jetait un louis sur la nappe.

Le garçon lui rapportait dix-sept oij dix-huit francs de monnaie : de Brannes laissait dix sols sur la table, et sortait fièrement sans saluer la dame de comptoir.

Pour le même prix il eut dîné dans une bonne table d'hôte, mais cela eût manqué de genre.

Quant aux maltresses , l'astre de Jean de Brannes avait considérablement pâli. Des espaliers en fleurs

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de rOpéra , il était tombé dans les plates-4)andes des Folies-Dramatiques et des Délassements.

n s^était fait one sorte de clientèle parmi les jeanes premières et les ingénuités comiques de ces deux établissements. Ne sortant presque jamais dans la journée, il recevait ces dames, faisait payer leur voiture par son domestique , et les commanditait d'un louis ou deux à Foccasion.

Jean de Brames ne mettait jamais les pieds chez ses clientes.

Les clientes de Jean de Brannes rappelaient le vicomte.

C'était par une de ces clientes, que Jean de Brannes avait connu le peintre Jean Revel ; et qu'il était allé dans son atelier pour voir certain portrait dont Toriginal Ini était cher.

Jean de Brannes aimait la musique, la peinture, et la chasse.

Jean Revel était bon musicien , bon peintre, et grand chasseur.

Trois raisons plus que suffisantes pour que les deux jeunes gens ne tardassent pas à se lier étroitement.

Par son inaltérable gaieté et son étincelante philosophie, Jean Revel amusait Jean de Brannes, et le consolait de ses déceptions passées. Quand le fiel remontait du fond de sa coupe, il la couronnait de roses , et la remplissait d'insouciance et d'oubli.

La pâle et austère figure de Jean de Brannes , son réalisme désespérant et sa profonde connaissance de la société parisienne, .calmaient les aspirations par trop généreuses du peintre , et le tenaient en garde contre lui-môme.

Un lien invisible unissait ces deux natures si disparates, si incompatibles ; mais qui semblables à certaines pierres précieuses, se frottaient l'une contre l'autre sans se briser, ni s'user...

La maison de campagne de Langeais était dans une situation charmante. Construite en pierre noire et en briques comme les maisons espagnoles du seizième siècle , elle était enfouie sous une ombreuse châtaigneraie , et encadrée de lierres , de clématites et de roses trémières.

L'intérieur répondait à l'extérieur ; le mobilier, de style Louis XV et Louis XVI, était élégant et confortable.

— Tenez, mon brave, voilà dix francs pour vous, dit de Brannes en s'adressant au vieux concierge qui leur avait fait visiter le jardin et la maison; vous pouvez retirer l'écriteau de la grille; j'écrirai ce soir à Langeais que j'accepte les conditions du bail.

— Bien , Monsieur.

— Si vous m'en croyez , mon ami, dit Jean Revel , nous laisserons la voiture ici, et retournerons à pied à Robinson : le domestique viendra nous y prendre à huit heures.

— Vous entendez , Georges.

Un quart-d'heure après , nos deux personnages faisaient la carte de leur dîner, sous un des berceaux de Robinson.

Que nos lecteurs ne voient pas dans les lignes suivantes une réclame pour rétablissement du bois d'Aulnay, mais seulement un aperçu géographique du lieu.

En apportant ses fourneaux et ses casseroles à Aulnay , le fondateur de Robinson n'a pas eu besoin de faire de grands frais d'imagination, pour Tornementation de son restaurant.

La nature s'est chargée de la partie la plus pittoresque du décor.

Du milieu d'une verte châtaigneraie en amphithéâtre, parsemée de cabanes rustiques, de hangars et de parasols de chaume : s'élance un gigantesque châtaignier, trois fois centenaire.

Un escalier de bois, cercle le tronc de ce burgrave, et monte en spirale jusqu'à sa cime.

Deux maisonnettes, étagées sur ses branches vigoureuses , et enfouies sous la fouillée , comme des nids d'oiseaux , servent de salle à manger et de cabinets de société aux consommateurs.

Un système de poulies, de cordes et de panîei-s, permet aux garçons de servir les indigènes, perchés au

premier et au second étage; et de leur hisser leur pâture comme on hisse une voile.

Vingt personnes peuvent dîner, en même temps, dans l'arbre de Robinson.

Eh bien I malgré le précepte de TÉvangile :ily aura beaucoup d'appelés , et peu d'élus , précepte que l'on devrait écrire sur la porte de Robinson; deux ou trois cents familles partent chaque dimanche de Paris ^ dans Tunique espoir de festoyer à cinquante pieds au-dessus de notre planète.

De Brannes et Revel auraient eu grand plaisir à dîner dans le célèbre châtaignier, mais toutes les tables étant occupées, ou retenues pour longtemps, ils s'étaient décidés à se faire servir sous une tonnelle.

En face d'eux, et sous un immense parasol de paille construit sur un tronc d'arbre : deux commis de magasin et trois grisettes, dévoraient une pyramide de côtelettes aux cornichons, et dégustaient le petit vin du cru.

Le loustic de la société , grand et solide gaillard aux épaules carrées , à la figure plate et commune; jouait au garçon de restaurant, et allait chercher à la cuisine les plats , et les bouteilles du festin.

La serviette attachée en guise de tablier, et le mouchoir qu^il avait roulé autour de sa tête en guise de bonnet de coton, pour jouer son personnage ; étaient pour «a société une source intarissable de jeux de mots , et d'éclats de rire bruyants.

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Les troisgriseUesétaient jeunes et jolies ; Tune d'elles avait une petite physionomie éveillée et résolue , qui amusait infiniment de Brannes. Ce devait être, au juger, la maîtresse du garçon improvisé.

Les deux jeunes gens pouvaient entendre la conversation de leurs voisins : leurs voisins ne devaient pas perdre une seule de leurs paroles.

Pendant tout le temps que dura le dîner, de Brannes profita des absences prolongées du commis , poiIr lancer à la grisette des œillades assassines, et de petits sourires protecteurs , auxquels la jeune fille répondait franchement.

Ce man^e se faisait si adroitement , que Revel ne s'apercevait de rien. La conversation décousue de son ami rétonnait bien un peu, mais il était à cent lieues de se douter de Teffet qu'elle produisait sur sa jolie voisine. De Brannes ne parlait qae par vingt mille livres de rentes , et abusait singulièrement du pronom possessif mon.

Mon cheval , mon domestique , mon appartement de la rue du Bac.

Revel lui raconta sa rupture avec Olivia , et tout en suivant son intrigue naissante, de Brannes approuva complètement ce coup d'état.

• Que voulez-vous, mon cher ami, dit Tartiste eu riant , je lui aurais peut être passé la scène de jalousie, qui après tout anime la conversation et fouette le sang ; mais cette pauvre Olivia tournait à la mélancolie , et à

la soa&ance résignée. Au diable , ma foi i on a bien le temps d^étre triste et de broyer du noir sar ses vieux

jours.

— De sorte que vous voilà garçon , maintenant.

— Et j'en suis charmé I

— Et bien I mon cher Revel, reprit de Brannes en élevant la voix, je suis dans la même situation que Yous.., j'ai rompu il y a huit jours avec Emesline.

— Bahl

— Oui , elle usait trop largecient de la clef de ma caisse... je ne tiens pas à l'argent, vous lo savez, mais il n'y a pas de fortune qui résiste aux caprices d'une courtisane de celle trempè-là. Je lui ai envoyé hier un bracelet de chez Janisset , avec ma carte.

— Toujours grand genre... Dites donc, de Brannes, fille peintre à mi-voix, en tirant de sa poche son album qu'il posa sur la table, retournez votre chaise et effacezvous un peu.

— Ces Messieurs prendront-ils du café? cria 1^ garçon en passant.

— Oui , fit de Brannes , du café et des cigares. Pourquoi me demandez-vous de changer de place, Revel?

— Parce que je prendrai un croquis de cette jolie fille qui est à quatre pas de notre table , et Revel coutinua., tout en taillant son crayon avec soin...

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arec qadqiles {naqures dans les cheveux , cela me fera une bacchante adorable.

— Oui , oni , c'est une excellente idée , dit de Brannés, et je yoas achète d'aTance ce chef-d'œuvre.

— Allons donc, est-ce que je fais du commerce avec mes amis ; je vous le donnerai s^il vient bien , cela ne vous coûtera qu'un remerciment , un cadre et une glace; et Revely après avoir allumé un cigare et humé quelques gorgées de café, commença à esquisser la tête de la grisette.

Un quart-d'heure lui suffit pour achever son ébauche.

Comme il tendait Talbum à de Brannes, ces mots, prononcés d'un ton de menace, partirent de là table voisine :

— Voilà un monsieur auquel je vais envoyer une bouteille par le nez tout-à-l'heure.

— Diantre! c'est vif, dit Revel en relevant la tête pour voir à qui s'adressait cette menace.

Le garçon d'emprunt, debout devant sa place, toisait do Brannes avec colère.

De Brannes , aussi pâle que les feuillets de Talbum qu'il tenait ouvert èc la main , fixait sur son adversaire un regard alône et glacial : une grimace de dégoût ou de pitié crispait ses lèvres.

— Qu'est-ce que c'est? murmura Revel en s'adressant à son ami.

— Ce n'est rien... ce monsieur qui, fatigué du service qu'il vient de faire , a trouvé une manière plus cxpédillve de desservir sa table.

— Qu'est-ce que vous dites, vous? cria le commis, en se dégageant brutalement des bras de la grisette qui cherchait à le retenir.

— C'est à nous que vous parlez, Fami? dit firoidement Jean Revel en se levant.

— Avons, comme à lui, si ça vous arrange.

— Ça m'arrange, répliqua Revel.

— Laissez donc, mon cher, reprit d'e Brannes en tirant son ami par la basque de son habit.

— Pas avant que je sache ce que désire Monsieur.

— Je ne veux pas qu'il regarde ma maîtresse dans le blanc des yeux, comnae il le fait depuis une heure. Comprenez-vous ?

— Parfaitement, Monsieur; je ne vous deniandais pas le secret de vos amours, mais puisque vous voulez bien me donner cette preuve de confiance , je ne serai pas être en reste d'indiscrétion avec vous.

Nous avons des yeux pour voir : or comme ces dames sont charmantes, nous usons de notre privilège.

Quand on ne veut pas être vu , on s'enferme dans un cabinet particulier, et Ton tire les rideaux.

—C'est bon , ne faites pas tant le malin , interrompit le commis en haussant les épaules... et n'essayez p'

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de recommencer la même balançoire ; ou il y aura da verre cassé dnns Landerneaa.

— Garçon 1 cria Revel, en arrêtant an passage un des servitears do père Gueusqoin , ponr combien y ai-

il de vaisselle et de cristaux sur la table de ces Messieurs et sur la nôtre ?

— Dame , Monsieur, je ne sais pas au juste ^ moi , fit le garçon en riant bêtement, pour huit à dix francs.

— Tenez, voilà vingt francs, les morceaux seront pour vous avec le reste de la monnaie. Prenez la fuite, garçon, il n'est que temps... Maintenant, continua gaiement Revèl en enlevant d'une seule main le plateau chargé de tasses à café et de carafons de liqueurs : commencez le feu, messieurs les Anglais, nous sommes chargés.

Les trois grisettes poussèrent des cris aigus, en se faisant un bouclier de leurs serviettes.

Le commis , honteux et embarrassé , se laissa retomber sur sa chaise , et échangea quelques mots à voix basse avec son compagnon. Quelques minutes après, ils demandaient leur carte et quittaient brusquement Robinson.

— C'est voire diable de pince-nez qui oous a valu cette algarade, reprit Jean en s'adressantà deBrannes. Le pince-nez , c'est la bête noire du courtaud de boutique , voyez-vous.

— Il fallait laisser tomber cette sotte querelle et ne rien répondre à ce goujat.

— Oui, pour nous faire assommer... Vous croyez que ces gaillards-là procèdentpar voie de cartel , comme les tenants de vos filles d'opéra ?. . . Quand on veut se frotter à la grisetie en puissance d'amant, il faut boxer comme un Irlandais, ou filer doux.

De Brannes fit un geste d'impatience.

— Vous aviez tout l'air de prendre ce dernier parti tout à l'heure , mon cher.. . continua Revel; je ne vous en veux pas pour cela ; mais une autre fois ne jouez plus sur cette corde-là , il faut savoir en pincer, voyezvous.

Et, joignant l'exemple au précepte , il enleva à la force du poignet une des chaises du jardin et la tint, pendant une minute ou deux , dans la position horizontale.

— Ah! voilà Georges qui nous cherche, partons, il se fait tard , dit de Brannes en se levant.

— Laissez-moi conduire, je connais la route, fit le peintre en prenant la place de droite sur le siège de la voiture.

— Volontiers.

— Hop ! cria Revel en faisant siiDer dans l'air la mèche de son fouet.

Le cheval partit au galop.

— Vous nous menez un train de poste , observa de Brannes , et par cette obscurité je n'aurais pas cette assurance et ce coup d'œil.

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— Là 5 mon coco, soufflez un peu maintenant, fit le peintre en rendant la main au cheval qui venait de tourner l'angle delà roule du Plessis-Piquet.

Un bruit sec et clair vibra contre un des panneaux de la voiture.

• — Qu'est-ce que c'est , Georges ! fil de Brannes en se retournant.

— Je crois que c'est une pierre que l'on vient de nous lancer.

-— Une pierre, dit Jean en sondant du regard l'obscurité de la route... bast, quelque ivrogne en gaieté.

Rcvel n'avait pas achevé sa phrase , qu'une énorme motte de terre frappait avec force l'angle du tablier, contre lequel elle se brisait en mille parcelles.

— Lancez le cheval au galop, cria de Brannes en s'emparant des guides.

— Ah I canaille , je t'ai vu , celte fois, cria Revel en sautant sur la route... Venez, Georges... venez.

Le domestique s'élança à son tour de son siège, et courut bravement après Revel pour le défendre , contre les misérables auteurs de cette lâche agression.

Le peintre, s'aidantdes pieds et des mains , grimpait comme un chat, sur le talus escarpé qui bordait le côté gauche de la route...

Georges allait prendre le même chemin et monter à l'assaut , lorsqu'une ombre se détacha d'un buisson à quelques pieds au-dessus de Revel.

Un gémissement douloureux s'exhala de la poitrine de l'artiste 5 et son corps tout sanglant roula au travers des branches et des ronces.

Le commis en madapolam venait de lui fendre la tête d'un coup de canne.

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