LE CHEMIN DES ARÛTES
Le lendemain soir, à neuf heures , le coupé de la pécheresse s'arrêtait devant la porte du vicomte.
Lachesnay et Berthe, ne devaient arriver qu'à dix heures.
Le pr<emier , empêché par la petite Bourse du passage de l'Opéra : la seconde, par une figuration hors toup, dans une féerie de la fabrique Glairville.
Quand Georges annonça Gervaise , de Brannes était seul au salon.
La pécheresse portait une toilette si simple y et en même temps si distinguée, que la femme du monde la plus difficile n'y eut rien trouvé à reprendre.
De Brannes ne pût s'empêcher de complimenter son ex-cliente sur cette transformation.
— Oui, dit Gervaise d'un ton dégagé, je n'ai pas voulu effrayer cette petite, par une toilette de combat. Du reste, mon cher, tes étonnements sont vraiment par trop naïfs.
Tu devrais savoir que ce qui distingue les fils, d'épiciers, des demoiselles de fruitières; c'est que les premiers n'arrivent jamais à désencanailler leurs grosses mains bétes, tandis que les secondes peuvent toujours jouer à la fejnme conmie il faut.
— C'est juste.
— Elle met donc des robes lamées d'or, ta maltresse, qu'elle est si longue à sa toilette.
— Elle a dîné ce soir chez sa sœur, voilà pourquoi elle se fait attendre.
— Fume-t-on, ici? demanda la courtisane en tirant de sa poche une petite blague à tabac, véritable merveille de broderie et d'orfèverie. Ah ! la cigarette, c'est encore un héritage de mon pauvre Calderon.
— Veux-tu faire un tour de jardin, dit le vicomte en
poussant une porte qui ouvrait de plein pied dans le jardin.
— Volontiers, nous causerons mieux, et elle ajouta après un soupir exagéré, cela me rappellera de bien doux souvenirs.
Le couple s^éloigna en riant, et disparut bientôt dans l'ombre .
L'ordre d'arrivée des autres invités n'ayant aucune importance pour nous ; nous ne reprendrons ce chapitre qu'au moment où tous nos personnages sont en