‹ Jean Racine, traducteurChapitre 4 sur 6 · PHILÉMON · texte numérisé non relu

PHILÉMON

\'ne femme maistresse de son mary est vn grand mal.

Vn homme inconnu est bien heureux.

Le Laboureur est tousjours riche Tannée qui vient.

Tout est Esclave.

Il n'y a point de médecin qui souhaite que ses amis se portent tousjours bien, ni de soldat qui souhaitte que son pays soit en repos.

Vn homme qui ne dit rien à propos est vn g-rand causeur quand il ne diroit que deux syllabes. Mais vn homme qui dit tout a propos n'est jamais long^. Voyez Homère quoy qu'il ait fait tant de milliers de vers on ne dira jamais qu'Homère soit long.

l'HIMl'fMDE

Vous avez espousé une femme laide et riche. Dormez mal a vostre aise et mangez tout vostre soûl ( i).

ANTIPUONE

Tout le reste est vne sottise, il n'y a que l'or qui est solide. Il ne change jamais de couleur. Car, pour les Amis, ils sont en vérité de la couleur que la fortune les veut peindre.

Il) Racine avait d'abord écrit, puis il a biffé : Voas dormirez a vostre aise et mangerez ayec degoust.

La faim rend tout agréable, excepté elle mesme.

Ma maistresse, quiconque ne croit point aux sermens d'un homme qu'il n'a point surpris en parjure, a bien la mine d'auoir fait lui mesme quelque faux serment.

Il n'y a point de plus pesant fardeau qu'vne lemme qui apporte vne g^rande dot.

Grands Seigneurs. Tous les hommes sont faits comme les autres.

Il faut pleurer modérément les amis, ils ne sont pas morts, ils sont partis deuant nous pour aller au rendez vous ou nous allons tous.

Philoxene est vn Poëte excellent entre les Poëtes. Non seulement il se sert partout d'expressions propres et nouuelles. Mais il jette en tous ses ouurag'es vne diversité et vne infinité de peintures viues, comme vn Dieu pourroit faire entre les hommes. On pourroit dire qu'il possedoit véritablement la musique. Mais tout ce qu'on appelle Poètes aujourd'hui sont des ravaudeurs qui, ne parlant dans leurs poésies que de fûeillages, de fontaines, de fleurs, de ruisseaux et de pareilles vieilles phrases rebattues, ne font que retourner les vers des autres.

Vn homme qui perd la veuë a vne consolation dans son malheur, il ne verra plus de femme.

Tous les maux se donnent rendez-vous dans la vieillesse comme dans leur arsenal.

Nostre vie est véritablement semblable au vin. Quand il n'en reste plus gnere. le reste s'aigrit.

Que dites-vous ? vous vouiez que vostre affaire soit secrète et vous la confiez a vne femme. Vous feriez aussi l)ien de la dire en place publique par vn Héraut.

Braues. N'est-ce pas estre aux gages de la mort, que de s'aller faire tuer pour viure ?

La vieillesse est unazyle ou tous les maux se réfugient.

Nostre souper est vn pain bis, quelque plat de légumes, quelques champions, petits mets qu'un champ panure fournit a de panures gens comme nous. Mais au moins celte sorte de vie est exempte de fieure et de pituite.

Qu'esce viure? C'est boire (i). Voyez ces grands chesnes qui ont le pied dans vn ruisseau, comme ils deuiennent beaux et puissans .

Fanfaron. Vous sçauez mon humeur. Je suis bon homme a mes amis, mais si on m'irrite, je suis vn fer rouge, si je frappe, je suis vn foudre, j'aueugle comme vn esclair, j'emporte comme le vent, j'estrangle comme vne corde, je suis vn tremblement de terre pour faire sauter les maisons, etc. On

(■) Ici, d'une écriture du dix-neuvième siècle, que je n'ai. pu identifier, on lit : Qaid est vivere? Bibere. Quid esse? esse. l'ourles Gascons, c'est boire, pour les Italiens, c'est manger, pour les Français, c'est imiter : Etre, je suis, sequor.

n'a que dire, je me fais obéir, je tuë, je mets en justice. Aussi m'appelle-l-on vn foudre. Mais je me moque des brocards, je suis bon amy et je le suis d'effet plus que de parole.

Les paons estoient rares, on en a fait venir vne paire, il y en a maintenant plus que de cailles. Mais s'il y a vn homme de bien, il en produira cinq qui ne vaudront rien.

Car pour quelle autre chose voudrions nous estre riches plus que pour faire plaisir à nos amis, et pour semer le fruit le plus agréable qui soit au monde, qui est la reconnoissance. Car la volupté de boire et de manger est égale entre tous les hommes, et vn grand festin, des viandes exquises ne rassasient pas plus la faim que des viandes communes.

MNESIMAGHE

Sçauez VOUS a qui vous auez affaire ? A des hommes qui mangent des espées pointues, qui se nourrissent de poignards, qui pour entremets mangent des fricassées de restes de dards.

TIMOCLES

V'tilité de la Tragédie.

La Table. La mère nourrisse de la vie, l'Ennemie de la faim, la Gardienne de l'Amitié.

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