‹ Jean RichepinChapitre 7 sur 15 · AU JARDIN DE MON CŒUR · texte numérisé non relu

AU JARDIN DE MON CŒUR

Quand vos yeux amoureux ne me sont point moroses, Mon cœur est un jardin plein a" œillets et de roses.

Tout est joyeux, les fleurs, les couleurs, les odeurs, Les abeilles vibrant, les papillons rôdeurs.

Les moineaux, les pinsons, les linols, les me'sa;: Tous les oiseaux grisés chantent comme des anges.

Le jet d'eau, qui gazouille aussi doux que du miel, Semble un iris axant pour fleur un arc-eu-ciel.

Quand votre Majesté, madame, est satisfaite, Au jardin de mon cœur tout le monde est en fêle.

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Mais quand vos yeux se font cruels et mécontents, Adieu les fleurs et les oiseaux! Adieu printemps!

Les roses, les œillets, se fanent sur leur lige. Aucune abeille, aucun papillon n'y voltige.

Mésanges, et moineaux, et linots, et pinsons,

S'en vont loin de chc~ moi pour chanter leurs chansons.

Olanl son arc-en-ciel ainsi qu'on aie un masque, h- jet d'eau rauque et lourd sanglote dans sa vasque.

Tant que je n'ai pas vu vos regards adoucis, Mon cœur est un jardin tout planté de soucis.

Parfois pourtant le poète se souvient qu'à toutes les époques on a aimé; il se souvient que la beauté a toujours eu des autels, et dans son âme d'être épris, il évoque les belles mortes, celles que Praxitèle immortalisait par le marbre, celles qui, à Rome, étalaient sur les gradins du cirque leurs languissantes beautés, sous le regard inquiet des lutteurs samnites ou des chanteurs syriens; les belles châtelaines à la taille raide, dans de longs corsages, qui pâlissent sur la trame usée des tapisseries anciennes, et attendent toujours le preux chevalier qu'elles chantent aux accords aigus du rébec; les bergères poudrées que Wattcau fait danser sur l'herbe à jamais fleurie, au milieu de moutons enrubannés de bleu tendre, tandis que de beaux pâtres, vêtus de satin rose, leur jouent de galantes ritournelles sur la flûte champêtre. Mais ce ne sont là qu'artifices de langage, pour dire à son aimée en la prenant dans ses bras :

Ne sois pas jalouse, va !. . .

Celle que mou cœur rêva, C'est loi, ce n'est pas une autre.

Voilà qui est galant, on en conviendra, et obtenir la préférence sur de telles rivales, n'est-ce pas là de quoi donner autant d'amour que d'orgueil à une belle!

D'ailleurs, tout est gai, tout est charmant dans Floréal. Tandis que Feydeau veut élever à la splendeur de l'infini, la tendresse idéale de ses amoureux, Richepin donne un contour à ce qui est immatériel; il

applique un anthropomorphisme jovial à toutes les choses de là-haut ou d'ici-bas, et il ne souffre pas que Ton soit au-dessus de son amour. C'est à peine même s'il admet l'unisson. Cette disposition lui inspire alors de fous badinages, comme :

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