‹ Jean RivardChapitre 10 sur 37 · T^ PREMIÈRE VISITE A GRANDPRÉ · texte numérisé non relu

T^ PREMIÈRE VISITE A GRANDPRÉ

Cette visite à Grandprô était depuis plusieurs mois le rêve favori de Jean Rivard. La perspective de revoir bientôt, après une absence de plus de six mois, les êtres qu'il affectionnait le plus au monde, faisait palpiter son cœur des plus douces émotions.

Le soir du cinq avril, s'adressant à son compagnon : « Pierre, dit-il, ne songes-tu pas à faire tes <-PâqiIesr;>

—011 ! pour ça, oui, mon bourgeois, j'y ai pensé déjà plus d'une fois et j'y pense encore tous les jours.

Il est bien vrai que depuis six mois je n'ai guère eu l'occasion de fréquenter les auberges ni les mauvaises compagnies, et qu'il ne m'est pas arrivé souvent de médire ou parler mal de mon prochain ni de me quereller avec personne. C'est bien triste tout de môme de passer la quasimodo sans communier ; c'est la première fois qu'il arrivera à Pierre Gagnon d'être au nombre des renards. (*)

— Ça ne t'arrivera pas, mon Pierre, dit Jean Rivard ; nous allons partir ensemble, pas plus tard que demain ; toi, tu t'arrêteras au village de Lacasseville où tu trouveras une chapelle et un missionnaire catholiques. Tu y passeras deux ou trois jours, si tu veux, puis tu reviendras à Louiseville (c'est ainsi que Jean Rivard avait baptisé sa cabane et les environs de sa propriété.) Et moi, je poursuivrai ma route ; j'irai voir ma mère, mes frères, mes sœurs et le curé de ma paroisse.

— Ça me va, ça, tonnerre d'un nom ! s'écria Pierre Gagnon, dans un transport de joie.

Le lendemain, la neige qui restait encore sur le sol étant assez gelée pour porter un homme, les deux défricheurs partirent à pied sur la croûte (^), et en moins de trois heures ils eurent parcouru les trois lieues qui les séparaient des habitations ; après quoi Jean Rivard, donnant à son homme les instructions nécessaires, se fit conduire en voiture à Grandpré.

L'arrivée inattendue de Jean Rivard produisit.

(*) On appelle renards ceux qui passent le temps de Pâques sans communier.

(t) Mot canadien pour désigner la surface durcie de la neige.

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comme on le pense bien, une immense sensatioil dans sa famille. La bonne mère pleurait de joie ; les frères et sœurs ne cessaient d'embrasser leur frère aîné, de l'entourer, de le regarder, de l'interroger. On eût dit qu'il revenait de quelque expédition périlleuse chez des tribus barbares ou dans les glaces du pôle arctique. Il fallait voir aussi les démonstrations de joie, les serrements de mains, les félicitations de toutes sortes qu'il reçut de ses anciens voisins et camarades, en un mot, de toutes ses connaissances de Grandpré.

Nulle part l'esprit de fraternité n'existe d'une manière aussi touchante que dans les campagnes canadiennes éloignées des villes^ Là, toutes les classes sont en contact les unes a\''eb les autres ; la diversité de profession ou d'état n'y est pas, comme dans les villes, une barrière de séparation ; le riche y salue le pauvre qu'il rencontre sur son chemin, on mange à la même table, on se rend à l'église dans la même voiture. Là, ceux qui ne sont pas unis parles 'Tiens du sang le sont par ceux de la sympathie ou de la charité ; on y connaît toujours ceux qui sont malades, ceux qui sont infirmes, ceux qui éprouvent des infortunes comme ceux qui prospèrent; on se réjouit ou on s'afllige avec eux; on s'empresse au chevet des malades et des mourants; on accompagne leurs restes mortels à la dernière demeure.

I Doit-on s'étonner après cela que la plupart des familles canadiennes soient si fortement attachées lux lieux qui les ont vu naître, et que celles qui ont m le malheur d'en partir en conservent si longtemps in touchant souvenir?

Je ne dirai pas toutes les questions auxquelles

Jean Rivard eut à-répondre. Il n'en fut quitte qu'après avoir raconté dans le détail le plus minutieux tout ce qu'il avait fait depuis son départ de la maison paternelle.

De son côté, notre jeune homme, qui depuis six mois n'avait reçu aucune nouvelle de Grandpré, brtilaij d'apprendre ce qui s'y était passé. Les décès, les naissances et les mariages sont les principaux sujets des conversations dans les familles de cultivateurs. En entendant Fénuméralion faite par sa sœur Mathilde des mariages contractés durant le dernier semestre, il lui fallait se tenir le cœur à deux mains pour l'empêcher de battre trop fort. Mais il fut bientôt tranquillisé en apprenant que Mademoiselle Louise Roulier était encore fille et ne paraissait nullement songer à se marier.

Est-il besoin de dire qu'il s'empressa d'aller dès le soir même visiter la famille Routier, et qu'il passa près de sa Louise plusieurs heures qui lui semblèrent autant de minutes?

En le voyant entrer, Louise fut un peu émue ; une légère rougeur couvrit sçs joues, et Jean Rivard la trouva plus charmante que jamais. Chose singulière ! ces deux amis d'enfance, qui avaient si sou" vent joué et badiné ensemble, qui s'étaient tutoyés depuis le moment où ils avaient commencé à bégayer, éprouvaient m.aintenant vis-à-vis l'un de l'autre je ne sais quelle espèce de gêne, de réserve timide et respectueuse. En s'adressant la parole, le vous venait involontairement remplacer le tu familier d'autrefois. Le père et la mère Routier, qui remarquaient ce changement, ne pouvaient s'empêcher d'en sourire.

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Le seul reproche articulé dans le cours de l'entretien, le fut par Mademoiselle Routier :

/ — « Ce n'est pas beau, dit-elle, d'un petit air qu'elle (s'efforçait de rendre boudeur, d'avoir laissé passer ^presque six mois sans nous donner de vos nouvelles. — Cette chère Louise, ajouta Madame Routier, elle vous croyait mort, ce qui ne l'empêchait pas pourtaut de dire tous les jours, comme de coutume, une partie de son chapelet à votre intention^ Seulement au lieu d'une dizaine elle en disait deux, et si vous n'étiez pas arrivé, je crois qu'elle en serait venue à dire tout son chapelet pour le repos de votre âme. — Ah ! maman, ne parlez donc pas comme ça, dit . Louise en rougissant encore davantage.

Jean Rivard n'eutjpas de peine à convaincre son amie que leur longue séparation et son silence de plusieurs mois n'avaient en rien changé ses sentiments, et pour preuve, il lui remit, avec la permission de sa mère, les lettres qu'il lui avait écrites durant l'hiver et qu'il n'avait pu lui faire parvenir. Jean Rivard songeait bien déjà à la demander en I; mariage, mais malgré tout son amour, ou plutôt à ][ cause de cet amour, il ne voulait pas exposer sa j Louise à regretter l'aisance et le bonheur dont elle 1' jouissait sous le toit de ses parents.

Le père Routier fit à Jean Rivard une foule de questions sur le canton de Bristol, sur la qualité du sol, sur les communications; il le fît parler longtemps sur ses travaux de déboisement, sur ses craintes et ses espérances pour l'avenir ; et quand Jean Rivard fut sorti :

' — « Notre voisine est heureuse, dit-il, d'avoir un garçon comme celui-là. C'est ce qu'on peut appeler

VA

un jeune hommfi de cfeur. Je voudrais "que chaque paroisse pût en fournir seulement cinquante comme ra ; le pays deviendrait riche en peu de temps, et nos filles seraient sûres de faire des mariages avantageux.

— Dis donc pourtant, François, interrompit Ma-*,) dame Routier, que ça n'est pas gai pour une jeune i

fiUe d'aller demeurer aiiJ[ondjâ.SâJiûi5?

Louise regarda sa mère d'un air surpris.

— Mais ce que tu appelles le fond des bois, ma bonne femme, répondit le père Routier, ça sera bien vite une paroisse comme Grandpré, et c'est Jean Rivard qui sera magistrat et le plus grand seigneur de la place. Sais-tu une chose qui m'a passé par la tête en jasant avec lui ? C'est qu'il pourrait se faire qu'un jour je vendrais ma terre de Grandpré pour acheter une dizaine de lots dans le Canton de Bristol. J'ai plusieurs garçons qui poussent ; je pourrais, avec moitié moins d'argent, les établir là plus richement que dans nos vieilles paroisses. Nous irions rester à Bristol ; toute la famille ensemble, ça ne serait pas si ennuyeux, à la fin du compte. Hein ?! qu'en dis-tu, ma petite, dit-il, en s'adressant à Louise! *' qui écoutait de toutes ses oreilles? »

Louise ne répondit rien, mais il était facile de voir que cette perspective ne l'effrayait nullement.

Jean Rivard n'oublia pas de visiter son bon ami le curé de Grandpré auquel il était redevable de- ses yi/^

bonnes résolutions, et dont les réflexions judicieuses et les conseils paternels servirent encore cette fois à retremper son courage.

Il fallut bien aussi donner quelques heures aux affaires. Jean Rivard avait déjà touché quinze louis

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sur les cinquante qui constituaient sa fortune. Il réussit à obtenir quinze autres louis qu'il destinait. à l'achat de provisions et de quelques ustensiles agricoles.

Il engagea de plus à son service un nouveau travailleur qu'il voulait adjoindre à Pierre Gagnon. Il ne s'obligeait à lui payer ses gages qu'au bout de six mois, Jean Rivard se reposant en partie sur le produit de sa prochaine récolte pour faire face à cette obligation.

/ Les circonstances poussèrent en outre notre héros jà contracter des engagements bien plus considérables —/que ceux qu'il avait prévus jusqu'alors. Mais il me /faut entrer ici dans des détails tellement prosaïques Ujue je désespère presque de fne faire suivre par mes .lecteurs même les plus bénévoles. 'J A En tous cas, je déclare loyalement que la suite de (ce chapitre ne peut intéresser que les défricheurs et /les éconoiïiistes.

En retournant à Louisevillé, Jean Rivard dut s'arrêter plus d'une journée à Lacasseville. Là, tout en s'occupant de diverses affaires, il fit la connaissance d'un marchand américain, du nom d'Arnold, établi depuis plusieurs années dans ce village même, lequel, sachant que Jean Rivard avait entrepris des défrichements, voulut savoir s'il n'avait pas intention de tirer avantage de la cendre provenant du bois qu'il allait être obligé de faire brûler dans le cours de ses opérations.

Jean Rivard répondit que son intention avait d'abord été de convertir cette cendre en potasse ou en perlasse, mais que le manque de chemins et par

suite les difficultés de transport l'avait forcé de renoncer à ce projet.

Après une longue conversation dans le cours de laquelle le perspicace américain put se convaincre de la stricte honnêteté, de l'intelligence et de l'acti-^ vite industrieuse du jeune défricheur, il proposa de \ \\ faire entre eux un contratd'après lequel lui, Arnold, | ^ s'engagerait à « procurer à crédit la chaudière, les I « cuves, et le reste des choses nécessaires à la fabri' | (1 cation de la potasse, de les transporter môme à ses « frais jusqu'à la cabane de Jean Rivard, à condition , « que Jean Rivard s'obligerait à livrer au dit ArrigM,.i « dans le cours^atrais années suivantes, au moins \ <c vingt-cinqbarils de potasse, à raison de vingt che- ( « lîns le qûmtal.))

-Le ^rîx~ ordinaire de la potasse était de trente à quarante cheiins le quintal, mais Arnold se chargeait encore dans ce dernier cas des frais de transport, considération de la plus grande importance pour Jean Rivard.

Le nquyeaii^journalier que Jean Rivard emmenait A avec lui ^sou nom était Joseph Lachance) avait, été^ ^ employé pendant plusieurs années dans une fabriq^ue de poFasse^et pouvait donner une opinion assez sûre \ «>''■'' "dans une matière comme celle-là. s(^ .4

Sur sa recommandation, et après avoir pris conseil Y jj^ ^ de^AL Lacasse, Jean Rivard^ accepta la proposition J -^f du marchand américain. \

M. Laçasse, de qui il achetai,! ses provisions, lui vendit aussi à crédit, et sans hésiter, une paire de bœufs de travail, avec l'attelage nécessaire, une vache et le foin pour nourrir ces animaux pendant six semaines, une herse, et tout le grain de semence

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dont il avait besoin, se contentant de l'à-corapte de ^ quinze louis dont Jean Rivard pouvait disposer pour le- moment.

Bref, notre défricheur se trouvait endetté tant envers M. Laçasse qu'envers Arnold d'une somme de trente louis, le tout payable sur la vente de ses produits futurs.

Malgré toute la répugnance que Jean Kivard X^' éprouvait à s'endetter, il se disait cependant que les * i divers effets achetés par lui étant de première nécessité, on ne pouvait après tout regarder cela comme une dépense imprudente. D'ailleurs M. Laçasse, l'homme sage et prudent par excellence, approuvait sa conduite, cela suffisait pour le rassurer.

Une nouvelle lettre de Gustave Charmenil attendait Jean Rivard au bureau de poste de Lacasseville.

Deuxième lettre de Gustave Charmenil.

<( Mon CHER AMI, t C 0 ?..'■'- >

« Toujours gai, toujours badirt, même au milieu des plus rudes épreuves, tu es bien l'être le plus heureux que je connaisse. Il est vrai que le travail, un travail quelconque, est une des principales conditions du bonheur ; et lorsque à cela se joint l'espérance d'améliorer, d'embellir chaque jour sa position, le contentement intérieur doit être à peu près complet. Je te trouve heureux, mon cher Jean, d'avoir du travail : n'en a pas qui veut. J'en cherche en vain depuis plusieurs mois, afin d'obtenir les moyens de terminer ma cléricature. J'ai frappé î\ toutes les

portes. J'ai parcouru les bureaux de tous les avocats marquants, ne demandant rien de plus en échange de mes services que ma nourriture et le logement; partout on m'a répondu que le nombre des clercs était déjà plus que suffisant.N J'ai visité les bureaux des cours de justice et ceux de l'enregistrement : même réponse. Hier j'ai parcouru tous les établissements d'imprimerie, m'offrant comme correcteur d'épreuves, mais sans obtenir plus de succès.

« Invariablement, chaque malin, je pars de ma maison de pension, et m'achemine vers les rues principales dans l'espoir d'y découvrir quelque chose à faire.

<( Souvent je me rends jusqu'à la porte d'une maison où je me propose d'entrer, mais la timidité me fait remettre au lendemain, puis du lendemain à un autre jour jusqu'à ce que je finisse par renoncer tout-à-fait à ma démarche.

« J'ai été jusqu'à m'offrir comme instituteur dans une campagne des environs, sans pouvoir être accepté à cause de ma jeunesse et de mon état de célibataire.

« Je passe des journées à chercher, et le soir je rentre chez moi la tristesse dans le cœur. Parmi ceux à qui je m'adresse, les uns me répondent froidement qu'ils n'ont besoin de personne, les autres mo demandent mon nom et mon adresse, les plus compatissants laissent échapper quelques mots de sympathie. Mais je suis à peine sorti qu'on ne pense plus à moi. Ah ! je me suis dit souvent qu'il n'est pas de travail plus pénible que celui de chercher du travail. Un ingénieux écrivain a fait un livre fort amusant intitulé : Jérôme Paturot à la recherche (Vune position

sociale ; j'en pourrais faire un, moins amusant mais beaucoup plus vrai, intitulé : Gustave Charmenil à la recherche d'un travail quelconque. Tu sais que j'ai toujours été timide, gauche : je ne suis guère changé sous ce rapport ; je crois môme que ce défaut qui nuit beaucoup dans le monde s'accroît chez moi de jour en jour. Te dirai-je une chose, mon cher ami ? J'en suis venu à croire que, à moins d'avoir un extérieur agréable, une certaine connaissance du monde, une mise un peu élégante, et surtout une haute idée de soi-même et le talent de se faire valoir, il n'est guère possible de parvenir, on comme on dit parmi nous, de » faire son chemin.» Le révolutionnaire Danton prétendait que pour réussir en révolution il fallait de l'audace, de l'audace et toujours de l'audace ; on pourrait adoucir un peu le mot et dire Ique pour réussir daus le monde il faut du front, du front,' beaucoup de front. J'en connais, mon cher. 'âW,n5ùî7grîice"a c'ette recette, font chaque jour des merveilles.

« L'agitation d'esprit dans laquelle je vis ne me permet de rien faire à tête reposée. Je ne puis pas même lire ; si je prends un livre, mes yeux seuls parcourent les lignes, mon esprit est ailleurs. Je ne puis rien écrire, et cette époque est complètement stérile pour ce qui regarde mon avancement intellectuel.

• « Et pendant tout ce temps je suis seul à m'occuper ainsi de moi ; pas un être au monde ne s'intéresse activement à mon sort, à moi qui aurais tant besoin de cela !

« Mais ne va pas croire, mon cher ami, que je sois le seul à me plaindre. vjJne grande partie des jeunes

j gens instruits, ou qui se prétendent instruits, sont dans îe même cas que moi, et ne vivent, suivant l'expression populaire, qu'en « tirantje diable par la queue. » Qu'un mince emploi de copiste se présente' d^ïïs un bureau puWic, pas moins de trois ou quatre cents personnes le solliciteront avec instance. Vers la fin de l'hiver on rencontre une nuée de jeunes commis-marchands cherchant des situations dans les maisons de commerce ; un bon nombre sont nou- i . vellement arrivés de la campagne, et courent après 1 l\ la toison d'or ; plusieurs d'entre eux en seront quittes pour leurs frais de voyage ; parmi les autres, combien végéteront ? combien passeront six, huit, dix ans derrière un comptoir avant de pouvoir ouvrir boutique à leur propre compte? Puis parmi ceux qui prendront à leur compte combien résisteront pendant seulement trois ou quatre ans? Presque tous tomberont victimes d'une concurrence ruineuse ou de l'inexpérience, et seront condamnés à une vie misérable, Ah ! si tu savais, mon cher, que de soucis, de misère, se cachent quelquefois soiis un paletot à la mode !

vVa, sois sûr d'une chose :iil y a dans la classe agricole, avec toute sa frugalité, sa simplicité, ses privations apparentes, mille fois plus de bonheur et je pourrais dire de véritable aisance, que chez la grande majorité des habitants de nos cités, avec leur faste emprunté et leur vie de mensonge.

l (( Quand je vois un cultivateur vendre sa terre à la

I campagne pour venir s'établir eu ville, en qualité d'épicier, de cabaretier, de charretier, je ne puis m'empêcher de gémir de douleur. Voilà donc encore, me dis-je, un homme voué au malheur! Et il est rare qu'en effet cet homme ne soit pas complètement

ruiné après trois ou quatre années d'exercice de sa nouvelle industrie.

(' Et ses enfants, que deviennent-ils ? Dieu le sait. « Plus j'y songe, mon cher ami, plus j'admire le bon sens dont tu as fait preuve dans le choix de ton état. >|Et quand je compare ta vie laborieuse, utile, courageuse, à celle d'un si grand nombre de nos jeunes muscadins qui ne semblent venus au monde que pour se peigner, se parfumer, se toiletter, se dandiner dans les rues oh! je me sens heureux et

.^fier d'avoir un ami tel que toi.

-f -.""«Je suis tellement dégoûté de la vie que je mène, V ^ f mon cher Jean, que si je me sentais la force physir^^' que nécessaire, je te prierais de m'adjoindre à ton Pierre Gagnon qui, d'après le portrait que tu m'en fais, est bien l'homme le plus complètement heureux qu'il soit possible de trouver. Où donc le bonheur va-t-il se nicher ? Mais je ne te serais guère utile, au moins pendant longtemps; je n'ai plus cette sajQté '^ ^.Vf robuste dont je jouissais au collège. Les soucis, les inquiétudes ont affaibli mon estomac ; ma digestion' ne se fait plus qu'avec peine. Je souffre déjà de cette j maladie si commune parmi les gens de ma classe, la XJ dyspepsie. Quelle différence encore entre toi et moi h '' sous ce rapport! Tes forces, me dis-tu, s'accroissent de jour en jour, tu possèdes un estomac d'autruche, et tu ignores encore ce que c'est qu'une indisposition même passagère. Ah ! mon cher ami, que je te félicite! La santé, vois-tu, je l'entends dire tous les jours, et avec vérité, c'est le premier des biens terrestres. <( Tu veux absolument que je te donne des nouvelles de ma Belle inconnue. Eh bien ! mon cher ami, je continue à la voir chaque dimanche à l'église, et

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j'en suis de plus en plus épris. J'ai fait un grand pas cependant depuis que je l'ai écrit ; je sais maintenant où elle demeure. J'ai été assez hardi un jour pour la suivre ( de fort loin, bien entendu ) jusqu'à un bloc de grandes maisons en pierre de taille à trois étages, dans un des quartiers fashionables de la cité. Je la vis franchir le seuil de l'une des portes et entrer lestement dans la maison. Plusieurs fois ensuite, je la vis entrer par la môme porte, de sorte que je n'eus plus de doute sur le lieu de sa résidence. Je puis maintenant diriger vers ce lieu poétique mes prorne-^ nades du soir; durant les heures d'obscurité, je passe et repasse, sans être remarqué, vis-à-vis cette. maison où elle est, où elle respire, où elle parle, oui

elle rit, où elle brode N'est-ce pas que ce doit

être un petit paradis ? J'entends quelquefois dans le salon les sons du piano et les accents d'une voix angélique, je n'ai aucun doute que ce ne soit celle de ma belle inconnue. Imagine-toi que l'autre soir, comme je portais mes regards vers une des fenêtres de la maison, les deux petits volets intérieurs s'ouvrirent tout-à-coup et j'aperçus tu devines?

ma belle inconnue en corps et en âme se penchant pour regarder dehors!, ..Tu peux croire si le cœur me bondij. Je fus tellement effrayé q^ue je pris la fuite comme un fou, sans trop savoir où j'allais, et je ne suis pas ret&urné là depuis. J'y retournerai toutefois, mais je ne veux pas savoir son nom. Ah ! quand on aime comme moi, mon cher ami, qu'il est triste d'être pauvre !

« Adieu et au revoir.

« Gustave Gharmènil. »

Cette lettre que Jean Rivard parcourut à la hâte avant d'entrer dans la forêt pour se rendre à son gîte, le fit songer tout le long de la route. « Malgré mon rude travail, se disait-il, et les petites misères inséparables de mon état, il est clair que mon amj^ /Gustave est beaucoup moins heureux que moi. C'est I vrai qu'il a l'espoir d'être un jour avocatetmembredu I Parlement, mais ces honneurs, après tout, méritsnt- I ils bien qu'on leur sacrifie la paix de l'âme, les plai- \ sirs du cœur, la santé du corps et de l'esprit? Cette belle inconnue qu'il aime tant n'est, j'en suis sûr, ni plus aimable, ni plus aimante, ni plus pieuse que ma Louise, et cependant toute l'ambition, tout l'amour de Gustave ne vont pas jusqu'à le faire aspirer à sa main, tandis que moi. avant deux ans, je serai le plus fortuné des mortels. Mais que diable aussi a-t-il été faire dans cette galère? S'il se fût contenté de l'amour et du bonheur dans une chaumière, peut-être aujourd'hui serait-il en voie d'être heureux comme moi. Je l'aime pourtant, ce cher Gustave; son âme sensible et bonne, ses talents, son" noble caractère lui méritaient un meilleur sort. »

xir.

REÏOUR A LOUISEVILLE — LE BRULAGE.

Je n'entreprendrai pas de raconter le voyage de Jean Rivard, de Lacasseville à Louiseville, à travers les bois, et dans cette saison de l'année. Les hommes chargés du transport des ustensiles d'agriculture faillirent en mourir à la peine.

TouLe la grande journée du 16 avril fat employée à l'accomplissement de cette tâche. Dans les douze heures passées à faire ces trois lieues, Jean Rivard j9Ût parcouru avec beaucoup moins de fatigue, trois icents milles sur un chemin de fer ordinaire. I Nous n'en finirions pas s'il fallait dire les haltes fréquentes, les déviations forcées pour éviter un mauvais pas ou sortir d'un bourbier. Et pourtant tout jcela s'exécuterait beaucoup plus facilement, et surtout beaucoup plus promptement, sur le papier que ,sur le terrain.

Il fallait être endurci aux fatigues comme Tétait notre défricheur pour tenir ainsi debout toute une longue journée, courant deçà et delà, au milieu des neiges et à travers les arbres, sans presque un instant de repos.

Jamais Jean Rivard ne comprit si bien le découragement qui avait dû s'emparer d'un grand nombre des premiers colons. Pour lui, le découragement était hors de question, — ce mot ne se trouvait pas dans son dictionnaire, — et comme il l'exprimait énergiquement: le diable en personne ne l'eût pas fait reculer d'un pojce. Mais les lenteurs qu'il fallait subir et la perte de temps qui s'en suivait le révoltaient au point de le faire sortir de sa réserve et de sa gaîté ordinaires.

On peut s'imaginer si Pierre Gagnon ouvrit de grands yeux en voyant vers le soir arriver à sa Ciibane une procession disposée à peu prè^ dans l'ordre suivant : premièrement, Jean Rivard conduisant deux bœufs destinés aux travaux de défrichement ; secondement, Lachance conduisant " la Caille " (c'était le nom de la vache) ; troisièmement enfin, les hommes

de M. Laçasse et d'Arnold, traînant sur des menoires croches (espèce de véhicule grossier, sans roues ni essieu, ni membres d'aucune espèce, inventé pour les transports à travers les bois,) les grains de semence et divers autres articles achetés par Jean Rivard.

Jamais Louiseville n'avait vu tant d'êtres vivants ,iii tant de richesse réunis dans son enceinte. C'était plus qu'il n'en fallait pour inspirer au facétieux Pierre Gagnon un feu roulant de joyeux propos, et la forêt retentit ime partie de la nuit des éclats de rire de toute la bande, mêlés aux beuglements des animaux, les premiers sans doute qui eussent encore retenti dans cette forêt vierge.

"^ Les hommes de M. Laçasse et d'Arnold repartirent le lendemain matin, emportant avec eux deux cents livres de sucre que Jean Rivard donnait en déduction de sa dette.

A Louiseville, une partie de cette journée se passa en arrangements et préparatifs de toutes sortes. Et quand tout fut prêt, Jean Rivard s'adressa nt à ses deux hommes :

« Mes amis, dit-il, vous voyez ces quinze arpents d'abattis? Il faut que dans deux mois toute 'cette superficie soit nettoyée, que ces arbres soient consumés par le feu, que les cendres en soient recueillies, et que ce terrain complètement déblayé et hersé, ait été ensemencé. Nous ne nous reposerons que lorsque notre lâche sera remplie.»

Puis se tournant vers Pierre, en souriant : « c'est la campagne d'Italie qui va s'ouvrir, dit-il : pour reconnaître tes services passés, je te fais chef de brigade ; Lachance sera sous ton commandement, et toi, tu recevras tes ordres directement de moi. Je ne

m'éloignerai pas de vous, d'ailleurs, et vous me trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire. »

— Hourra ! et en avant ! s'écria Pierre Gagnon qui aimait beaucoup ces sortes de plaisanteries; et dans un instant les deux bœufs furent attelés, tous les ustensiles rassemblés, et les trois défricheurs étaient à l'œuvre.

Il s'agissait de réunir en monceaux, ou, suivant l'expression reçue parmi les défricheurs, de «tasser» les arbres coupés ou arrachés durant les six mois précédents. *->^--J^Î;^,^^ ^^v-^v/v >^

Le brûlage, c'est-à dire, le nieltdxâge^ complet du sol par le feu, forme certainement la principale opération du défricheur. C'est la plus longue et la plus fatigante, c'est celle qui requiert la plus grande forcê^ physique, et en mq;3ie.i«jmpsla^ suireillance la plus attentive. ^''Sxjs/>'-<-^v.

Le travail auquel est assujetti le défricheur, à son début dans la forêt, pour abattre les arbres, les étèter, les ébrancher, les débiter, n'est rien comparé aux efforts et aux soins qu'exigent, avant que le terrain puisse être utilisé, le lassage et le brûlage de Pabattis.

C'est ici que l'esprit d'ordre, la méthode, le jugement pratique, la justesse de coup d'œil de Jean \ Rivard trouvèrent leur application. Tout en travaillant sans cesse avec ses deux hommes, il les guidait, ! les dirigeait, et jamais un pas n'était perdu, jamais un effort inutile.

Les pièces de bois les plus légères, les arbustes, les

branchages, en un mot tout ce qui pouvait facilement

se manier et se transporter à bras était réuni en las/ JT ^

par les trois hommes ; s'il était nécessaire de remue-r "" ^- ^

les grosses pièces, ce qu'on évitait autant que possible, les deux bœufs, attelés au moyen d'un joug et d'un grossier carcan de bois, venaient en aide aux travailleurs, eu traînant, à l'aide de forts traits de fer, ces énormes troncs d'arbres les uns auprès des autres ; puis, nos trois hommes, au moyen de rances et de leviers, complétaient le tassage, en empilant ces pièces et les rapprochant le plus possible.

C'est là qu'on reconnait la grande utilité d'une paire de bœufs. Ces animaux peuvent être regardés comme les meilleurs amis du défricheur : aussi Jean Rivard disait-il souvent en plaisantant que si jamais il se faisait peindre, il voulait être représenté guidant deux bœufs de sa main gauche et tenant unfi^ache dans sa main droite.

Le défricheur qui n'a pas les moyens de se procurer cette aide est bien forcé de s'en i)asser, mais il est privé d'un i mmcnsc avantage. Ces animaux sont de beaucoup préférables aux chevaux pour les opérations de défrichement. Le cheval, ce fior animal «qui creuse du pied la terre et s'élance avec orgueil, » ne souffre pas d'obstacle ; il se cabre, se précipite, s'agite jusqu'à ce qu'il rompe sa chaîne ; le bœuf, toujours patient,avanoe avec lenteur,recule au besoin, se jette d'r.n coté ou de l'autre, àia voix de son maître ; qu'il fasse un laux pas, qu'il tombe, qu'il roule au milieu des troncs d'arbres, il se relèvera calme, impassible, comme si rien n'était arrivé, et reprendra l'effort interrompu un instant par sa chute.

Les deux bœufs de nos défricheurs étaient plus particulièrement les favoris de Pierre Gagnon ; c'est lui qui les soignait, les attelait, les guidait; il leur parlait comme s'ils eussent été ses compagnons d'en-

fance. Il regrettait une chose cependant, c'est qu'ils n'entendaient que l'anglais" ils avaient été élevés dans, les Cantons de l'Est, probablement par quelque fermier écossais ou américain, et cela pouvait expliquer cette lacune dans leur éducation. L'un d'eux s'appe- : lait Dick et l'autre Tom. Pour les faire aller à droite j il fallait crier Djee^ et pour aller à gauche Wahaish. A ces cris, ces intelligents animaux obéissaient comme des militaires à la voix de leur officier.

Une fois que les arbres, petits et gros, débités en longueurs de dix à onze pieds, avaient été entassés les uns sur les autres de manière à former des piles de sept ou huit pieds de hauteur et de dix à douze de largeur, entremêlées d'arbustes, de broussailles et de bouts de bois de toutes sortes, il ne s'agissait plus que d'y mettre le feu.

Puis, quand le feu avait consumé la plus grande partie de ces énormes monceaux d'arbres, on procédait à une seconde, souvent même à une troisième opération, en réunissant les squelettes des gros troncs que le premier feu n'avait pu consumer, ainsi que les charbons, les copeaux, en un mot tout ce qui pouvait alimenter le feu et augmenter la quantité de cendre à recueillir ; car il ne faut pas omettre de^ mentionner que Jean Rivard mettait le plus grand sqinji conserver ce précieux résidu de la combustion des arbres. Cette dernière partie du travail de nos défricheurs exigeait d'autant plus de soin qu'elle ne pouvait prudemment s'ajourner, la moindre averse tombée sur la cendre ayant l'effet de lui enlever une grau de partie de sa valeur.

Mais ces diverses opérations, il faut le dire, ne pouvaient s'exécuter en gants blancs; et il arriva plus

d'une fois à nos défricheurs de retourner le soir à leur cabane la figure et les mains tellement charbonnée^ qu'on les eût pris pour des Ethiopiens.

« Tonnerre d'un nom ! disait Pierre Gagnon, en regard|int son maître, si Mademoiselle Louise pouvait nous apparaître au milieu des souches, je voudrais voir la mine qu'elle ferait en voyant son futur époux.»

Dans les circonstances, une telle apparition n'eût certainement pas été du goût de Jean Rivard.

Chaque soir, nos défricheurs étaient morts de fatigue; ils éprouvaient cependant une certaine jouissance à contempler la magnifique illumination que produisait au milieu des ténèbres de la nuit et de la solitude des forêts l'incendie de ces montagnes d'arbres et d'arbrisseaux. C'était vraiment un beau coup d'œil. Ils eurent une fois entre autres, par une nuit fort noire, un de ces spectacles d'une beauté vraiment saisissante, et qui aurait mérité d'exercer le pinceau d'un artiste ou la verve d'un poète,' quoique l'un et l'autre eussent certainement été impuissants à reproduire cette scène grandiose dans toute sa splendeur. Ils l'appelèrent l'incendie de Moscou, mais il y avait cette différence entre les deux incendies que l'un avait détruit des richesses immenses et que l'autre était destiné à en produire ; que l'un avait causé le malheur et la pauvreté d'un grand nombre de famille, et que l'autre devait faire naître l'aisance et le bonheur dans la cabane du laboureur.,

Pierre Gagnon revenait sans cesse et à tout propos sur ces allusions historiques ; il voulait même à toute force engager Jean Rivard-à recommencer la lecture de l'Histoire de Napoléon, pour l'édification et Tins-

truction de Lachaiice ; mais, avec la meilleure volonté du monde, Jean Rivard ne pouvait accéder à cette demande. Les veillées étaient devenues plus courtes et lorsqu'il trouvait un moment de loisir il l'employait à écrire des notes ou à faire des calculs sur ses opérations journalières.

«L'hiver prochain, répondait-il, les soirées seront longues et si vous êtes encore à mon service, nous ferons d'intéressantes lectures au coin du feu.

— Que vous êtes heureux, mon Empereur, de savoir lire, disait Pierre Gagnon ! Gomme ça doit être amusant d'apprendre tout ce qui s'est passé depuis que le monde est monde, de connaître le comportement de la terre, des hommes, des animaux^ des arbres, et de savoir jusqu'à la plus petite chose !

— Oh! si tu savais, mon cher Pierre, combien je suis ignorant, bien que je sache lire ! Sais-tu que, quand même je passerais toute ma vie à lire et à étudier, et que je serais doué d'une intelligence supérieure, je ne connaîtrais point la millionième partie des choses ? Plus j'approfondirais les sciences, plus je serais étonné de mon ignorance. Par exemple, l'étude seule des animaux pourrait occuper plusieurs centaines de vies d'hommes. La mémoire la plus extraordinaire m pourrait pas môme suf&re à retenir les noms des animaux mentionnés dans les livres, tandis que le nombre de ceux qui sont encore inconnus, est probablement beaucoup plus considérable. La seule classe des insectes comprena peutêtre quatre vingt mille espèces connues, et de nouvelles découvertes se font chaque jour dans les diverses parties du monde. Les oiseaux, les poissons comprennent aussi des milliers d'espèces. Un auteur a

calculé qu'an homme qui travaillerait assidûment dix heures par jour ne pourrait dans l'espace de quarante années, consacrer qu'environ une heure à chacune des espèces présentement connues; suivant le môme auteur, l'étude seule d'une chenille, si on veut la suivre dans ses métamorphoses, la disséquer, la comparer dans ses trois états successifs, pourrait occuper deux existences d'homme.

Et toutes ces plantes que tu vois chaque jour, ces arbres que nous abattons, ces petites fleurs que nous apercevons de temps eu temps dans le bois et qui ont l'air de se cacher modestement sous les branchgs protectrices des grands arbres, tout cela demanderait encore des siècles d'études pour être parfaitement connu. On peut dire la même chose des richesses minérales enfouies dans les entrailles de la terre.

Ce n'est qu'en se divisant le travail à l'infini que les savants ont pu parvenir à recueillir les notions que le monde possède aujourd'hui sur les diverses branches des connaissances humaines.

— C'est bien surprenant, ce que vous dites là, mon Empereur. Mais ça n'empêche pas pourtant que je voudrais en savoir un peu plus long que j'en sais. Ah ! si mon père n'était pas mort si jeune, j'aurais pu moi aussi aller à l'école, et je saurais lire aujourd'hui, peut-être écrire. Au lieu de fumer, comme je fais en me reposant, je lirais, et il me semble que ça me reposerait encore mieux. Ah! tout ce que je peux dire, mon Empereur, c'est que si le brigadier Pierre Gagnon se marie un jour, et s'il a des enfants, ses enfants apprendront à lire, tonnerre d'un nom! ou Pierre Gagnon perdra son nom.

— C'est bien, mon Pierre, ces sentiments sont honor, râbles ; je suis bien convaincu qu'avec ton énergie et 1 ton bon jugement, et surtout ton amour du travail, I tu seras un jour à l'aise, et que tes enfants, si tu en

as, pourront participer aux avantages de l'éducation

et faire de braves citoyens. »

XIIT.

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