PROUESSE DU PRÊTRE DE JOINVILLE. HS
vinrent tout blessés qu'ils étaient, et nous repoussâmes les sergents des Sarrasins hors des engins, jusque devant un gros corps de Turcs à cheval qui étaient tout contre les engins que nous avions pris. Je mandai au roi qu'il nous secourut', car moi ni mes chevaliers ne pouvions vêtir nos hauberts à cause des plaies que nous avions eues :, et le roi nous envoya monseigneur Gaucher de Châtillon , lequel se logea entre nous et les Turcs, devant nous.
257. Quand le sire de Châtillon eut repoussé en arrière les sergents à pied des Sarrasins, ils se retirèrent sur un gros corps de Turcs à cheval, qui était rangé devant notre camp, pour empêcher que nous ne surprissions l'armée des Sarrasins, qui était campée derrière eux. De ce corps de Turcs à cheval étaient descendus à pied huit de leurs chefs très-bien armés, qui avaient fait un retranchement de pierres de taille , pour que nos arbalétriers ne les blessassent pas : ces huit Sarrasins tiraient à la volée dans notre camp, et ils blessèrent plusieurs de nos gens et de nos chevaux.
258. Moi et mes che.valiers nous nous concertâmes et convînmes que quand il serait nuit, nous emporterions les pierres dont ils se retranchaient. Un mien prêtre, qui avait nom monseigneur Jean de Voisey, fut à ce conseil, et n'attendit pas tant -, mais il partit de notre camp tout seul, et se dirigea vers les Sarrasins, ayant sa veste rembourrée , son chapeau de fer sur la tête , sa lance (dont le fer traînait) sous Taiselle, pour que les Sarrasins ne la pussent remarquer.
259. Quant il vint près des Sarrasins, qui le méprisaient parce qu'ils le voyaient tout seul , il tira sa lance de dessous Faisselle et leur courut sus. Il n'y en eut aucun des huit qui se mît en défense, mais ils prirent tous la fuite. Quand les Sarrasins à cheval virent que leurs seigneurs s'en venaient fuyant , ils piquèrent des éperons pour les délivrer, et il sortit bien de notre camp jusques à cinquante sergents-, et les Sarrasins à cheval vinrent piquant des éperons , et n'osèrent engager le combat avec nos gens de pied , mais gauchirent devant eux.