‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 120 sur 467 · MENACES DU CHEF DES SARRASINS · texte numérisé non relu

MENACES DU CHEF DES SARRASINS

260. Quand ils eurent fait cela ou deux fois ou trois, un de nos sergents prit sa lance par le milieu , et la lança à un des Turcs à cheval, et lui en donna parmi les côtes; et celui qui était frappé emporta la lance tramante dont il avait le fer parmi les côtes. Quand les Turcs virent cela , ils n'osèrent plus aller et venir, et nos sergents emportèrent les pierres. Dorénavant mon prêtre fut bien connu dans le camp, et on se le montrait l'un à l'autre, et on disait : « Voici le prêtre de monseigneur de Joinville, qui a déconfit les « huit Sarrasins. »

LUI. Les Sarrasins préparent une attaque générale du camp.

2(3 1. Ces choses advinrent le premier jour de carême. Ce jour même , un vaillant Sarrasin , que nos ennemis avaient fait chef à la place de Scecedin le fils du scheick , qu'ils avaient perdu à la bataille le jour du mardi gras, prit la cotte d'armes du comte d'Artois, qui avait été tué à cette bataille , et la montra à tout le peuple des Sarrasins, et leur dit que c'était la cotte d'armes du roi, qui était tué.

262. « Et Je vous montre ces choses, parce que corps sans chef « n'est pas à redouter, ni peuple sans roi. Donc, s'il vous plaît, « nous les attaquerons vendredi , et vous y devez consentir, ainsi « qu'il me semble ; car nous ne devrons pas manquer de les prendre « tous, parce qu'ils ont perdu leur chef. » Et tous convinrent qu'ils nous viendraient assaillir vendredi.

263. Les espions du roi qui étaient dans le camp des Sarrasins, vinrent dire au roi ces nouvelles. Et alors le roi commanda à tous les chefs des corps qu'ils fissent armer leurs gens dès minuit, et se portassent hors des pavillons jusques à l'enceinte, qui était telle qu'il y avait de longues pièces de bois , pour que les Sarrasins ne se jetassent pas dans le camp; et elles étaient attachées en terre de telle manière que l'on pouvait passer parmi le bois à pied. Et ainsi que le roi l'avait commandé il fut fait.

262. — 1 A, ce. — - A, Siimedi , vendredi; B et L, Sdvtedi. 26'<. — 1 A, qui y cxtoicnt.

joiN'viLLE. — 19

2G4. A soleil levant tout droit, li ' Sarrazins devant nommez, de quoy il avoient fait lour chievetain, nous amena bien quatre mille Turs à cheval, et les fist rangier touz entour nostre ost et li-, dès le flum qui vient de Babiloine jusques au flum qui se partoit de nostre ost et en aloit vers une ville que Ton appelé Risil. Quant il orent ce fait , il nous ramenèrent si grant foison de Sarrazins à pié, que il nous renvironnerent tout nostre ost , aussi comme il avoient des gens à cheval. Après ces dous batailles que je vous cont, firent rangier tout le pooir au soudanc de Babiloine, pour aus aidier se mestier lour fust.

265. Quand il orent ce fait, li chievetains touz seus ' vint veoir le couvine de nostre ost, sur un petit roncin; et selonc ce que il véoit que nos batailles estoient plus grosses en un lieu que en un autre , il raloit querre de sa gent et renforçoit ses batailles contre les nostres. Après ce, fist-il passer les Beduyns, qui bien estoient trois mille, par devers Post que li dus de Bourgoigne gardoit, qui estoit entre '^ les dous rivières. Et ce fist-il pour ce que il cuidoit que li roys eust envoie au duc de sa gent pour li aidier contre les Beduyns; par quoy li os le roy en fust plus febles.

266. En ces choses aréer mist-il jusques à midi ' ; et lors il fist sonner les tabours que Ton appelle nacaires, et lors nous coururent sus et à pié et à cheval. Tout premier je vous dirai dou roy de Sezile (qui lors estoit cuens d^ Anjou), pource que c'estoit H premiers par devers Babiloine. Il vindrent à h en la manière que Ton jeue aus eschiez-, car il h firent courre sus à lour gent à pié, en tel manière que cil à pié li getoient le feu grejois. Et les pressoient tant cil à cheval et cil à pié que il desconfirent le roy de Sezile, qui estoit entre ses chevaliers à pié.

267. Et Ton vint au roy et li dist Ton ' le meschief où ses frères estoit. Quand il oy ce, il feri des espérons parmi les batailles son frère.

264. — 1 A et L, les; B, le. — ■■! A, et li ; B et L, et luy.

253. — 1 A omet toir^ seus. — 2 L'nst jusqu'à entre omis dans A.

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