‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 121 sur 467 · PREPARATIFS DE COMBAT · texte numérisé non relu

PREPARATIFS DE COMBAT

264. Juste au soleil levant, le Sarrasin devant nommé, dont ils avaient fait leur chef, nous amena bien quatre mille Turcs à cheval, et les fit ranger tous autour de notre camp et de lui, depuis le fleuve qui vient de Babylone jusques au fleuve qui partait de notre camp et s'en allait vers une ville que Ton appelle Rexi. Quand ils eurent fait cela, ils nous ramenèrent une si grande foison de Sarrasins à pied, qu'ils nous environnèrent derechef tout notre camp, ainsi qu'ils Pavaient environné de gens à cheval. Après ces deux corps de troupes que je vous conte, ils firent ranger toutes les forces du soudan de Babylone , pour les aider si besoin était.

265. Quand ils eurent fait cela, le chef tout seul vint voir la disposition de notre camp , sur un petit roussin ; et selon qu'il voyait que nos corps de bataille étaient plus gros en un lieu qu'en un autre, il retournait quérir de ses gens, et renforçait ses corps de bataille contre les nôtres. Après cela, il fit passer les Bédouins, qui étaient bien trois mille, par devers le camp que le duc de Bourgogne gardait, qui était entre les deux rivières. Et il le fit parce qu'il pensait que le roi aurait envoyé une partie de ses gens au duc pour l'aider contre les Bédouins; par quoi l'armée du roi en eut été plus faible.

LI V. Bataille du premier vendredi de carême.

266. Il mit jusques à midi à arranger ces choses; et alors il fit battre les tambours qu'on appelle nacaires, et alors ils nous coururent sus à pied et à cheval. Je vous parlerai d'abord du roi de Sicile (qui alors était comte d'Anjou), parce qu'il était le premier du côté de Babylone. Ils vinrent à lui de la manière que l'on joue aux échecs; car ils lui firent courir sus par leurs gens de pied, de telle manière que les gens de pied lui jetaient le feu grégeois; et ceux à cheval et ceux à pied les pressaient tant qu'ils déconfirent le roi de Sicile, qui était au milieu de ses chevaUers à pied.

267. Et l'on vint au roi et on lui dit le danger où son frère était. Quand il ouït cela, il piqua des éperons parmi les troupes de son

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