Que manque dans A
l8o HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
que ce n'estoit pas bien fait; car c'estoit contre les enseignemens Salehadin, qui dit que Ton ne devoit ' nul home occire, puis que on^ li avoit donnei à mangier de son pain et de son sel. Et il me respondi que ce n'estoient pas home qui vausissent riens, pour ce que il ne se pooient aidier pour les maladies que il avoient.
' 33 1 . Il me fist amener mes mariniers devant moy, et me dist que il estoient tuit renoié-, et je li dis que il n'eust jà fiance en aus '; car aussi tost comme il nous avoient lessiez, aussi tost les lairoient-il, se il véoient ne lour point ne lour lieu -, Et li amiraus me fist response tel, que il s'acordoit à moy, que Salehadins disoit que on ne vit onques de mauvais ^ crestien bon sarrazin , ne de mauvais sarrazin bon crestien.
332. Et après ces choses, il me fist monter sus un palefro}^, et me menoit encoste de li. Et passâmes un pont de neis, et alames à la Masourre, là ou li ro3's et sa gent estoient pris ; et venimes à l'entrée d'un grant paveillon, là où li escrivain le soudanc estoient; et firent illec escrire mon non. Lors me dist mes Sarrazins : « Sire, je <■(■ ne vous suivrai plus, car je ne puis; mais je vous pri , sire, que « cest enfant que vous avez avec vous, que vous le tenez touz jours « par le poing, que li Sarrazin ne le vous toillent. » Et cis enfes avoit non Berthelemin, et estoit fiz au signour de Monfaucon de baat^
333. Quant mes nons fu mis en escrit, si me mena li amiraus dedans le paveillon là où li baron estoient *, et plus de dix mille personnes avec aus. Quant je entrai léans , li baron firent tuit si grant joie que on ne pooit goûte oïr, et en louoient Nostre Signour, et disoient que il me cuidoient avoir perdu.
334. Nous n'eûmes gueres demourei illec, quant on fist lever Tun des plus riches homes qui là fust ', et nous mena Ton - en un autre
33o. — 1 A, doit. — 2 A, en ne.
33i. — 1 B et L, qu'il n'y aurait jamais fiance en eulx. — 2 L, s'il\ véoient point nul\ de leur lieu, —i A de bon, et à la ligne suivante, ne de bon.
JOINVILLE EST CONDUIT A MANSOURAH. lOI
que ce n'était pas bien fait ', car c'était contre les enseignements de Saladin, qui dit que Ton ne devait occire nul homme, après qu'on lui avait donné à manger de son pain et de son sel. Et Tamiral me répondit que ce n'étaient pas des hommes qui valussent rien , parce qu'ils ne se pouvaient soutenir à cause des maladies qu'ils avaient. 33i. Il fit amener mes mariniers devant moi, et me dit qu'ils avaient tous renié ^ et je lui dis qu'il n'eût pas confiance en eux- car aussi vite qu'ils nous avaient laissés, aussi vite les laisseraient-ils, s'ils voyaient ou temps ou lieu pour le faire. Et l'amiral me fit cette réponse, c'est qu'il était d'accord avec moi; car Saladin disait qu'on ne vit jamais devenir de mauvais chrétien bon sarrasin, ni de mauvais sarrasin bon chrétien.
332. Et après ces choses, il me fit monter sur un palefroi, et il me menait à côté de lui. Et nous passâmes un pont de bateaux, et allâmes à Mansourah , là où le roi et ses gens étaient prisonniers ; et nous vînmes à l'entrée d'un grand pavillon, là où les écrivains du soudan étaient; et là ils firent écrire mon nom. Alors mon Sarrasin me dit : « Sire, Je ne vous suivrai plus, car je ne puis; mais je vous prie, sire, '( que vous teniez toujours par la main cet enfant que vous avez avec « vous, de peur que les Sarrasins ne vous l'enlèvent. » Et cet enfant avait nom Barthélémy, et il était fils bâtard du seigneur de Montfaucon.
333. Quand mon nom fut mis en écrit, alors l'amiral me mena dans le pavillon là où étaient les barons, et plus de dix mille personnes avec eux. Quand j'entrai là , les barons montrèrent tous si grande joie qu'on ne pouvait entendre goutte; et ils en louaient Notre-Seigneur, et disaient qu'ils pensaient m'avoir perdu.
LXVI. Les prisonniers, menacés par les Sarrasins, apprennent le traité conclu par le roi.
334. Nous n'eûmes guère demeuré là, quand on fit lever un des plus riches hommes qui fût là , et on nous mena dans un autre pavil-