Voy. S
334. — 1 B et L, deux dL'S...feusse:it. - 2 L'on omis dans A.
paveillon ^. Moût de chevaliers et d'autres gens tenoient li Sarrazin * pris en une court qui estoit close de mur de terre. De ce clos où il les avoient mis, les fesoient traire l'un après l'autre, et lour demandoient : « Te veus-tu renoier ? » Ceus qui ne se vouloient renoier, on les fesoit mettre d'une part et coper les testes;, et ceus qui se renoioient , d'autre part.
335. En ce point, nous envola li soudans son consoil pour parler à nous-, et demandèrent à cui il diroient ce que li soudans nous mandoit. Et nous lour deismes que il le deissent au bon conte Perron de Bretaingne. Il avoit gens illec qui savoient le sarrazinnois et le françois, que Ton appelé drugemens, qui enromançoient le sarrazinnois au conte Perron. Et furent les paroles teix-, « Sire, li soute dans nous envoie à vous pour savoir se vous vourriés estre de- « livre. » Li cuens respondi : « Oïl. »
336. — « Et que vous donrriés au soudanc pour vostre deli- (( vrance ? — Ce que nous pourriens faire et souffrir par raison , » fist li cuens. «. Et donriés-vous, firent-il, pour vostre délivrance, « nulz des chastiaus aus barons d'outre mer? » Li cuens respondi que il n'i avoit pooir ; car on les tenoit de l'empereor d' Alemaingne qui lor vivoit '. Il demandèrent se nous renderiens nulz des chastiaus dou Temple ou de l'Ospital pour nostre délivrance. Et li cuens respondi que ce ne pooit estre; que quant l'on y metoit les chastelains, on lour fesoit jurer sur sains, que pour délivrance de cors de home , il ne renderoient nulz des chastiaus. Et il nous respondirent que il lour sembloit que nous n'aviens talent d'estre délivrez, et que il s'en iroient et nous envoieroient ceus qui joueroient à nous des espées , aussi comme il avoient ~ fait aus autres. Et s'en alerent ^.
337. Maintenant que il s'en furent alei , se feri ^ en nostre paveillon une grans tourbe de joenes Sarrazins, les espées çaintes'^; et amenoient avec aus un home de grant vieillesce , tout chanu, liquex nous fist demander se c'estoit voirs que nous créiens en un Dieu qui avoit estei pris pour nous , navrez et mors pour nous , et au tiers jour re-
334 — 3 Pour ce récit, comparez les Z '^'H à 339 ^^ec les § 808 à 81 5. — •* Les manuscrits portent ici /es S^/-raît«s; mais sans aucun doute , il devait y avoir dans l'original /iSarra,/« au nominatif pluriel, ce qui ôtait l'équivoque.
MARTYRS ET RENEGATS.
Ion. Les Sarrasins tenaient beaucoup de chevaliers et d'autres gens prisonniers dans une cour qui était close d'un mur de terre. De ce clos où ils les avaient mis, ils les faisaient tirer Tun après l'autre, et leur demandaient : «Veux-tu renier? » Ceux qui ne voulaient pas renier, on les faisait mettre d'un côté et on leur coupait la tête ; et ceux qui reniaient, d'un autre côté.
335. En ce moment , le soudan nous envoya son conseil pour nous parler; et ils demandèrent à qui ils diraient ce que le Soudan nous mandait. Et nous leur dîmes qu'ils le dissent au bon comte Pierre de Bretagne. Il y avait là des gens qui savaient le sarrasinois et le français, que Ton appelle drogmans, qui mettaient en français le sarrasinois pour le comte Pierre. Et les paroles furent telles : « Sire, le soudan « nous envoie à vous pour savoir si vous voudriez être délivrés. « Le comte répondit : <( Oui. »
336. — « Et que donneriez-vous au soudan pour votre délivrance? « — Ce que nous pourrions faire et supporter raisonnablement, » fit le comte. — « Et donneriez-vous, firent-ils, pour votre délivrance, au- « cuns des châteaux des barons d'outre-mer? » Le comte répondit qu'il n'avait pas de pouvoir sur ces châteaux; car on les tenait de l'empereur d'Allemagne, qui vivait alors. Ils demandèrent si nous rendrions aucuns des châteaux du Temple ou de l'Hôpital pour notre délivrance. Et le comte répondit que ce ne pouvait être-, que quand l'on y mettait les châtelains, on leur faisait jurer sur reliques que pour délivrance de corps d'homme ils ne rendraient aucuns des châteaux. Et ils nous répondirent qu'il leur semblait que nous n'avions pas envie d'être délivrés, et qu'ils s'en iraient et nous enverraient ceux qui joueraient avec nous de l'épée , comme ils avaient fait aux autres. Et il s'en allèrent.
337. Dès qu'ils s'en furent allés, s'élança dans notre pavillon une grande foule de jeunes Sarrasins , l'épée au côté \ et ils amenaient avec eux un homme de grande vieillesse, tout chenu, lequel nous fit demander s'il était vrai que nous crussions en un Dieu qui avait été pris pour nous, blessé et mis à mort pour nous , et au troisième jour ressus-
336. — 1 Voy. § 32 1. — - B et L, jouoicnt des espées ; et ainsi leur rcspondil le conte comme il avoil. — 3 Voy. §811.
337. — 1 B, se frappèrent ; L, se frappa. — - Voy. § 812, note 3.
l84 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
suscitez. Et nous respondimes : « Oyl. » Et lors nous dist que nous ne nous deviens pas desconforter, se nous aviens soufertes ces persecucions pour H; « car encore, dist-il , n'estes-vous pas mort pour « li, ainsi comme il fu mors pour vous; et se il ot^ pooir de li re- « susciter, soies certein que il vous deliverra quant li plaira. »
338. Lors s'en ala, et tuit li autre joene gens après li; dont Je fu moût liés, car je cuidoie certeinnement que il nous fussent venu les testes tranchier. Et ne tarja gueres après quant les gens le soudanc vindrent, qui nous distrent que li roys nous • avoit pourchacie nostre délivrance -.
339. Après ce que li viex hom s'en fu alez qui nous ot reconfortez, revint li consaus le soudanc à nous, et nous dirent que li roys nous avoit pourchacie nostre délivrance, et que nous envoissiens quatre de nos gens à li pour oyr comment il avoit fait. Nous y envolâmes mon signour Jehan de Waleri le preudome, mon signour Phelippe de Monfort, mon signour Baudouin dlbelin^ seneschal de Cypre, et mon signour Guion d'Ibelin -, conestable de Cypre, Tun des miex entechiez chevaliers que je veisse onques, et qui plus amoit les gens de cest pays. Gist quatre nous raporterent la manière comment li roys nous avoit pourchacie nostre délivrance ; et elle fu teix.
340. Li consaus au soudanc essaierent le roy en la manière que il nous avoient essaies, pour veoir se li roys lour vourroit promettre à délivrer nulz des chastiaus dou Temple ne de POspital , ne nulz des chastiaus aus barons dou pais-, et ainsi comme Diex vout, li roys lour respondi tout en la manière que nous aviens respondu. Et il le menacierent , et li distrent que puisque il ne le vouloit faire , que il le feroient mettre es bernicles '.
341. Bernicles est li plus griez tourmens que Ton puisse soufrir; et sont dui tison ploiant, endentei ou chief; et entrent ^ li uns en
337. — 3 Lacune du ms. L jusqu'au mot hardiemcnt dans le Z 434-