TRAITÉ CONCLU PAR SAINT LOUIS
bout-, et ils entrent Tun en l'autre, et sont liés au bout avec de fortes courroies de bœuf. Et quand ils veulent mettre les gens dedans , ils les couchent sur le côté et leur mettent les jambes parmi les chevilles dedans; et puis alors ils font asseoir un homme sur les morceaux de bois; d'où il advient ainsi qu'il ne demeurera plus un demi-pied entier d'os qui ne soit tout brisé. Et pour faire du pis qu'ils peuvent , au bout de trois jours quand les jambes sont enflées, ils remettent les jambes enflées dans les bernicles, et les rebrisent tout de rechef. A ces menaces le roi leur répondit qu'il était leur prisonnier, et qu'ils pouvaient faire de lui à leur volonté.
342. Quand ils virent qu'ils ne pourraient vaincre le bon roi par les menaces, ils revinrent à lui et lui demandèrent combien il voudrait donner d'argent au soudan , et avec cela il leur rendrait Damiette. Et le roi leur répondit que si le soudan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il manderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance. Et ils dirent : « Comment est-ce que vous ne nous « voulez pas dire que vous ferez ces choses? » Et le roi répondit qu'il ne savait si la reine le voudrait faire, parce qu'elle était la maîtresse. Et alors les conseillers retournèrent parler au soudan, et rapportèrent au roi que si la reine voulait payer un million de besants d'or, qui valaient cinq cent mille livres, il délivrerait le roi.
343. Et le roi leur demanda sur leur serment si le soudan les délivrerait pour autant , au cas que la reine le voulût faire. Et ils retournèrent parler au soudan, et au retour firent serment au roi qu'ils le délivreraient ainsi. Et dès qu'ils eurent juré , le roi dit et promit aux émirs qu'il payerait volontiers les cinq cent mille livres pour la délivrance de ses gens, et Damiette pour la délivrance de sa personne; car il n'était pas tel qu'il se dût racheter à prix d'argent. Quand le Soudan ouït cela, il dit : « Par ma foi ! il est large le Franc de n'avoir « pas marchandé sur une si grande somme de deniers. Or allez lui dire , « fit le Soudan , que je lui donne cent mille livres pour payer la ran- « con. »
miette. — 3 Environ dix millions cent trente-deux mille francs de notre monnaie, en supposant, comme cela est probable, qu'il s'agit de livres tournois. 343. — 1 B, loy.
344. Lors fist entrer' li soudans les riches homes en quatre gah'es, pour mener vers Damiete. En la galie là où jefu mis, fu li bons cuens Pierres de Bretaingne, li cuens Guillaumes de Flandres, li bons cuens Jehans de Soissons, mes sires Imbers de Biaugeu, connestables de France-, li bons chevaliers mes sires Baudoins- dTbelin et mes sires Guis, ses frères, i furent mis.
345. Cil qui nous conduisoient en la galie, nous ariverent devant une herberge que li soudans avoit fait tendre sur le flum , de tel manière comme vous orrez. Devant celle herberge, avoit une tour de parches de sapin et close entour de toille tainte •, et la porte estoit de la herberge. Et dedans celle porte , estoit uns paveillons tendus, là où li amiral, quant il aloient parler au soudanc, lessoient lour espées et lour harnois. Après ce paveillon, ravoit ' une porte comme la première, et par celle porte entroit Ton en un grant paveillon qui estoit la sale au soudanc. Après la- sale, avoit une tel tour comme devant , par laquel Ton entroit en la chambre le soudanc.
346. Après la chambre le soudanc, avoit un prael-, et enmi le prael, avoit une tour plus haute que toutes les autres, là où li soudans aloit veoir tout le pays et tout Tost. Dou prael movoit une alée qui aloit au flum, là où li soudans avoit fait tendre en lyaue un paveillon pour aler baignier. Toutes ces • herberges estoient closes de treillis de fust, et par dehors estoient li treiUis couvert de toilles yndes, pour ce que cil qui estoient dehors ne peussent veoir dedans; et les tours toutes quatre estoient couvertes de toille.
347. Nous venimes le jeudi • devant TAscencion en ce lieu , là où ces herberges estoient tendues. Les quatre galies là où entre nous estiens en prison , ancra Ton ou - devant de la herberge le soudanc. En un paveillon qui estoit assez près des herberges le soudanc descendi-on le roy. Li soudans avoit ainsi atirié : que le samedi devant l'Ascension on li renderoit Damiete, et il renderoit le roy.
344. — 1 A,estre.— 2 B et M, Bauldayn; A. porte ici par nwauv Jehan; mais plus loin Baudouyn.