LE SOUDAN EST ASSASSINÉ
et léger, s'enfuit dans la tour qu'il avait fait faire, avec trois de ses évêques qui avaient mangé avec lui; et cette tour était derrière sa chambre, ainsi que vous l'avez ouï ci-devant.
352. Ceux de la Halca, qui étaient cinq cents à cheval, abattirent les pavillons du soudan, et Tassiégèrent tout à l'entour et aux environs dans la tour qu'il avait fait faire, avec trois de ses évêques qui avaient mangé avec lui, et lui crièrent qu'il descendît. Et alors il dit qu'ainsi ferait-il, pourvu qu'ils lui donng.ssent sûreté. Et ils dirent qu'ils le feraient descendre de force, et qu'il n'était pas dans Damiette. Ils lui lancèrent le feu grégeois, qui prit à la tour, qui était faite de planches de sapin et de toile de coton. La tour prit rapidement, en sorte que jamais je ne vis feu si beau ni si droit. Quand le Soudan vit cela, il descendit à la hâte, et s'en vint fuyant vers le fleuve , tout le long de la voie dont je vous ai parlé avant.
353. Ceux de la Halca avaient défoncé toute la voie avec leurs épées; et comme le soudan passait pour aller vers le fleuve, l'un d'eux lui donna d'une lance parmi les côtes, et le soudan s'enfuit au fleuve, traînant la lance. Et ils descendirent là, jusques à se mettre à la nage, et le vinrent occire au fleuve, assez près de notre galère là où nous étions. L'un des chevaliers, qui avait nom Faress-Eddin Octay, le fendit avec son épée et lui ôta le cœur du ventre-, et alors il s'en vint au roi, la main tout ensanglantée, et lui dit : «Que me « donneras-tu ? car je t'ai occis ton ennemi, qui t'eut fait mourir s'il <c eût vécu. » Et le roi ne lui répondit rien.
LXX. La vie des prisonniers est encore menacée. Nouveau traite du roi avec les émirs.
354. Il en vint bien trente à notre galère, les épées toutes nues à la main, et au cou les haches danoises. Je demandai à monseigneur Baudouin d'Ibelin, qui savait bien le sarrasinois, ce que ces gens disaient; et il me répondit qu'ils disaient qu'ils nous venaient trancher la tète. Il y avait tout plein de gens qui se confessaient à un frère