ARGENT PRIS AUX TEMPLIERS
38 1 . Je dis alors au roi qu'il serait bon qu'il envoyât quérir le commandeur et le maréchal du Temple (car le maître était mort), et qu'il les requît de lui prêter les trente mille livres pour délivrer son frère. Le roi les envoya quérir, et le roi me dit que je leur disse. Quand je le leur eus dit, frère Etienne d'Otricourt, qui était commandeur du Temple, me dit ainsi ^: « Sire de Joinville, ce conseil (> que vous donnez au roi n'est ni bon ni raisonnable; car vous savez « que nous recevons les dépôts en telle manière , que par nos ser- (( ments nous ne les pouvons délivrer, excepté à ceux qui nous les « baillent. » Il y eut assez de dures paroles et d'injurieuses entre moi et lui.
382. Et alors frère Renaud de Vichiers, qui était maréchal du Temple, prit la parole et dit ainsi : « Sire, laissez là la dispute du « seigneur de Joinville et de notre commandeur-, car, ainsi que notre « commandeur le dit, nous ne pourrions rien bailler que nous ne « fussions parjures. Et quant à ce que le sénéchal vous conseille que, « si nous ne vous en voulons prêter vous en preniez, il ne dit pas là « bien grande merveille, et vous en ferez à votre volonté; et si vous « prenez du nôtre , nous en avons bien assez du vôtre en Acre pour « que vous nous dédommagiez bien. »
383. Je dis au roi que j'irais , s'il le voulait ; et il me le commanda. Je m'en allai à une des galères du Temple, la maîtresse galère; et quand je voulus descendre dans la sentine de la galère, là où le trésor était, je demandai au commandeur du Temple qu'il vînt voir ce que je prendrais ; et il n'y daigna pas venir. Le maréchal dit qu'il viendrait voir la violence que je lui ferais.
384. Sitôt que je fus descendu là où le trésor était, je demandai au trésorier du Temple, qui était là, qu'il me baillât les clefs d'une huche qui était devant moi; et lui, qui me vit maigre et décharné de la maladie, et avec l'habit que j'avais en prison, dit qu'il ne m'en baillerait pas. Et j'aperçus une coignée qui était là à terre ; alors je la pris et dis que j'en ferais la clef du roi. Quand le maréchal vit cela, alors il me prit par le poing et me dit : « Sire, nous voyons bien « que c'est violence que vous nous faites , et nous vous ferons bailler