B ajoute qu'il lui donnast
2l8 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
« Je vous demant, fist-elle, par lafoy que vous m'avez baillie, que «i se li Sarrazin prennent ceste ville , que vous me copez la teste avant c< qu'il me preignent. » Et li chevaliers respondi : « Soies certeinne c( que je le ferai volentiers; car je Tavoic jà bien enpensei, que vous « occiroie avant qu'il nous eussent pris. )>
Sgg. La royne acoucha d"un fil qui ot non Jehan ^ et l'appeloit l'on 1 Tritant, pour la grant dolour là où il fu nez. Le jour meismes que elle fu acouchie, li dist l'on que cil de Pise et de Gènes s'en vouloient fuir, et les autres communes. L'endemain que elle fu acouchie, elles les manda touz devant son lit, si que la chambre fu toute pleinne, et lour dist- : « Signour, pour Dieu merci, ne laissiés pas ceste (( ville; car vous véés que mes sires li roys seroit perdus, et tuit cil u qui sont pris, se elle estoit perdue. Et s'i ne vous plait, si^ vous « preigne pitié de ceste chietive qui ci gist , que vous atendés ^ tant (c que je soie relevée. »
400. Et il respondirent : « Dame, comment ferons-nous ce? Que (c nous mourons de^ fain en ceste ville. » Et elle lour dist que jà par famine ne s'eniroient : « Car je ferai acheter toutes les viandes en « ceste ville, et vous reteing touz desorendroit aus despens dou « roy. )) Il se conseillierent et revindrent à li, et li otroierent que il demourroient volentiers; et la royne (que Diex absoille !) fist acheter toutes les viandes de la ville, qui li cousterent trois cens et soixante mille livres et plus. Avant son terme la couvint relever, pour la citei que il couvenoit rendre aus Sarrazins. En Acre s'en vint la royne pour atendre le roy.
40 1 . Tandis que li roys atendoit la délivrance son frère, envoia li roys frère Raoul, le frère preescheour, à un amiral qui avoit à non Faracataie, l'un des plus loiaus Sarrazins que je veisse onques. Et li manda ^ que il se merveilloit moût comment il et li autre amiral soufrirent comment on li avoit ses trêves si villeinnement rompues -,
399. — i B, et l'appela à surnom. — - A omet et lour dist. — 3 B, si vous prie qu'il. — ^ B, me attende:; au moins.
LA REINE ET LE VIEUX CHEVALIER. 2iq
(( VOUS demande , par la foi que vous m'avez engagée, que si les « Sarrasins prennent cette ville, vous me coupiez la tête avant qu'ils « me prennent. « Et le chevalier répondit : « Soyez certaine que « je le ferai volontiers; car je l'avais déjà bien pensé, que je vous « occirais avant qu'ils nous eussent pris, »
099. La reine accoucha d'un fils qui eut nom Jean ; et on l'appelait Tristan, pour la grande douleur là où il naquit. Le jour même qu'elle fut accouchée, on lui dit que ceux de Pise et de Gênes, et les autres communes , voulaient s'enfuir. Le lendemain qu'elle fut accouchée, elle les manda tous devant son lit, si bien que la chambre fut toute pleine, et leur dit : « Seigneurs, pour l'amour de Dieu, ne (c laissez pas cette ville; car vous voyez que monseigneur le roi serait (c perdu, et tous ceux qui sont pris, si elle était perdue. Et s'il ne vous « plaît, que pitié vous prenne de cette chétive créature qui gît ici, (( en sorte que vous attendiez jusques à tant que je sois relevée. «
400. Et ils répondirent : « Madame, comment ferons-nous ? Car « nous mourons de faim en cette ville. » Et elle leur dit qu'ils ne s'en
.iraient point par famine : « Car je ferai acheter tous les vivres en « cette ville , et je vous retiens tous dès à présent aux dépens du roi. » Ils se consultèrent et revinrent à elle, et lui octroj^èrent qu'ils demeureraient volontiers; et la reine (que Dieu absolve!) fit acheter tous les vivres de la ville, qui lui coûtèrent trois cent soixante mille livres et plus. Elle dut se relever avant son terme, pour la cité qu'il fallait rendre aux Sarrasins. La reine s'en vint en Acre pour attendre le roi.
< LXXIX. Le roi ajourne ses réclamations contre les Sarrasins.
Récit de la traversée.
401. Tandis que le roi attendait la délivrance de son frère, le roi envoya le frère Raoul, frère prêcheur, à un émir qui avait nom Faress-Eddin Octay, l'un des plus 103'aux Sarrasins que j'eusse jamais vus. Et il lui manda qu'il s'étonnait fort comment lui et les autres émirs souffrirent qu'on lui eût si vilainement violé son traité ; car on