EXEMPLES DU DEVOUEMENT DE SAINT LOUIS
à notre arrivée devant Damiette, là où tout son conseil fut d'avis, ainsi que je Tentendis, qu'il demeurât dans son vaisseau, jusqu'à ce qu'il vît ce que ferait sa chevalerie, qui allait à terre.
8. La raison pourquoi on lui conseilla ces choses était que s'il débarquait avec eux, et que ses gens fussent occis et lui avec, l'affaire serait perdue^ tandis que s'il demeurait dans son vaisseau, de sa personne il pourrait recommencer à reconquérir la terre d'Eg3'pte. Et il ne voulut en croire personne, mais sauta dans la mer tout armé, reçu au col, la lance au poing, et fut des premiers à terre.
9. La seconde fois qu'il mit son corps en aventure de mort, ce fut qu'à son départ de Mansourah pour venir à Damiette, son conseil fut d'avis, ainsi qu'on me le donna à entendre, qu'il s'en vînt à Damiette en galère. Et ce conseil lui fut donné, ainsi qu'on le dit, pour que, s'il arrivait malheur à ses gens, de sa personne il les pût délivrer de captivité.
10. Et spécialement ce conseil lui fut donné pour le mauvais état de son corps où il était par plusieurs maladies, qui étaient telles, qu'il avait une fièvre double tierce et une dyssenterie très-forte , et la maladie de l'armée dans la bouche et aux jambes. Il ne voulut jamais en croire personne*, mais il dit qu'il ne laisserait pas son peuple, et qu'il ferait la même fin qu'eux. Il lui advint ainsi, qu'avec la dyssenterie qu'il avait, il lui fallut le soir couper le fond de son caleçon, et que par la force de la maladie de l'armée il se pània le soir par plusieurs fois, ainsi que vous l'entendrez ci-après.
1 1. La troisième fois qu'il mit son corps en aventure de mort, ce fut quand il demeura quatre ans en Terre sainte après que ses frères en furent revenus. En grande aventure de mort fûmes nous alors;, car quand le roi fut établi en Acre, pour un homme d'armes qu'il avait en sa compagnie, ceux d'Acre en avaient bien trente, quand la ville fut prise.
12. Car je ne sais pas d'autre raison pourquoi les Turcs ne nous vinrent pas prendre dans la ville , sinon l'amour que portait au roi
10. — l A, baie;; B et L, chausses. La leçon braies se représente [Z 'io6) dans le ms. A. — - A, se pena-il.
11. — 1 A, un an. — ^ Voy. Z 442- — ^ Les chrétiens d'Acre, quand la ville fut prise par les Sarrasins en 1291.
la poour metoit ou cuer à nos ennemis, pour quoy il ne nous osassent venir courre sus. Et de ce est escrit : « Se tu creins Dieu , si te « creindront toutes les riens qui te verront. » Et ceste demourée fist-il tout contre son consoil, si comme vous orrez ci-après. Son cors mist-il en avanture pour le peuple de la terre garantir, qui eust estei perdus dès lors se il ne se fust lors remez '.
iS. Li quarz faiz là où il mist son cors en avanture de mort, ce fu quant nous revenismes d'outremer et venismes devant Tille de Cypre, là où nostre neiz hurta si malement que la terre là où elle hurta, enporta trois toises dou tyson sur quoy nostre neiz estoit fondée •.
14. Après ce, li roys envoia querre quatorze maistresnothonniers, que de celle neif que d'autres qui estoient en sa compagnie , pour li conseillier que il feroit. Et tuit li loerent, si comme vous orrez ciaprès, que il entrast en une autre neif-, car il ne véoient pas comment la neiz peust soufrir les cos des ondes , pour ce que li clou de quoy les planches de la neif estoient atachies estoient tuit eloschié. Et moustrerent au roy l'exemplaire dou péril de la neif, pour ce que à l'aler que nous feismes outre mer, une neiz en semblable fait avoit estei perie- et je vi la femme et l'enfant chiez le conte de Joyngny, qui seul de ceste nef eschaperent.
i5. A ce respondi li roys : « Signour, je voi que se je descent de « ceste nef, que elle sera de refus ^ et voy que il a céans huit cens per- .( sones et plus * et pour ce que chascuns aime autretant sa vie comme « je faiz la moie , n'oseroit nulz demourer en ceste nef, ainçois de- « mourroient en Cypre. Par quoy, se Dieu plait, je ne metterai jà « tant de gens comme il a céans en péril de mort; aincois demouru rai céans pour mon peuple sauver. »
16. Et demoura '•, et Diex, à cui il s'atendoit, nous sauva en péril de mer bien dix semainnes-, et venimes à bon port, si comme vous orrez ci-après. Or avint ainsi que Oliviers de Termes, qui bien et viguerousement s'estoit maintenus outre mer, lessa le roy et demoura en Cypre -, lequel nous ne veismes puis d'an et demi après. Ainsi ^
12. — 1 Je ne crois pas qu'on puisse, avec M. Daunou, lire renie\. B et L portent s'il en fut venu, équivalent de s'il ne fiit resté.