EXEMPLES DU DÉVOUEMENT DE SAINT LOUIS
Dieu , qui mettait la peur au cœur de nos ennemis , pour qu'ils n'osassent nous venir courir sus. Et sur ce il est écrit : « Si tu crains Dieu, « tout ce qui te verra te craindra. » Et ce séjour, il le fit tout à fait malgré son conseil, ainsi que vous Tentendrez ci-après. Il mit son corps en aventure pour garantir le peuple de la Terre sainte, qui eût été perdu dès lors s'il ne fût alors resté.
i3. Le quatrième fait où il mit son corps en aventure de mort, ce fut quand nous revînmes d'outre-mer et vînmes devant l'île de Chypre, là où notre nef heurta si malheureusement que le fond où elle heurta , emporta trois toises de la quille sur quoi notre nef était construite.
14. Après cela, le roi envoya quérir quatorze maîtres nautoniers, tant de cette nef que d'autres qui étaient en sa compagnie, pour lui conseiller ce qu'il ferait. Et tous furent d'avis, ainsi que vous l'entendrez ci-après, qu'il entrât dans une autre nef-, car ils ne voyaient pas comment la nef pourrait supporter le choc des vagues, parce que les clous avec quoi les planches de la nef étaient attachées étaient tout disloqués. Et ils montrèrent au roi un exemple du péril de cette nef, parce que à l'aller que nous fîmes outre-mer, une nef en semblable cas avait péri; et je vis chez le comte de Joigny, la femme et l'enfant qui seuls échappèrent de cette nef.
i5. A cela le roi répondit : « Seigneurs , je vois que si je descends « de cette nef, on n'en voudra plus-, et je vois qu'il y a céans huit (c cents personnes et plus; et parce que chacun aime autant sa vie « que je fais la mienne, nul n'oserait demeurer dans cette nef, (c mais ils demeureraient en Chypre. C'est pourquoi , s'il plaît à « Dieu, je ne mettrai pas autant de gens qu'il y en a céans en 'péril « de mort ; mais je demeurerai céans pour sauver mon peuple. »
16. Et il demeura; et Dieu, sur qui il comptait, nous sauva en péril de mer pendant dix semaines; et nous vînmes à bon port, ainsi que vous l'entendrez ci-après. Or il advint qu'Olivier de Termes, qui s'était bien et vigoureusement comporté outre-mer, laissa le roi et demeura en Chypre, et nous ne le revîmes qu'au bout
i3. — 1 Voy. § 39 et 618 à 629.
16. — ^^ Et demoura omis dans A. — "^ Voy. § 578 à b8i et § 629. — S A, aussi.
destourna li roys le doumaige de huit cens personnes qui estoient en la nef.
17. En la dareniere partie de cest livre parlerons de sa fin, comment il trespassa saintement.
18. Or di-je à vous, mon signour le roy de Navarre, que je promis à ma dame la royne vostre mère (à cui Diex bone merci face ! ), que je feroie cest livre-, et pour moy aquitierde ma promesse, l'ai-je fait. Et pour ce que je ^ ne voi nullui qui si bien le doie avoir comme vous qui estes ses hoirs, le vous envoi-je, pour ce que vous et vostre frère, et li autre qui Torront, y puissent penre bon exemple, et les exemples mettre à œvre, par quoy Diex lour en sache' grei.
^^ n nom de Dieu le tout puissant, je Jehans sires de Joinville, seneschaus de Champaigne, faiz escrire la vie notre saint roy' Looys, ce que je vi et oy par l'espace 4 de sis anz, que je fu en sa compaignie ou pelerinaige d'outre mer, et puis que nous revenimes. Et avant que je vous conte de ses grans faiz et de sa chevalerie , vous conterai-je ce que - je vi et oy de ses saintes paroles et de ses bons enseignemens, pour ce qu'il soient trouvei li uns après l'autre pour edefier ceuz qui les orront.
20. Cis sainz hom ama Dieu de tout son cuer et ensuivi ses œuvres-, et y apparut en ce que, aussi comme' Diexmorut pour Tamour que il avoit en son peuple, mist-il son cors en avanture par plusours foiz pour Tamour que il avoit à son peuple -, et s'en fust bien soufers-, se il vousist, si comme vous orrez ci-après.
21. La grans amours ' qu'il avoit à son peuple parut à ce qu'il dist à mon signour Loys ~, son ainsnei fil, en une moût grant maladie que il ot à Fonteinne-Bliaut : « Biaus fiz, fist-il, je te pri que tu te « faces amer au peuple de ton royaume -, car vraiement je ameroie
18. — 1 Jl' omis dans A. — 2 B et L, Dieu et Nostre Dame leur en saiclicnt.