VIE DE JOINVILLE OUTRE MER
compagnie. Quelquefois il se trouvait que des messagers venaient à lui, à cause de quoi il nous fallait travailler pendant la matinée.
502. Mon lit était fait dans mon pavillon de telle manière , que nul n'y pouvait entrer qu'il ne me vît couché dans mon lit -, et je faisais cela pour ôter tous mauvais soupçons de commerce avec des femmes. Quand approchait la saint- Rémi, je faisais acheter plein mon étable de porcs et ma bergerie de moutons, et de la farine et du vin pour la provision de l'hôtel pendant tout Phiver -, et je faisais cela parce que les denrées enchérissent en hiver, à cause de la mer, qui est plus mauvaise en hiver qu'en été.
503. Et j'achetais bien cent tonneaux de vin, et je faisais toujours boire le meilleur avant-, et je faisais tremper d'eau le vin des valets , et mettre moins d'eau dans le vin des écuyers. A ma table, on servait, devant mes chevaliers, une grande bouteille de vin et une grande bouteille d'eau ^ alors ils le trempaient comme ils voulaient.
604. Le roi m'avait baillé dans mon corps de bataille cinquante chevaliers ; toutes les fois que je mangeais , j'avais dix chevaliers à ma table avec les dix miens ^ et ils mangeaient l'un devant l'autre, selon la coutume du pays, et s'asseyaient sur des nattes à terre. Toutes les fois que l'on criait aux armes, j'y envoyais cinquante-quatre cheva- Hers qu'on appelait dizeniers, parce que chacun menait une dizaine. Toutes les fois que nous chevauchions en armes , tous les cinquante chevaliers mangeaient à mon hôtel au retour. A toutes les fêtes annuelles, j'invitais tous les riches hommes du camp; à cause de quoi il fallait que le roi empruntât quelquefois de ceux que j'avais invités.