‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 224 sur 467 · JUGEMENTS RENDUS A CÉSARÉE · texte numérisé non relu

JUGEMENTS RENDUS A CÉSARÉE

506. J'allai prier le roi qu'il me donnât le cheval pour un pauvre gentilhomme qui était dans le camp. Et le roi me répondit que cette prière n'était pas raisonnable, car le cheval valait encore quatre-vingts livres. Et je lui répondis : « Gomment avez-vous violé nos conven- « tiens, en vous fâchant de ce que je vous ai demandé ? w Et il me dit tout en riant : « Dites tout ce que vous voudrez, je ne me fâche « pas. » Et toutefois je n'eus pas le cheval pour le pauvre gentilhomme.

507. La seconde condamnation fut telle , que les chevaliers de notre corps de bataille chassaient une bête sauvage que Ton appelle gazelle, qui est comme un chevreuil. Les frères de l'Hôpital se jetèrent sur eux , et poussèrent et chassèrent nos chevaliers. Et je me plaignis au maître de l'Hôpital, et le maître de l'Hôpital me répondit qu'il me ferait droit selon l'usage de la Terre sainte, qui était tel, qu'il ferait manger sur leurs manteaux , les frères qui avaient fait l'outrage , tant que ceux à qui l'outrage avait été fait les en relèveraient.

508. Le maître leur en tint bien sa promesse ; et quand nous vîmes qu'ils eurent mangé quelque temps sur leurs manteaux , j'allai au maître et le trouvai mangeant, et je le priai qu'il fît lever les frères qui mangeaient sur leurs manteaux devant lui-, et les chevaliers auxquels l'outrage avait été fait l'en prièrent aussi. Et il me répondit qu'il n'en ferait rien -, car il ne voulait pas que les frères fissent des vilenies à ceux qui venaient en pèlerinage à la Terre sainte. Quand j'ouïs cela, je m'assis à terre avec les frères, et commençai à manger avec eux; et lui dis que je ne me lèverais pas avant que les frères se levassent. Et il me dit que c'était lui faire violence, et m'octroya ma requête ; et me fit manger avec lui , moi et mes chevaliers qui étaient avec moi-, et les frères allèrent manger à table avec les autres.

509. Le troisième jugement que je vis rendre à Césarée fut tel, qu'un sergent du roi, qui avait nom le Goulu, mit la main sur un chevaHer de mon corps de bataille. J'allai m'en plaindre au roi. Le roi me dit que je m'en pouvais bien désister, ce lui semblait-, car le sergent n'avait fait que le pousser. Et je lui dis que je ne m'en désis-

3o8. — 1 A,venroieiit.

joq. — 1 A et B, se.

28o HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

fesoit droit, je lairoie son servise, puisque sui serjant boutoient^ les chevaliers.

5 10. Il me fist faire droit, et li drois fu teix, selonc les usaigesdou païs, que li serjans vint en ma herberge deschaus, en chemise ' et en braies, sanz pîuz, une espée toute nue en sa main, et s'agenoilla devant le chevalier, print l'espée par la pointe et tendi le plommel au chevalier ^^ et li dist : « Sire, je vous ament ce que je mis main à (( vous ; et vous ai aportée ceste espée pour ce que vous me copez le « poing, se il vous plait. « Et je priai au chevalier que il li pardon nast son maltalenf, et si fist-il.

5ii. La quarte amende fu teix, que frères Hugues de Joy, qui estoit marechaus dou Temple, fu envolez au soudanc de Damas de par le maistre dou Temple, pour pourchacier commant li soudans de Damas s'acordast que une grant terre que li Temples soloit tenir, que li soudans vousist que li Temples en eust la moitié et il l'autre. Ces convenances furent faites en tel manière, se li ro3^s s'i acordoit. Et amena frères Hugues un amiral de par le soudanc de Damas, et apporta les couvenances en escrit que on appeloit montefoyi.

5 12. Li maistres dist ces choses au roy, dont li roys fu forment effraez, et li dist que moût estoit hardis quant il avoit tenu nulles couvenances ne paroles au soudanc, sanz parler à li; et vouloit li roys que il li fust adrecié. Et li adrecemens fu teix, que li ro3^s fist lever les pans de trois de ses pa veillons, et là fu touz li communs de Tost qui venir y vont; et là vint li maistres dou Temple et touz li couvenz, touz deschaus, parmi Tost, pour ce que lour héberge estoit dehors l'ost. Li roys fist asseoir le maistre dou Temple devant li et le messaige au soudanc, et dist li roys au maistre tout haut :

5 1 3. « Maistres, vous direz au messaige le soudanc que ce vous poi- « se que vous avez fait nulles trêves à li sanz parler à moy ; et pour « ce que vous n'en aviés parlei à mo}^-, vous le quitiés de quanque il « vous ot couvent et li rendes toutes ses couvenances. » Li maistres

Sog. — 2 A, bateroient.

5io. — 1 A omet eyi chemise. —- X omet print jusqu'à chevalier.

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