DERNIER JUGEMENT RENDU A CÉSARÉE
terais pas-, et que s'il ne m'en faisait droit, je laisserais son service, puisque ses sergents poussaient les chevaliers.
5 10. Il me fît faire droit, et le droit fut tel, selon les usages du pays, que le sergent vint en mon pavillon, déchaussé, en chemise et en caleçon, sans plus, une épée toute nue à la main, et s'agenouilla devant le chevalier, prit l'épée par la pointe et tendit le pommeau au chevalier, et lui dit : « Sire, Je vous fais réparation de ce que j'ai mis « la main sur vous; et je vous ai apporté cette épée pour que vous « me coupiez le poing, s'il vous plaît. » Et je priai le chevalier qu'il lui pardonnât son offense -, et ainsi fît-il.
5i I. La quatrième punition fut telle, que frère Hugues de Jou}', qui était maréchal du Temple, fut envo3^é au soudan de Damas de par le maître du Temple , pour obtenir que le soudan fît un accord au sujet d'une grande terre que le Temple avait coutume de tenir, en sorte que le soudan voulût bien que le Temple en eût la moitié et lui l'autre. Les conventions furent faites en telle manière, à condition que le roi y consentît. Et frère Hugues amena un émir de par le Soudan de Damas, et apporta les conventions dans un écrit qu'on appelait authentique.
5 12. Le maître dit ces choses au roi-, de quoi le roi fut fortement surpris, et lui dit qu'il était bien hardi d'avoir conclu ou négocié une convention avec le soudan, sans lui en parler; et le roi voulut que réparation lui en fût faite. Et la réparation fut telle, que le roi fît lever les tentures de trois de ses pavillons, et là fut tout le commun du camp en général qui venir y voulut ; et là vint le maître du Temple et tous ses chevaliers, tout déchaussés, à travers le camp, parce que leurs tentes étaient en dehors du camp. Le roi fît asseoir devant lui le maître du Temple et le messager du soudan, et le roi dit au maître tout haut :
5i3. ce Maître, vous direz au messager du soudan qu'il vous « pèse d'avoir fait un traité avec lui sans ni'en parler; et parce que « vous ne m'en aviez pas parlé, vous le tenez quitte de tout ce qu'il « vous a promis et lui rendez toutes ses promesses. »> Le maître prit
3ii.— 1 Monte-foy est un mot composé qui signifie littéralement vaut-foi : car le verbe monter avait souvent le sens de valoir : il s"agit donc d'un écrit faisant foi en justice.
prist les couvenances et les bailla à l'amiral :, et lors dist li maistres : « Je vous rent les couvenances que j'ay mal faites*, dont ce poise « moy ^ )) Et lors dist li roys au maistre que il se levast et que il feist lever touz ses frères:, et si list-il. « Or, vous agenoilliés, et m'a- « mendés ce que vous y estes aLi contre ma volontei. «
514. Li maistres s'agenoilla et tendi le chief ' de son mantel au roy, et abandonna au roy quanque il avoient, à penre pour s'amende' tel comme il la vourroit devisier : « Et je di-^, fist li roys, tout premier^, « que frères Hugues, qui a faites les couvenances, soit bannis de tout «( le royaume de Jérusalem. )> Li maistres, qui estoit^ compères le roy dou conte d'Alencon'', qui fu nez à Chastel-Pelerin, ne onques la royne, ne' autre, ne porent aidier frère Hue, que il ne li couvenist vuidier la Terre sainte et dou royaume de Jérusalem,
5i5. Tandis que li roys fermoit la citei de Cezaire, revindrent li messaige d'Egypte à li, et li aporterent la trêve, tout ainsi comme il est devant dit que li roys Tavoit devisie. Et furent les couvenances tiex dou roys et d'aus , que li roys dut aler, à une journée qui fu nommée, à Japhe-, et à celle journée que li ro3^s dut aler à Japhe, li amiral d'Egypte dévoient estre à Gadre par lour sairemens, pour délivrer au roi 1 le royaume de Jérusalem. La trive, tel comme li messaige Tavoient aportée, jura li roys et li riche home de l'ost, et que par nos sairemens nous lour deviens aidier encontre le soudanc de Damas.
5 16. Quant li soudans de Damas sot que nous nous estiens alié à ceus d'Egypte, il envoia bien quatre mille • Turs bien atiriés à Cadres, là où cil d'Egypte dévoient venir, pour ce que il sot bien que se il pooient- venir jusques à nous, que il y pourroit'' bien perdre. Toutevoiz ne lessa pas li roys que il ne se meust pour aler à Jaffe *. Quant li cuens de Jaffe vit-'' que li roys venoit, il atira son chastel
5i3. — ^ Et lors jusqu'^î poisc moy omis dans A.
514. — 1 B, le corps. — - B, tout ce qu'il avait pour amende prendre. — 3 B, je devise. — 4 B, omet tout premier. — î> A, et frère Hugue au lieu de qui estait. -^ 6 Comme parrain du comte d'Alençon. —7 .Ve omis dans A.
TRAITÉ AVEC LES ÉMIRS d'ÉGYPTE. 283
les conventions et les bailla à Témir; et alors le maître dit : « Je vous « rends les conventions que j'ai faites à tort -, et cela me pèse. » Et alors le roi dit au maître qu'il se levât et qu'il fît lever tous ses frères; et ainsi fit-il. « Or, agenouillez- vous, et me faites réparation de u ce que vous y êtes allés contre ma volonté. )>
514. Le maître s'agenouilla, et tendit le bout de son manteau au roi, et abandonna au roi tout ce qu'ils avaient, pour y prendre sa réparation telle qu'il la voudrait régler. « Et je dis, fit le roi, tout d'ace bord, que frère Hugues, qui a fait les conventions, soit banni de « tout le royaume de Jérusalem. » Le maître, qui était compère du roi pour le comte d'Alençon, qui était né à Châtel-Pèlerin, ni la reine, ni autres, ne purent être en aide à frère Hugues, et empêcher qu'il ne lui fallut vider la Terre sainte et le royaume de Jérusalem.
C. Traité avec les émirs d'Egypte; saint Louis fortifie JafFa.
5i5. Tandis que le roi fortifiait la cité de Césarée, les messagers d'Ég3^pte revinrent à lui, et lui apportèrent le traité, tout ainsi qu'il est dit plus haut que le roi l'avait réglé. Et les conventions entre le roi et eux furent telles, qu'à un jour qui fut désigné, le roi dut aller à Jaffa-, et qu'à ce jour où le roi dut aller à Jafîa, les émirs d'Egypte devaient par leurs serments être à Gaza , pour livrer au roi le royaume de Jérusalem. Le traité, tel que les messagers l'avaient apporté, le roi et les riches hommes de l'armée le jurèrent, et nous devions par nos serments les aider contre le soudan de Damas.
5 16. Quand le soudan de Damas sut que nous nous étions alliés à ceux d'Egypte, il envoya bien quatre mille Turcs bien équipés à Gaza, là où ceux d'Egypte devaient venir, parce qu'il savait bien que s'ils pouvaient venir jusqu'à nous, il y pourrait bien perdre. Toutefois le roi ne laissa pas de se mettre en mouvement pour aller à Jaffa. Quand le comte de Jafla vit que le roi venait, il mit son
5 1 5. — 1 A omet au roi.
5 16. — 1 B, vingt mille. — 2 A,pooit; B, se cetilx d'Egypte pouoicnt. — ^ A et B, pourroienl. — 'i C'est en i252, vers le mois de mai, que saint Louis quitta Césarc'e pour se rendre à Jafta, où il resta jusqu'au 29 juin i253. (Voy. § 363.) — SB, sceiit.
en tel manière que ce sembloit bien estre ville deffendable:; car à chascun des carniaus (dont il y avoit bien cinq cens), avoit une targe de ses armes et un panoncel; laquex chose fu bêle à regarder, car ses armes estoient d'or à une croiz de gueles pâtée.
517. Nous nous lojames entour le chastel, aus chans, et environnâmes le chastel, qui siet sur la mer, dès^ Tune mer jusques à l'autre. Maintenant se prist li roys à fermer un nuef bourc tout entour le vieil chastiau, dès Tune mer jusques à Tautre. Le roy meismes y vis-je mainte foiz porter la hôte aus fossés, pour avoir le pardon.
5 18. Li amiral d'Egypte nous faillirent des • couvenances que il nous avoient promises -• car il n'osèrent venir à Gadres pour les gens au soudanc de Damas qui y estoient. Toutevoiz nous tindrentil couvenant^, en tant que il envolèrent au roy toutes les testes aus crestiens que il avoient pendues aus murs dou chastel de Kayre^, dès que li cuens de Bar et li cuens de Montfort furent pris'"", lesquiex li roys fîst mettre en terre benoite. Et li envolèrent aussi les enfans qui avoient estei pris quant li roys fu pris:, laquel chose il firent envis^, car il s'estoient jà renoié. Et avec ces choses , envolèrent au roy un oliphant que li roys envola en France^.
519. Tandis que nous sejourniens à Japhe, uns amiraus qui estoit de la partie au soudanc de Damas , vint faucillier blez à un kasel à trois lieues de Tost. Il fu acordei que nous li courriens sus. Quant il nous senti venans, il toucha en fuie. Endementres que il s'en fuioit, uns joennes valiez gentis hom se mist à li chacier, et porta dous de ses chevaliers à terre sans sa ^ lance brisier:, et l'amiral feri en tel manière que il li brisa le glaive ou cors.
520. Li messaige * aus amiraus d'Egypte prièrent le roy que il lour donnast une journée par quoy il peussent venir vers le roy, et il y venroient- sanz faute. Li roys ot consoil que il ne le refuseroit pas, et lour donna journée:, et il li orent couvent, par lour sairement, que il à celle journée seroient à Gadres.