‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 226 sur 467 · SAINT LOUIS FORTIFIE JAFFA · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS FORTIFIE JAFFA

château en tel état qu'il semblait bien que ce fût une place défendable ', car à chacun des créneaux (et il y en avait bien cinq cents) , il y avait une targe à ses armes et un pennon • laquelle chose fut belle à regarder, car ses armes étaient d'or à une croix de gueules pâtée.

5 1 7. Nous nous logeâmes autour du château, aux champs , et environnâmes le château , qui est sur la mer, d\m rivage jusques à Fautre. Aussitôt le roi se mit à fortifier un bourg neuf tout autour du vieux château, d'un rivage jusques à Tautre, J'y vismainte fois leroi lui-même porter la hotte aux fossés pour gagner l'indulgence.

5 18. Les émirs d'Egypte faillirent aux conventions qu'ils nous avaient faites;, car ils n'osèrent venir à Ga-^a, à cause des troupes du Soudan de Damasqui y étaient. Toutefois ils nous tinrent parole, en tant qu'ils envoyèrent au roi toutes les têtes des chrétiens qu'ils avaient pendues aux murs du château du Caire, depuis que le comte de Bar et le comte de Montfort furent pris; lesquelles le roi fit mettre en terre bénite. Et ils lui envoyèrent aussi les enfants qui avaient été pris quand le roi fut pris ; laquelle chose ils firent à regret , car ces enfants avaient déjà renié. Et avec ces choses , ils envoyèrent au roi un éléphant que le roi envoya en France.

519. Tandis que nous séjournions à JafTa, un émir qui était du parti du soudan de Damas , vint couper des blés dans un village à trois lieues du camp. Il fut convenu que nous lui courrions sus. Quand il nous vit venir, il prit la fuite. Pendant qu'il s'enfuyait, un jeune valet gentilhomme se mita le poursuivre, et il jeta deux de ses chevaliers à terre sans briser sa lance; et il frappa l'émir en telle manière qu'il lui brisa la lance dans le corps.

5-20. Les messagers des émirs d'Egypte prièrent le roi qu'il leur donnât un jour où les émirs pussent venir vers leroi, et qu'ils y viendraient sans faute. Le roi décida qu'il ne le refuserait pas, et leur donna un jour; et ils lui promirent, par leurs serments, qu'eux à cette journée seraient à Gaza.

fait par saint Louis au gardien d'un éléphant : tout porte à croire que c'est le même éléphant dont Joinville parle ici comme ayant été envoyé en France.

5io. — 1 A, la.

520. — 1- A, ce message ; B, les messagiers. — "- A, envolèrent.

521. Tandis que nous atendiens celle journée que li roys ot donnée aus amiraus d'Egypte, li cuens d'Eu ', qui estoit escuyers^, vint en Tost, et amena avec li mon signour Ernoul de Guinnes ^ , le bon chevalier, et ses dous frères, li disiesme. Il demoura ou servise le roy, et li roys '* le fist chevalier.

522. En ce point, revint li princes d'Anthyoche * en Tost, et la princesse sa mère; auquel li roys fist grant honnour, et le fist chevalier moût honorablement. Ses aages n'estoit pas de plus que seize ans -, mais onques si saige enfant ne vi. Il requist au roy que il Toïst parler devant sa mère ; li roys li otroia. Les paroles que il dist au roy devant sa mère , furent tiex :

52 3. « Sire, il estbienvoirsquema mère me doit encore tenir quatre « ans en sa mainbournie -, mais pour ce n'est-il pas drois que elle « doie lessier ma terre perdre ne decheoir-, et ces choses , sire, di-je c( pour ce que la cités d'Anthioche se pert entre ses mains. Si vous <( pri , sire, que vous li priez que elle me baille de l'argent et des « gens ^ , par quoy je puisse aler secourre ma gent qui là sont , et ai- « dier. Et, sire, elle le doit bien faire \ car se je demeur en la citei « de Tyrple avec li , ce n'iert pas sanz grans despens , et la grans « despense 2 que je ferai si yert pour nyent faite. »

524. Li ro3's Toymout volentiers , et pourchassa de tout sonpooirà sa mère comment elle li baillast tant comme li roys pot traire de li. Si tost comme il parti dou roy, il s'en ala en Anthioche, là où il fist moût son avenant. Par le grei dou roy, il escartela ses armes, qui sont vermeilles, aus armes ^ de France, pour ce que li roys Tavoit fait chevalier.

525. Avec le prince vinrent troi menestrier delà Grant Hyermenie:, et estoient frère, et en aloient en Jérusalem en pelerinaige; et avoient trois cors, dont les voiz des cors lour venoient parmi les

521. — 1 Jean, fils d'Alphonse de Brienne et de Marie, comtesse d'Eu. Ce jeune seigneur devint bientôt lami de Joinville (Voy. G 582 et 583.) — i A, chevalier. — 3 A, Guminée ; B, Genyenne. — -4 A, et au sien le roy.

522. — 1 Boémond VF, prince d'Antioche et comte de Tripoli, fils de Boémond V, mort en

LE COMTE d'eu ET LE PRINCE d'aNTIOCHE. 287

CI. Du comte d'Eu, du prince d'Antioche et de trois ménétriers d'Arménie.

52 1. Tandis que nous attendions cette journée que le roi avait donnée aux émirs d'Egypte, le comte d'Eu , qui était écuyer, vint au camp, et amena avec lui monseigneur Arnoul de Guines, le bon chevalier, et ses deux frères , lui dixième. Il demeura au service du roi, et le roi le fit chevalier.

'522. En ce temps-là, revint au camp le prince d'Antioche, et la princesse sa mère -, le roi lui fit grand honneur, et le fit chevalier très-honorablement. Son âge n'était pas de plus de seize ans-, mais jamais je ne vis un enfant si sage. Il requit au roi de l'ouïr parler devant sa mère; le roi le lui octroya. Les paroles qu'il adressa au roi devant sa mère furent telles :

523. « Sire, il est bien vrai que ma mère me doit encore tenir « quatre ans en sa tutelle; mais pour cela il n'est pas juste qu'elle « doive laisser ma terre se 'perdre ni déchoir-, et ces choses, sire , je « les dis parce que la cité d'Antioche se perd entre ses mains. Ainsi « je vous demande, sire, que vous la priiez de me bailler de l'argent c( et des gens, avec quoi je puisse aller secourir mes gens qui sont là, « et les aider. Et, sire, elle le doit bien faire; car si je demeure dans « la cité de Tripoli avec elle, ce ne sera pas sans grandes dépenses , « et la grande dépense que je ferai sera faite pour rien. «

524. Le roi l'ouït bien volontiers, et il négocia de tout son pouvoir avec sa mère pour qu'elle lui baillât autant que le roi put tirer d'elle. Sitôt qu'il quitta le roi, il s'en alla à Antioche, là où il se fit très-bien venir. Du gré du roi, il écartela ses armes, qui sont vermeilles, des arm^s de France, parce que le roi l'avait fait chevalier.

525. Avec le prince vinrent trois ménétriers de la Grande Arménie; et ils étaient frères, et s'en allaient en Jérusalem en pèlerinage ; et ils avaient trois cors, dont les sons sortaient du côté de leur visage. Quand

i25i, et de Lucie fille du comte Paul de Rome. Joinville a parlé plus haut(S43i) de Boémond V, et il reparlera, bientôt (§ 600 ) de Boémond VL

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