GAUTIER COMTE DE BRIENNE ET DE JAFFA
ils commençaient à donner du cor, vous eussiez dit que c'étaient les chants des cygnes qui partent de l'étang; et ils faisaient les plus douces mélodies et les plus gracieuses, en sorte que c'était merveille de Touïr.
526. Ils faisaient tous trois des sauts merveilleux*, car on leur mettait une toile sous les pieds, et ils faisaient la culbute tout debout, de sorte que leurs pieds revenaient tout debout sur la toile. Deux faisaient la culbute la tète en arrière , et Taîné aussi ; et quand on lui faisait faire la culbute la tête en avant, il se signait; caril avait peur qu'il ne se brisât le cou en tournant.
Cil. De Gautier, comte de Brienne et de JafFa ; comment il fut fait prisonnier par l'empereur de Perse.
527. Parce que c'est une bonne chose que la mémoire du comte de Brienne, qui fut comte de Jaffa, ne soit pas oubliée, nous vous parlerons ci-après de lui , parce qu'il tint Jaffa pendant plusieurs années, et par sa vigueur il la défendit longtemps; et il vivait en grande partie de ce qu'il gagnait sur les Sarrasins et sur les ennemis de la foi. D'où il advint une fois qu'il déconfit une grande quantité de Sarrasins qui menaient grande foison de draps d'or et de soie , lesquels il gagna tous; et quand il les eut amenés à Jaffa, il partagea tout entre ses chevaliers, sans que rien lui en demeurât. Sa manière était telle , que quand il avait quitté ses chevaliers, il s'enfermait en sa chapelle, et était longuement en oraison avant qu'il allât le soir coucher avec sa femme, qui fut bien bonne dame et sage, et sœur du roi de Chypre.
528. L'empereur de Perse, qui avait nom Barbaquan, que l'un des princes des Tartares avait déconfit, ainsi que je l'ai dit plus haut, s'en vint avec son armée au royaume de Jérusalem, et prit le château de Tabarié, qu'avait fortifié monseigneur Eudes de Montbéliard le connétable, qui était seigneur de Tabarié de par sa femme. Il fit très-grand dommage à nos gens ; car il ravagea tout ce qu'il trouva hors de Châtel-Pèlerin, et en dehors d'Acre, et en dehors de
mencé plus haut (347g) au mot gaaing. — G Marie, sœur de Henri P'', roi de Chypre (Voy. S88). 528. — 1 Voy. Éclaircissements, 11.— - Des Tartarins omis dans A. — 3 Voy. § 486. — 4 Son omis dans A. — s A, firent. — '■ B et L, le Saffat, le Saphat.
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et dehors Jaffe aussi. Et quant il ot fait ces doumaiges, il se trait à Gadres encontre le soudanc de Babiloine, qui là devoit venir pour grever et nuire à nostre gent.
629. Li baron dou pays orent consoil et li patriarches, que il se iroient combatre ' à li, avant que li soudans de Babiloinne deust venir. Et pour aus aidier, il envolèrent querre le soudanc de la Chamelle, Tun des meillours chevaliers qui fust en toute paiennime, auquel il firent si grant honnour en Acre que il li estendoient les dras d'or et de soie par où il devoit aler. Il en vindrent Jusques à Jaffe, nostre gent et li soudans avec aus.
530. Li patriarches tenoitescommenié le conte Gautier, pour ce que il ne li vouloit rendre une tour que il avoit en Jaffe, que Ton appeloit' la tour le patriarche. Nostre gent prièrent le conte Gautier que il alast avec aus pour combatre à Tempereour de Perse ^ et il dist que si feroit-il volentiers, mais que H patriarches Pabsousist jusques à lour revenir. Onques li patriarches n'en vout riens faire ; et toutevoiz s'esmut li cuens Gautiers et en ala avec aus. Nostre gent firent trois batailles, dont li cuens Gautiers en ot une, H soudans de la Chamelle l'autre, et li patriarches et cil de la terre l'autre ; en la bataille au conte de Brienne furent li Hospitalier.
53 1. Il chevauchierent tant que il virent lour ennemis aus yex. Maintenant que nostre gent les virent, il s'aresterent, et li ennemi' firent trois batailles aussi. Endementres que li Corvin aréoient lour batailles, li cuens Gautiers vint à nostre gent et lour escria : « Sice gnour, pour Dieu alons à aus • que nous lour donnons temps-, « pour ce que nous nous sommes arestei. )> Ne onques n'i ot nul qui l'en^ vousist croire.
532. Quant li cuens Gautiers vist ce, il vint au patriarche et li requist absolucion en la manière desus dite *, onques li patriarches n'en vout rien faire. Avec le conte de Brienne avoit un vaillant clerc, qui estoit evesques de Rames, qui maintes bêles chevaleries avoit faites en la compaingnie le conte -, et dist au conte : <.( Ne troublés « pas vostre conscience quant li patriarches ne vous absout:, car il