‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 236 sur 467 · A, les · texte numérisé non relu

A, les

3oo HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

tables dou royaume de Jérusalem, que il destruiroiem les jardins de la ville se il ne lour envoioit cinquante mille' bezans-, et il lour manda que il ne lour en envoieroit nulz. Lors firent lour batailles rangier, et s'en vindrent tout le sablon d'Acre, si près de la ville que Ton y traisist bien d'une arbalestre à tour. Li sires d'Arsur issi de la ville et se mist ou Mont Saint-Jehan-, là où li cymeteres Saint- Nicholas est, pour deflendre les jardins. Nostre serjant à pié issirent d'Acre, et commencierent à hardier à aus et d'ars et d'arbalestres.

548. Li sires d'Arsur appela un chevalier de Gennes', qui avoit à non mon signour Jehan le Grant, et li commanda que il alast retraire la menue gent'~ qui estoient issu de la ville d'Acre, pour ce que il ne se meissent en péril. Tandis que il les ramenoit arieres, uns Sarrazins li commença à escrier en sarrazinnois que il jousteroit à li se il vouloit-, et cil li dist que si feroit-il volentiers. Tandis que mes sires Jehans aloit vers le Sarrazin pour jouster, il regarda sus sa main senestre-, si vit un tropel de Turs, là où il y en avoit bien huit, qui s'estoient^ arestei pour veoir la jouste.

549. Il laissa la jouste dou Sarrazin à cui il devoit jouster, et ala au tropel de Turs qui se tenoient tuit quoi pour la jouste regarder, et en feri un parmi le cors de sa lance et le geta mort. Quant li autre virent ce, il li coururent sus endementres que il revenoit vers nostre gent, et li uns le fiert ' grant cop d'une mace sus le chapel de fer; et au passer que il fist, mes sires Jehans li donna de s'espée sur une touaille dont il avoit '^ sa teste entorteillie, et H fist la touaille voler enmi les chans. Il portoient lors les touailles^ quant il se vouloient combatre, pour ce que elles reçoivent un grant coup d'espée.

550. Li uns des autres Turs feri des espérons à li, et li vouloit donner de son glaive parmi les espaules-, et mes sires Jehans vit le glaive venir, si guenchi : au passer que li Sarrazins fist, mes sires Jehans li donna ariere main d'une espée parmi le ' bras, si que il li fist son glaive voler enmi les chans. Et ainsi s'en revint et ramena sa gent à pié-, et ces- trois biaus cos fist-il devant le signour d'Arsur

547. — 1 Environ 5o6,6oo francs. La leçon du manuscrit A {cinquante be:;ans) ne peut être admise, parce que la somme serait évidemment trop faible.— "- Jehan omis dans A.

548. — i De Gennes omis dans A. — 2 C'est-à-dire les troupes de pied; car vers la fin du paragraphe 55o, Joinville appelle gent à pié ceux qu'il appelle ici menue gent.

PROUESSE DE JEAN LE GRAND. 3oi

royaume de Jérusalem, qu'ils détruiraient les jardins de la ville s'il ne leur envo3^ait cinquante mille besants; et il leur manda qu'il ne leur en enverrait pas un. Alors ils firent ranger leurs troupes; et s'en vinrent le long des sables d'Acre, si près de la ville que l'on y eiàt bien tiré avec une arbalète à tour. Le sire d'Assur sortit de la ville et se mit sur le mont Saint- Jean, là où est le cimetière Saint-Nicolas, pour défendre les jardins. Nos sergents à pied sortirent d'Acre, et commencèrent à les harceler avec les arcs et les arbalètes.

548. Le sire d'Assur appela un chevalier de Gènes, qui avait nom monseigneur Jean le Grand, et lui commanda qu'il allât ramener les troupes légères qui étaient sorties de la ville d'Acre, pour qu'elles ne se missent pas en péril. Tandis qu'il les ramenait, un Sarrasin commença à lui crier en sarrasinois qu'il jouterait avec lui s'il voulait; et celui-ci dit qu'ainsi ferait-il volontiers. Tandis que monseigneur Jean allait vers le Sarrasin pour jouter, il regarda à sa main gauche, et il vit une petite troupe de Turcs, là où il y en avait bien huit, qui s'étaient arrêtés pour voir la joute.

549. Il laissa la joute du Sarrasin avec qui il devait jouter, et alla à la troupe de Turcs qui se tenaient tout cois pour regarder la joute, et en frappa un de sa lance parmi le corps et le renversa mort. Quand les autres virent cela, ils lui coururent sus pendant qu'il revenait vers nos gens, et l'un d'eux le frappa d'un grand coup de masse sur son chapeau de fer; et au passage, monseigneur Jean lui donna de son épée sur le turban dont il avait la tête entortillée, et lui fit voler le turban par les champs. Ils portaient ces turbans alors qu'ils voulaient combattre, parce qu'ils supportent un grand coup d'épée.

550. L'un des autres Turcs piqua des éperons vers lui, et lui voulait donner de sa lance parmi les épaules; et monseigneur Jean vit venir la lance, et gauchit : au passage du Sarrasin monseigneur Jean lui donna un revers de son épée parmi le bras, si bien qu'il fit voler sa lance par les champs. Et il s'en revint ainsi, et ramena ses gens de pied; et il fit ces trois beaux coups devant le seigneur d'Assur

548 — 3 A, c estaient.

549.— 1 B et L, e^ ainsi qu'il en revenait vers no\ gens, l'un d'eulx lefrapp.i. — 2 A, il y avoil. — 3 B et L ajoutent aux batailles.

55o. — 1 A, les. — 2 A, ses.

et les riches homes qui estoient en Acre, et devant toutes les femmes qui estoient sus les murs pour veoir celle gent.

55 1. Quant celle grans foysons de gens sarrazins qui furent devant Acre, et n'osèrent combatre à nous , aussi comme vous avez oy , ne à ceus d'Acre, oïrent ^ dire (et vérités estoit) que li roys fesoit fermer la citei de Sayete, et à pou de bones gens, il^ se traitrent en celle part. Quant mes sires Symons de Monceliart, qui estoit maistres des arbalestriers le roy et chievetains de la gent le roy à Saiette, 03' dire que ceste gent venoient, si^ se retrait ou chastel de Saiette, qui est moût forz et enclos est de la mer en touz senz-, et ce fist-il pour ce que il véoit bien que il n'avoit pooir de résister ^ à aus. Avec li receta ce que il pot de gent'^; mais pou en y ot, car li chastiaus estoit trop estrois.

552. Li Sarrazin se ferirent en la ville, là oij il ne trouvèrent nulle deffense :, car elle n'estoit pas toute close. Plus de dous mille personnes occirent de nostre gent; atout le gaaing que il firent là, s'en alerent en Damas. Quant li roys oy ces nouvelles, moût en fu courouciés (se amender le peust!); et aus* barons dou pays en fu moût bel, pour ce que li roys vouloit aler fermer un tertre là où il y ot ~ jadis un ancien chastel au tens des Machabiex. Cis chastiaus siet ainsi comme l'on va de Jaffe en Jérusalem.

553. Li baron d'outre mer se descorderent dou chastel refermer, pour ce que c'estoit loing de la mer à cinq lieues-, par quoy nulle viande ne nous peust venir de la mer, que li Sarrazin ne nous tollissent, qui estoient plus fort que nous n'estiens. Quant ces nouvelles vindrent en Tost, dou bourc de Sayette qui* estoit destruis, et vindrent li baron dou païs au roy, et li distrent que il li seroit plus grans honnours de refermer le bourc de Saiette, que li Sarrazin avoient abatu, que de faire une forteresse nouvelle-, et li roys s'accorda à aus.

53i. — 1 A, il o'irent.'— - Il omis dans A. — 3 Si omis dans A. — -'' De résister omis dans A. — 5 B et L, récent si peu de gens qu'il peut.

SAC DE SAYETTE. 3o3

et les riches hommes qui étaient en Acre , et devant toutes les femmes qui étaient sur les murs pour voir ces gens.

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