‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 247 sur 467 · CXII. Danger que court Joinville · texte numérisé non relu

CXII. Danger que court Joinville

575. Le château qui est au-dessus de la cité a nom Subeibe, et il est bien à une demi-lieue en haut dans les montagnes du Liban; et le tertre qui monte au château est semé de grosses roches aussi grosses que des huches. Quand les Allemands vinrent qu'ilspoursuivaient follement, ils s'en revinrent arrière. Quand les Sarrasins virent cela, ils leur coururent sus à pied, et leur donnaient de dessus les roches grands coups de leurs masses , et leur arrachaient les couvertures de leurs chevaux.

576. Quand nos sergents' qui étaient avec nous, virent le mal, ils commencèrent à s'effrayer; et je leur dis que s'ils s'en allaient, je

57?. — 1 B et L, SulK'tlL\ — "- A, aussi comme li luises.

aloient, que je les feroie geter hors des gaiges le roy à touz jours mais. Et il me distrent : « Sire, li jeus nous est mal partis; car vous « estes à cheval, si vous enfuirés '; et nous soumes à pié, si nous « occirront li Sarrazin. » Et je lour dis : « Signour, je vous asseur « que je ne m'enfuirai pas; car je demourrai à pié avec vous. » Je descendi et envolai mon cheval avec les Tenipliers , qui estoient bien une arbalestrée darieres -.

577. Au revenir que li Alemant fesoient , li Sarrazin ferirent un mien chevalier, qui avoit non mon signour Jehan de Bussey ^ , d'un carrel parmi la gorge; etchéi mors - tout devant moy. Mes sires Hugues d'Escoz, cui niez il estoit, qui niout bien se prouva en la sainte Terre, me dist : « Sire, venés nous aidier pour reporter mon ne- « veu là aval ^. — Mal dehait ait, fiz-je, qui vous y aidera! car ^ « vous estes alei là-sus sanz mon commandement : se il vous en (c est mescheu, ce est à bon droit. Reportés-le ■' Taval en la longain- «( gne; car je ne partirai de ci jusques à tant que Ion me revenra « querre. »

578. Quant mes sires Jehans de ^'alenciennes oy le meschief là où nous estiens, il vint à mon signour Olivier de Termes et à ces autres chieveteins de la corte laingue, et lour dist : « Signour, je vous « pri et commant, de par le roy, que vous m'aidiés à querre le se- « neschal. « Tandis que il se pourchassa ainsinc, mes sires Guillaumes de Biaumont vint à li et li dist : « Vous vous traveilliés pour « nient; car li seneschaus est mors. « Et il respondi : « Ou de sa « mort ou de sa vie ' dirai- je nouvelles.au roy. » Lors il s'esmut et vint vers nous, là où nous estiens "montei en la montaigne; et maintenant que il vint à nous, il me manda que je venisse parler ^ à li; et si fis-je.

579. Lors me dist Oliviers de Termes que nous estiens jllec en grant péril; car se nous descendiens par où nous estiens montei, nous ne le pourriens faire sanz grant perte ' , pour ce que la coste estoit trop maie, et li Sarrazin nousdescenderoient sur les cors : « mais

576. — 1 B et L, vous enyrCy quant yous l'oulJre:^. — 2 B et L, qui estoient bien arrier de nous de la portée dune arbalestre.

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