CXV. D'un clerc que Joinville prend pour un Assassin
588. Tandis que le roi fortifiait Sayette, j'allai à sa messe au point du jour, et il me dit que je l'attendisse, parce qu'il voulait chevaucher -, et ainsi fis-je. Quand nous fûmes aux champs, nous vînmes par-devant une petite église, et vîmes, étant à cheval, un prêtre qui chantait la messe. Le roi me dit que cette église était faite en l'honneur du miracle que Dieu fit du diable qu'il chassa hors du corps de la fille de la femme veuve -, et il me dit que si je voulais, il y entendrait la messe que le prêtre avait commencée;, et je lui dis que cela me semblait bon à faire.
589. Quand on en vint à donner la paix, je vis que le clerc qui aidait à chanter la messe, était grand, noir, maigre et hérissé-, et j'eus la crainte, s'il portait la paix au roi, que peut-être c'était un Assassin, un mauvais homme, et qu'il pourrait occire le roi. J'allai prendre la paix au clerc et la portai au roi. Quand la messe fut
manque dans Ménard (voy. Z i^'^, note 1). — * A, trésor d'or en omettant tu lu- te jusqu'à d'armes. — 5 B et L, et au en omettant à nous jusqu'à despendu. 588. — 1 B omet § 588 à 590. Voy. Z ?S3, note i. — 2 A, /n. — » L, ^«c ce estoit.
nos chevaus, nous trouvâmes le légat es chans; et li roys s'aprocha de li et m'appela, et dist au légat : « Je me pleing à vous dou « seneschal, qui m'apporta la paiz, et ne vout que ii povres clers la « m'aportast '. »
590. Et je diz au légat la raison pourquoy je Pavoie fait-, et li legas dist que j'avoie moût bien fait. Et li roys respondi : « Vraiece ment non fist. » Grant descort 3^ ot d'aus dous, et je en demourai en paiz. Et ces nouvelles vous ai-je contées, pour ce que vous véez la grant humilitei de li. De ' ce miracle que Diex fist à la fille de la veuve- femme parle ^ li Evangiles, qui dit '^ que Diex estoit, quant il fist le miracle, in parte Tjri et Syndonis ; car lors estoit la cités de Sur que je vous ai nommée^\ appelée Tyri^ et la cités de Sayette que je vous ai*^ devant nommée, Sydoine.
591. Tandis que li roys fermoit Sayete, vindrent à li li messaige à un grant signour de la parfonde Grèce, liquex se fesoit appeler le grant Commenie et signour de Trafentesi'. Au roy apportèrent divers joiaus à présent. Entre les autres li apportèrent ars de cor, dont les coches entroient à vis dedans les ars:, et quant on les sachoit hors, si trouvoit Ton que il estoient dehors moût bien tranchant et moût bien fait-.
592. Au roy requistrent que il li envoiast une pucelle de son palais, et il la penroit à femme. Et li roys respondi que il n"en avoit nulles amenées d'outre mer-, et lour loa que il alassent en Constantinnoble à Tempereour, qui estoit cousins le roy, et li requeissent que il lour baillast une femme pour lour signour, tel qui fust dou lignaige le roy et dou sien. Et ce fist-il, pour ce queli emperieres eust aliance à cestui ' grant riche home contre Vatache, qui lors estoit emperiere des Griex.
593. La royne, qui nouvelement estoit relevée de dame Blanche,