LE ROI APPREND LA MORT DE SA MERE
elle-, et la reine lui dit : « Levez-vous, sire chevalier; vous ne vous « devez pas agenouiller, vous qui portez des reliques. » Mais le chevalier dit : « Madame, ce ne sont pas des reliques, mais des came- « lins que mon seigneur vous envoie. » Quand la reine ouït cela, elle et ses demoiselles, elles commencèrent à rire; et la reine dit à mon chevalier : « Dites à votre seigneur que je lui souhaite le mauvais « jour pour m'avoir fait agenouiller devant ses camelins. »
602. Tandis que le roi était à Sayette, on lui apporta une pierre qui se levait par écailles, la plus merveilleuse du monde; car quand on levait une écaille, on trouvait entre les deux pierres la forme d'un poisson de mer. Le poisson était de pierre; mais il ne manquait rien à sa forme, ni 3^eux, ni arêtes, ni couleur, ni autre chose qui empêchât qu'il ne fut tel que s'il fut vivant. Le roi me donna une pierre, et je trouvai une tanche dedans, de couleur brune, et de telle façon qu'une tanche doit être.
CXIX. Le roi apprend la mort de sa mère; duretés de la reine Blanche pour la reine Marguerite.
603. A Sayette arriva au roi la nouvelle que sa mère était morte. Il en montra si grand deuil , que de deux jours on ne put jamais lui parler. Après cela, il m'envoya quérir par un valet de chambre. Quand je vins devant lui en sa chambre, là où il était seul, et qu'il me vit, il étendit les bras et me dit : « Ah! sénéchal, j'ai perdu ma « mère! »
G04. — « Sire, je ne m'en étonne pas, fis-je, car elle devait mou- « rir; mais je m'étonne que vous, qui êtes un homme sage, ayez « montré si grand deuil ; car vous savez que le Sage dit que quelque (c chagrin que l'homme ait au cœur, rien ne doit lui paraître au « visage; car celui qui le fait, en rend ses ennemis joyeux et en (( chagrine ses amis. » Il lui fit faire beaucoup de beaux services outre-mer ; et après il envoya en France un sommier chargé de lettres de prières pour les églises, afin qu'elles priassent pour elle.
Go5. Madame Marie de Vertus, très-bonne dame et très-sainte
6o3. — 1 Blanche Je Castille mourut au mois de novembre 12 52. ( Voy. Eclaircissements, 16.) — ■^A,et.
femme , me vint dire que la royne menoit moût grant duel , et me pria que j'alasse vers li pour la reconforter. Et quant ge ving là, je trovai que elle plouroit i, et je li dis que voir dit cil qui dit que Ton ne doit femme croire : « Car ce estoit la femme que vous « plus haies qui est morte-, et vous en menez tel duel ! » Et elle me dist que ce n'estoit pas pour li que elle ploroit, mais pour la mesaise que li roys avoit dou duel que il menoit, et pour sa fille (qui puis fu royne de Navarre), qui estoit demourée en la garde des homes.
606. Les durtez que la royne Blanche fist à la royne Marguerite furent tiex , que la royne Blanche ne vouloit soufrir, à son pooir, que ses fiz fust en la compaingnie sa femme, ne mais que le soir quant il aloit couchier avec li. Li hostiex là où il plaisoit miex à demourer', c'estoit à Pontoise, entre le roy et la royne, pour ce que la chambre le roy estoit desus, et la chambre la royne estoit desous.
607. Et avoient ainsi acordei lour besoigne, que il tenoient lour parlement en une viz qui descendoit de Tune chambre en Tautre ; et avoient lour besoignes si atiries, que quant li huissier véoient venir la royne en la chambre le roy son fil, il batoient les huis de lour verges, et li roys s'en venoit courant en sa chambre, pour ce que sa mère Ti trouvast • -, et ainsi refesoient li huissier de la chambre la royne Marguerite quant la royne Blanche y venoit, pour ce qu'elle y trouvast la royne Marguerite.
608. Une foiz estoit li roys decoste la royne sa femme , et estoit en trop grant péril de mort, pour ce qu'elle estoit blecie d'un enfant qu'elle avoit eu. Là vint la royne Blanche, et prist son fil par la main , et li dist : « Venés-vous-en , vous ne faites riens ci. )> Quant la royne Marguerite vit que la mère emmenoit le roy, elle s'escria : « Hélas ! vous ne me lairés veoir mon signour ne morte ne vive. » Et alors elle se pasma , et cuida l'on qu'elle fust morte ; et li roys, qui cuida qu'elle se mourust , retourna -, et à grant peinne la remist l'on à point.
605. — 1 L, ploroit et menoit moult grant diieil. — 2 A omet qui est morte.
606. — IL, les logis.... demourer au roy et à la royne; B, qui lui plaisoit myeulx au roy.