‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 365 sur 467 · TENONS DIEU PAR LA FOI ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

TENONS DIEU PAR LA FOI ET LES ŒUVRES

bras Dieu serré contre nous, tant que nous serons en cette mortelle vie, afin que Tennemi ne se puisse mettre entre nous et lui. Les deux bras de quoi nous devons tenir Dieu embrassé, ce sont la ferme foi et les bonnes œuvres : les deux nous sont nécessaires ensemble si nous voulons retenir Dieu; car Tun ne vaut rien sans Tautre.

847. Et cela, vous le pouvez voir par les diables, qui croient fermement tous les articles de notre foi; et cela ne leur sert à rien parce qu'ils ne font nulles bonnes œuvres. Le contraire, nous le pouvons voir aux Sarrasins et aux hérétiques parfaits, qui font beaucoup de grandes pénitences"; et cela ne leur sert à rien, car il est écrit que ceux qui ne croiront pas seront damnés.

848. Or nous pouvons voir qu'il faut avoir ensemble ferme foi et bonnes œuvres ; et pour nous retirer ou de l'un ou de l'autre, les ennemis combattent contre nous tous les jours ; et ils se donneront pour cela plus de peine contre nous au dernier jour qu'ils ne font maintenant, c'est-à-dire au jour de la mort, là où Dieu et sa Mère et ses saints et ses saintes nous veuillent aider !

849. Au dernier jour le félon verra qu'il ne nous pourra ôter les biens que nous aurons faits ; et il verra qu'il ne nous pourra faire nul mal, parce que tout le pouvoir du corps nous fera défaut. Alors il nous assaillira d'autre part, et s'efforcera et fera tout son possible pour nous mettre en quelque tentation contre la foi ou d'autre manière, par quoi il nous puisse faire mourir en quelque mauvaise volonté, dont Dieu nous garde!

850. Et c'est alors que sera bien convenable le livre français avec les images des points de notre foi jusque dans la mort même, afin que l'ennemi n'apparaisse par aucune mauvaise vision; et faisons aussi lire devant le malade le livre français qui explique et enseigne les points de notre foi, en sorte que par les yeux et les oreilles l'on rende le cœur du malade si plein de la vraie connaissance, que l'ennemi ni là ni ailleurs ne puisse rien mettre dans le malade du sien; duquel Dieu nous garde à cette journée de la mort et ailleurs!

85 1. Je vous ai expliqué du mieux que je le sais comment nous

85o. — 1 Ms. en^ en^. — 2 Ms., ne n apcre, ce qui cquivaudrait à ne n'apere ; mais la double négation étant impossible, il faut lire en un mot nen. qui répond au nnn des latins.

tenir Dieu embracié à dous bras , ce est à savoir en bras de ferme foi et en bras de bonnes huevres. Car en grant péril sont cil que li enemis puet esloignier de lui; car Diex les menace qu'il les ferra de son glaive, et les menace qu'il lor traira de ses saietes. Et de ce n'ont garde si ami, qui à lui sont joint et qui embracié lou tienent.

852, Or ne le guerpissons pas, si ferons que saige; et nous joinnons à lui tant qu'il nous ait donnée sa benéiçon , et tant qu'il nous ait changié le nom de Jacob ^ qui vaut autant comme luterres et combaterres, à Israël^ qui vaut autant corn cil qui voit Dieu. Liquiex Diex nous gart et nous otroit que nous le puissons veoir face à face, à la sauvetei des armes et des cors; et ce nous poisse il otroier à la prière de sa douce Mère , et monscignor saint Michiel , et touz sainz et toutes saintes ! Amen.

L'Église sortant du côté de Jcsus-Christ.

Miniature d'une Bible de la fin du XHI"^ siècle ou du commencement du Xl\''

Ms. n" g56i de la Bibl. nat.

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